09 août 2018

Nous n'irons peut-être plus à Avignon. Peut-être.*






La première fois que je suis allé à Avignon, c'était en 1972. Vous étiez à peine nés. Quand nous y jouâmes la première fois, l'année suivante, je crois me souvenir que dans le festival "Off" il y avait… 70 spectacles. Cette année, il y en avait 1538 ! En 1983, j'ai dessiné la première affiche de l'association Avignon-festival-off. Et puis voilà, j'y suis retourné souvent : il y a du soleil, une pétillante jeunesse dans les rues et des spectacles pointus. Ou pas.



Première affiche du Off. Un peu "premier degré", je le reconnais.
Et puis l'imprimeur maladroit avait "écrasé" l'ombre des objets sous le fond, le scélérat !

Cette année, petit coup de fatigue. La chaleur, la cohue, et une thématique monomaniaque dans le In un peu gavante. J'ai beaucoup de sympathie et même d'empathie pour la "transidentité", le transgenre et toutes les transes qu'on veut, avec souffrances induites, mais j'avoue que le traitement médiatique (et artistique) de cette problématique qui ne représente au bas mot que 0,3 à 0,5 % de l'humanité me fatigue un tantinet. D'autant que les spectacles (touchants) qui en causent se contentent le plus souvent d'un traitement émotionnel et compassionnel qui fait peu de place au recul et à l'analyse ! Olivier Py, créateur pléthorique et éminent directeur du Festival depuis 2014, se revendique dans les gazettes comme homo et catho. En 2018, il a fait une OPA avec la question du Genre, très en vogue. Nous aurons donc probablement une édition 2019 sur les Curés ; vivement l'année prochaine !

Cette année, j'ai réussi à voir trois spectacles de la programmation officielle. Pas grâce au site de réservation, bloqué dès les premières minutes après l'ouverture ! (Eh oui, si t'es pas Premier de cordée ou que t'as pas une copine journaliste, faut s'accrocher !) Tiens, d'ailleurs, on se macronise, chez Festival d'Avignon : à l'Opéra-Confluence, pour le spectacle de Sasha Waltz (qui fut grande et qu'on a connue plus inspirée), on pouvait voir une corbeille spéciale VIP (Vieilles Pies) aux trois premiers rangs. Je devais être au 23e. J'ai un peu dormi. D'ailleurs en général, j'ai pas mal piqué du nez : le théâtre-témoignage de Didier Ruiz (TRANS, MÈS ENLLÀ) est propre sur lui et fait le service minimum : et alors ? (so what ?) Le montage de l'ami Gurshad Shaheman (IL NE POURRA PAS DIRE QUE C'EST À CAUSE DU PROPHÈTE !) est irréprochable mais très monocorde, feutré, et il fait chaud après manger. Je n'aurais pas dû manger.

Sur les douze que j'ai pu voir, IN et OFF compris, j'en retiens un à ne pas manquer s'il passe par chez vous (A Paris au Rond-Point en avril prochain). Et pourtant, les solos ne m'attirent plus guère, mais là c'est remarquable :

PLUS GRAND QUE MOI, SOLO ANATOMIQUE de Nathalie Fillion (Actes Sud), joué par une actrice formidable (petit accent qui n'en est pas un, voix perchée, énergie folle), Manon Kneusé. Argument :
"Je roule en plein ciel. J'ai le vertige. Cassandre cherche sa place dans la cité et sur la terre. Elle mesure ses intestins : huit mètres. C'est dingue."
Comment résister ?

Sinon, autres choses

Pour le vertige poétique :
UNE SAISON EN ENFER
Jean-Quentin Châtelain, dans un accoutrement impressionnant à la Balzac de Rodin, accouche et expire le texte mystique et poignant de Rimbaud. Superbe, hypnotique (mais à voir avant de manger).

Juste pour rigoler :
NIQUE SA MÈRE LA RÉINSERTION (compagnie Rascar Capac)
Le spectacle n'a rien à voir avec ce titre bidon mais c'est foutraque et déjanté comme on aime.

Juste pour frémir d'excitation :
GO GO SAID THE BIRDS (de Camille Mutel)
Ils sont nus, jeunes et beaux, ils font des trucs avec des œufs, et une prêtresse bouddhistoïde (Isabelle Duthois) souffle un chant harmonique souvent prenant. Artistiquement assez pauvre mais érotiquement puissant. Ce qui n'est pas rien.

Pour apprendre des trucs :
PROUDHON MODÈLE COURBET (de Jean Pétrement, compagnie Bacchus)
Un peu surjoué mais intelligent et efficace, dans le genre classique. Joué depuis 2009.
DE GAULLE 68, LA RÉVÉRENCE (compagnie Artscenium)
Sur la rencontre entre De Gaulle et Massu en 68. Super efficace, intelligent, exigeant, etc. 
Voilà, quoi.

Spectacle debout (stand up) :
CHATONS VIOLENTS
Il a un talent certain, ce "Ocean". Intelligent, roublard et drôle. Un peu donneur de leçons, mais on n'est pas obligé d'être d'accord avec tout.

Je reconnais : deux-trois commentaires à la va-vite sur des spectacles qui ont demandé tant de travail, c'est pas du jeu. Mais la canicule a duré vraiment longtemps, par chez moi.

Vous ai-je dit quel sera mon programme, quand je serai président ?

Quand je serai président (de la France ou même du monde),

J'ai quelques idées grandioses :

– Pour commencer, je supprime les groupes de pression (lobbying) auprès des politiques. Ça fera plus propre. 
– Je reconsidère la notion de faillite d'entreprise, qui permet à certains dirigeants de planter grave impunément salariés et fournisseurs. Je transforme donc la SARL en Société Pas Anonyme à Responsabilité Illimitée. Comme la moindre Association 1901, en somme.
– Autre idée, pour redonner un peu de vigueur à l'activité syndicale : tous les avantages acquis suite à un combat syndical ne profitent qu'à ceux qui y ont pris part. Mort de rire !
– Je réformerais bien l'héritage, mais il faudrait d'abord refondre la République (en plus, je risque fort de me fâcher avec mes copains).
– J'arrête les avions pendant une semaine : on corrige d'un degré de température le réchauffement climatique.
– Je fais couler dans leur béton les promoteurs qui bouchent le ciel autour de moi.
– Je demande aux bouchers d'essuyer leur couteau après affûtage, ça nous évitera de bouffer de la limaille.

Si vous avez d'autres idées, écrivez-moi. Premier prix : une râpe à crème fraîche.
C'est quand même pas compliqué, la politique. Seulement le jeune Macron va encore pas être d'accord.

Les noms qui me font rire
Je peux pas m'empêcher, j'ai honte :

Brigitte TROGNEUX (femme de président), Eric LEPIOUFLE (journaliste), Pio MARMAÏ (acteur), Augustin TRAPENARD (animateur trop doux), Alain GLON (dirigeant breton), Marinette PICHON (foutbôleuse), Albin DE LA SIMONE (chanteur)
La marque PURINA (leur bien-être, notre passion) qui me fait penser au purin
La voiture KONA, de chez Hyundai (prononcer younndê), qui m'interroge sur le sens des choses,
Le vin château NORIOU LALIBARDE, qui me fait penser aux noms de Groland,
le général PICHEGRU (1761-1804), et la famille de HAUTECLOQUE.
J'allais terminer sur le très loufoque Pierre-Arnaud de CHASSY-POULAY, metteur en ondes de Signé Furax, mais j'apprends que ce n'était qu'un savoureux pseudo.
Avec mon nom, je peux me permettre.

Bonne fin d'été, fidèles à Mie, n'oubliez pas de passer à Bouchot pendant les vacances, là où sont les meilleures moules.


_______
*Pour le titre de cette chronique, je me suis inspiré du Festival "Nous n'irons pas à Avignon" de notre ami Mustapha Aouar, Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine.













05 juillet 2018

Enfin une solution pour les "migrants" !







Cher Manu (tu permets que je t'appelle Manu ?),
J'ai trouvé une solution pour l'histoire des migrants qu'on cause. Et de surcroît, pour tous les SDF de France ! Et d'un seul coup !

Après une escapade sur la côte normande, fin juin, entre Le Havre et Cabourg (fort belle région, fort belles plages, fort belles maisons, fort bon livarot), j'ai vu, de mes yeux vu, avec effarement… des kilomètres de volets fermés ! A une semaine de la "haute saison" balnéaire, plus de la moitié des appartements, pavillons, immeubles, sont inhabités ! Un peu moins en fin de semaine (le ouikennd), mais c'est peanuts (cacahouètes). 
Je lis que selon les statistiques, à Cabourg il y a 80 % de résidences secondaires ! En moyenne, me souffle la toile, 63 % sur la Côte Fleurie (entre Honfleur et Cabourg à peu près). 
Tu me vois venir ?
Il suffirait de réquisitionner tous ces mètres carrés inutiles, et selon mes calculs et les statistiques de l'INSEE, on dispose de 175 000 logements vacants (chiffres 2015) rien qu'en Normandie. A trois ou quatre par logement, on peut loger (faites le calcul vous-même)…
Bien sûr, les communes y perdraient en taxe d'habitation sur la résidence secondaire, mais on y gagnerait en consommation et l'économie s'en trouverait fortifiée, non ?
Je n'ai pas la solution pour donner des emplois à tout ce monde, bien sûr, mais je suis persuadé qu'avec toute cette activité immobilière, les métiers du bâtiment demandent du monde, de même que les métiers de la restauration et du tourisme — il y a bien des plombiers afghans, des mitrons syriens ou des architectes érythréens…
Non ?
Après, on va dire que je ne sais que critiquer notre belle marche vers le Nouveau monde…












Le panaris du président 

Madame Bourlier, à la campagne, elle appelait ça un "mal blanc". Un mal blanc, c'est un bobo au doigt, un truc qui suppure… ça fait tout blanc sous la peau. La "piau", qu'ils disaient, à Louvigny, dans la Sarthe. Le docteur de St-Rémy-du-Plain, pour me sauver la vie, m'avait filé un coup de bistouri commac dont je porte encore la trace sur l'index. Ah ben dis ! Le queniau il avait beau être parisien-tête de veau, aurait point fallu qu'il perde un doigt !

On respectait le panaris, dans ce temps-là ! Pas comme notre jeune leader ! Trempé dans l'american sauce communautariste, notre Napoléon IV préféré (le dieu des Patrons l'ait en sa sainte garde !) considère qu'une analyse de "mâle blanc" sur les problèmes des banlieues n'est pas légitime ! Faut être noir pour parler des noirs, juif pour parler des juifs et aveugle pour parler des non-voyants ! Il paraît même que dans certains quartiers aux USA, tu peux pas vendre des pizzas si t'es pas rital ! (j'aime bien faire passer les rumeurs)…

Il pense "mâle blanc" mais il prononce "mal blanc". Comme tout le monde ou presque. Or il se trouve que je suis tellement buté lingouistiquement que la première fois que j'ai entendu ses humiliants propos, je n'ai pas compris ce que venait faire le panaris chez Boorlo ! J'ai mis du temps à réaliser qu'il voulait dire : je préférerais un rapport écrit par deux femelles noires… CQFD !!

Sinon, pendant les travaux de com, le progrès social continue : retour des curés pas-lobbyques, gel de l'APL, baisse drastique des emplois aidés, suppression de l'exit taxe, et aux dernières nouvelles abandon de la notion de Sécurité sociale…




Jupiter, grosse planète gazeuse

M. Emmanuel Macron (le Pontife l'ait en sa sainte garde), président de la République, porté par l'adulation des foules, ne cesse de dire : "Je veux". Moi quand j'étais petit et que je disais "Je veux", on me rétorquait : Le roi dit "NOUS voulons". 
Tout fout le camp.


Sur ce, bon été, fidèles amis de la Mie ! Moi je file à Avignon, je vous raconterai !

L'ami dévot






09 mai 2018

Ode au Général Macaron et autres broutilles

Expression piquée à Pascal Pavageau, qui l'a lui-même piquée à Pierre Desproges


Coup de vieux

Voilà, c'est dit, je ne fais plus partie de l'époque ; la langue de Stendhal, nous dit un enseignant dans le poste, n'est plus entendue par les étudiants.
Et moi je n'entends plus celle de mes contemporains. Ça me troue.
Désagréable impression de ne plus faire partie de la course du monde ! Même Mai-68 est renié par ses célibataires même (1). Quand j'évoque une figure ou un événement — avec la virevoltante vivacité d'esprit qui me caractérise — je me sens obligé de mettre une note d'explication en bas de page ou en fin de discours, de peur de ne pas être compris. Vous avez vu ? J'ai déjà commencé dans cette introduction. Quand je pense que j'écris comme ça depuis toujours, comment s'étonner du décalage (gap) entre générations ?
Me voilà donc assigné à commenter les choses depuis un banc public (2) installé sur Sirius (3), ou depuis un drône, tiens : c'est plus neuf.




C'est un bit, c'est un gap, c'est une péninsule

Big Boi, Kendrick Lamar, Alice Merton, Usher, Haddaway, Coolio… ça te dit quelque chose, à toi, cher faux lover ?
Sur Télé Monte-Carlo (4), Yann Barthès demande à ses invités leurs chansons préférées (5). Je n'en connais pas deux sur 10 ! et neuf sur 10 viennent de la culture occupante (6) ! De plus, je ne suis pas fana de foot, je fatigue devant les séries, je ne marche pas dans les bois avec des bâtons de ski, je ne tombe pas en pâmoison devant les sushis et la vogue vegan me fait flipper. Le ringue total.
Voilà pourquoi votre fille est muette (7), votre grand-père largué, votre blogueur préféré, coit. 
J'ai navigué sur la toile pour découvrir et déguster le charme rugueux des rappeurs (et autres) cités plus haut. Et comme la musique m'en touchait une sans faire bouger l'autre (8), j'ai regardé les paroles : "Oh bébé je vais te faire crier continue de boire Je suis un gangster Un n* de la rue je vais te n* ta race, poum-tchac-tchac-poum c'est-quoi l'amour, yeah" (j'ai mis des bips pour faire… approprié). Entre François Villon et Bernard Menez, donc…

Si je suis tout à fait honnête, j'ai quand même découvert un rappeur, un artiste au-dessus du lot, qui charrie les mêmes thématiques – la mort en plus – mais avec une inventivité vraiment convaincante et percutante dans les textes et la musique. Comme il paraît que c'est le meilleur, vous qui êtes à l'heure, vous l'aurez reconnu, il est passé à Bercy, enfin à l'Hôtel Machin. 





Mai-68

Le nombre de conneries qu'on a entendues sur mai-68 ! Depuis que Jean-Pierre Le Goff aurait considéré que mai 68 portait les germes du libéralisme et de l'individualisme, idée reprise sans réfléchir par l'ineffable Lenglet de France 2, et après le grand sociologue Michel Houellebecq, traumatisé par ses parents hippies, ce qui n'a rien à voir, cette petite musique s'est encore baladée en nos magiques boîtes à sons et images… Quant à Jean-Michel Apathie, qui ne manque pas une occase de faire son kéké, il considère même que toute cette agitation, c'était de la roupie de sansonnet puisque les idées étaient déjà dans l'air et que sa maman basque avait une Simca 1000 ! (9)

Il y a une éclaircie : on dirait que les chercheurs font leur boulot et les clichés simplistes et atrabilaires à la Sarkozy semblent reculer, ouf. Reste à virer Romain Goupil des plateaux de télé et quelques intellos qui ont mal vieilli.

Bien sûr que les idées étaient dans l'air (et que la pilule date de 1967) ! mais ce mouvement bordélique et optimisme a fini par secouer gravement les neurones d'une France moisie, et catalysé des transformations culturelles ("sociétales", dit-on aujourd'hui) profondes. Ecologie, loi sur l'avortement, abaissement de l'âge de la majorité à 18 ans, fin de la censure, libération sexuelle (du temps que le féminisme était jouissif et pas punitif), loi sur le divorce par consentement mutuel, réforme de l'audiovisuel, etc. Ce qui fait de Valéry Giscard d'Estaing un peu plus tard, porté par l'air du temps, le plus progressiste de nos présidents ! Toute la période entre le milieu des années soixante et la décennie suivante a effectivement marqué une rupture avec une France vieillotte ! Il faut ajouter que l'esprit nouveau de 68, c'était certes les accords de Grenelle avec les augmentations de salaire — c'était pas rien — et la section syndicale d'entreprise — profitons-en ça ne va pas durer —, mais c'était surtout une véritable tempête dans les crânes autour de l'Egalité, la Démocratie, la Hiérarchie et l'Autogestion, et la mise en cause (Lenglet, tu m'écoutes ?) de la Consommation sacrée… La CFDT, notamment, à l'époque était de gauche et en pointe sur tous ces questionnements…
Mai 68, c'était pas que le folklore et les pavés, avec Europe "n°1" rue Gay-Lussac et les groupuscules illuminés par Radio-Pékin ou Radio-Trotsky ! C'était éminemment un orage philosophique, une interrogation (foutraque) sur le Sens de la vie et de la société !

L'invention du "jeune" dans les années soixante avait certes déjà ouvert un nouveau marché juteux renforçant la consommite déjà engagée, mais il y a un mot qu'on utilisait en ces époques et qui décrit fort bien le processus : "récupération" ! 

… et pour une fois je cite Joffrin dans un excellent article de Libé : 
"En assimilant ce besoin d’une plus grande liberté à la petite autonomie calculatrice et médiocre de l’homo economicus théorisée par les libéraux, on joue sur les mots. On confond deux individualismes. Que certains thèmes, certaines aspirations, certains penchants hédonistes aient été ensuite récupérés par le marché, c’est indiscutable. Mais l’individualisme de Mai 68 est émancipateur, autonome et, surtout, égalitaire. On se libérait des anciennes contraintes, mais on le faisait dans l’effusion collective, dans le mouvement social, au nom de valeurs de solidarité, dans l’illusion d’une unité rêvée."

Dictons, proverbes et idées toutes faites

C'est pratique, court, et ça évite de penser. Ma préférée est 
Y a que les imbéciles qui changent pas d'avis
Ah bon ? J'ose à peine le dire, mais je connais plein d'imbéciles qui changent d'avis, moi. Je me demande même s'ils ne sont pas majoritaires… (10)

La pire étant :
Il n'y a pas de fumée sans feu.
Ça permet de justifier n'importe quelle rumeur à la con, c'est chouette. Très utilisée ces temps-ci.

Mais encore :
On ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs.
Staline l'adorait. Variante : La fin justifie les moyens. Très prisé par les idéologues de tout poil.




Petit panier de contrariétés

Higelin disparu : quelques trop vagues allusions dans les médias (sauf à France Inter, qu'il faut saluer). On voit que la gent journalistique est plus concernée par le talent (et le beuzz autour) d'un rocker exilé fiscal que par la superbe créativité et folie poétique et musicale d'un grand "Crabouif"(11)… Cela dit, son enterrement était très gai (en présence d'Izïa et d'Arthur)…

Je suis amoureux de Caroline De Haas, la fondatrice d'Osez le féminisme : quelqu'un qui a proposé d'élargir les trottoirs pour combattre le harcèlement a forcément une pensée de haute volée. Seulement je n'ose pas me déclarer, de peur qu'elle se sente chiffon et me traîne en justice.

J'aime l'idée de supprimer l'Exit Taxe après avoir supprimé l'ISF, et j'applaudis à l'abaissement de l'imposition des revenus du capital. Enfin des mesures sociales !
Ça va ruisseler sec.

Je trouve géniale l'idée de vendre les aéroports au privé, après les autoroutes, puis la gestion des contredanses pour stationnement et bientôt la gestion des radars : car les intérêts privés sont les garants d'une meilleure justice.

En même temps.
Ainsi la France, gérée comme une entreprise, verra tous ses comptes apurés. Les gens ? Quoi, les gens ?

Je vous embrasse, l'été revient !
L'ami dévot

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(1) : Allusion à une œuvre de Marcel Duchamp (artiste franco-amerlocain du XXe siècle)
(2) : Banc public, banc public… Brassens, poète français du XXe siècle
(3) : Allusion à une expression "le point de vue de Sirius" (étoile la plus brillante après le soleil) en référence à Voltaire (philosophe français du XVIIIe siècle) dans son Micromégas. Adopté plaisamment comme pseudonyme par Hubert Beuve-Méry (journaliste français du XXe siècle, fondateur du Monde (journal d'information)
(4) : TMC
(5) : Ouatt iz yor playlist ?
(6) : Je n'ai pas osé parler de "puissance" occupante, là. Ça aurait été mal interprété.
(7) : Allusion à une réplique de Sganarelle dans Le Médecin malgré lui de Molière (auteur français du XVIIe siècle)
(8) : Expression fine et légère qu'on prête à Jacques Chirac (ancien président de la République, 1995-2007)
(9) : La liberté de ma Mère, auto-édition.
(10) : Les retournements de faux culs, c'est une solution aux problèmes climatiques. Vous branchez une dynamo dessus et vous avez de quoi éclairer des pâtés de maison entiers. Ça vole au vent, c'est agréable. Frédéric Lordon
(11) : Surnom de Jacques Higelin, repris dans son premier album.



















16 novembre 2017

Marcel me harcèle (comprend qui peut)




Je préparais un retour aux fondamentaux de ce blog, la Vie des Mots, avec une chronique légère, quand voilà que le vertige du Sexe, obsession notoire étazunienne (contrairement aux Armes, à l'Argent et au Racisme !) est venu chambouler mes projets. Avec le délire médiatique qui a gagné nos contrées, comme on sait. Mais la chose est sérieuse et je ne pouvais pas me contenter de quelques pirouettes ironiques sur un sujet grave sous certains aspects, donc je suis resté littéralement tétanisé pendant des jours. Je te jure ! Paralysé devant le clavier ! Sur ce qu'on nomme "harcèlement sexuel" et dont la définition a visiblement évolué, j'ai mené l'enquête auprès de mes amis et amies. Eh bien je dois reconnaître que je ne mesurais pas le malaise côté féminin… pour la simple raison que du point de vue masculin, de l'avis de tous, c'est pas du tout le même ressenti : le harcèlement féminin — entre adultes s'entend — ils ne sont pas vraiment contre ! En revanche, pas facile de démêler l'échevau entre viol, violence, harcèlement, drague lourdingue et misandrie réflexe. Mais c'est pas le délire sur la toile qui va nous aider.


Marcel me harcèle 
(Bobby Lapointe)


L'affaire est donc entendue. Tout le monde est d'accord, sauf quelques sexistes attardés : la meilleure façon de "faire évoluer les mentalités" est de libérer la parole. Enfin ! Ce qui hier encore suscitait la méfiance — la dénonciation sans preuves et dans l'anonymat sur les réseaux et forums numériques — est devenue la saine et libératrice voie du progrès ! Tant pis pour les abus : comme le disait le penseur Nekfeu chez Barthès l'autre soir, "il n'y a pas de fumée sans feu !" (ah bon ? alors on n'a pas été sur la lune ?). Et puis, n'est-ce pas, "On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs", comme disait  Staline (entre autres)… Violeurs et harceleurs n'ont qu'à bien se tenir ; déjà les hommes sains partout battent leur coulpe et sur les médias s'autoflagellent : puisque hommes ils sont, ils ont forcément quelque chose à se reprocher. Et voilà comment on résout vite fait une calamité et des drames réels !
On espère qu'à leur tour, les victimes en tout genre sauront saisir l'occasion médiatique pour dénoncer leur exploiteur préféré ! "Balance ton chef !" "Balance ta multinationale !"… Catherine Deneuve évoque par exemple "Balance ta pute" ! et suggère d'avoir plutôt recours aux autorités, à la justice, et de développer la prévention auprès des petits… Quel esprit rétrograde !! 


Elle pleut, elle pleut, bergèèère…


Les hommes, donc, ont forcément quelque chose à se reprocher. Pourquoi ? Pasque "le masculin l'emporte sur le féminin" (et depuis 1767, c'est vous dire) ! Alors, la langue française elle-même devrait se mettre au diapason, et ce qui n'est qu'une convention arbitraire se réformer, pour respecter la bien-pensance du jour… ainsi que le préconisent 314 "professeurs" indignés. D'aucuns penseraient que cette pétition est menée par la sottise et l'ignorance ? Pas du tout, elle repose sur de bons sentiments égalitaires, pour ne pas dire égalitaristes !! J'ai toujours cru que "le masculin" en l'espèce n'était qu'un "neutre", un genre "non marqué"…
Allez ! après tout, si la norme consacrait le féminin à la place, je suis prêt à ce que "les garçons et les filles soient très belles". 
Et puis, comme ma mère disait "une doctoresse", je ne suis pas contre la féminisation naturelle des fonctions : autrice, ambassadrice, chercheuse, metteuse, chauffeuse (assise ou pas) chirurgienne et philosophesse.
Mais en même temps, qu'on cesse si possible de m'appeler UNE personne, mais UN person ; UNE victime, mais UN victin. Je ne souhaite pas être pris pour UNE autre, et je veux et j'exige qu'on n'écrive plus

"Cette andouille de Régis, qui n'est pas une flèche et se prend pour une star, une célébrité, quoique simple sentinelle, critique son excellence, une sommité, une référence, une figure, une bête, une tête pour tout dire, en la traitant de vieille baderne, d'épave, de canaille et de grande asperge."

mais qu'on dise :

"Ce boudin de Marcel, qui n'est pas un flèchin et se prend pour un astéroïde, un célèbreux, quoique simple sentineau, critique son très-bien, un sommitaire, un référent, un figuret, un z'animau, un teston pour tout dire, en le traitant de vieux badin, d'épaviau, de canaillou et de grand thuya."

Et Jésus de surenchérir, s'adressant à Pierre :
"Tu es Caillou, et sur ce caillou je bâtirai mon Eglison"

Macarons

Dessin de Lacombe (Marianne)


Des présidents, hélas, je commence à en avoir vu défiler pas mal. Mais je n'aurais jamais imaginé qu'un autre que Sarko fût capable de me mettre les nerfs en pelote à ce point. ! Pas un jour où une décision ou une saillie de notre jeune Emmanuel n'horripile ma pauvre tête chenue ! Entre les milliards "rendus" aux pétés de thunes, les contestables ordonnances, les incompréhensibles transferts de taxes et d'impôts, la diminution des APL, la réduction des contrats aidés, les réflexions sarkozyennes à la maréchaussée et les insultes aux grévistes, la nomination de l'ineffable Stéphane Bern au Patrimoine (retenez-moi !) je ne sais plus où donner de l'ire !! 
Au moins il a tout compris de ce qui freine l'essor de notre beau pays : Les passions tristes ! Car n'est-ce pas, c'est pas beau d'être jaloux !
Au moins est-il cohérent, ça on peut pas lui reprocher.
Le plus glaçant, c'est que notre Jupiter a encore moins de scrupules que le petit énervé, parce que… quasiment plus d'opposition ! Souhaitons que… heu… les lois Macaron ne s'inscrivent point dans Ladurée (pardon, j'ai fauté) !!

Sinon, comment va la culture, ces jours-ci ?


Ecritures

Comme on ne s'est pas vus depuis longtemps, je ne vous ai pas parlé de l'avant-dernier essai de Régis Debray, à dévorer goulûment de toute urgence : Civilisation, Comment nous sommes devenus américains. Avec infiniment plus d'érudition et presque autant d'humour (allez : je rigole) il développe les problématiques que je remâche depuis dix ans sur ce modeste blog : mimétisme de la langue, des mœurs, des modes, des valeurs, avec l'Amerloquie triomphante ; pour le pire souvent, pour le moins pire quelquefois. Ici, une bonne analyse.

Cinématographe
Le Redoutable

Bien que peu impressionné par son exploseur de quartier (blockbuster) "The Artist", je dois reconnaître qu'Hazanavicius cette fois réussit une gageure : un film poilant sur notre génie du cinoche néovaguien sans démonter l'idole ! Ou comment Jean-Luc Godard, en 1968, saisi tout soudain par le délire maoïste et militant, renonce à l'art bourgeois et pète ses lunettes à chaque manif ! Accompagné par sa compagne du moment Anne Wiazemski (incarnée malheureusement à l'écran par une actrice transparente), le voilà goûtant aux délices de la création collective et fondant le groupe Dziga Vertov, du nom du cinéaste russe futuriste des années 20. Hou ! Je n'avais vu que le dernier du collectif, Tout va bien, qui m'avait semblé à l'époque d'une insondable et naïve vacuité ! Louis Garrel, qui joue notre petit Suisse préféré, chuinte un peu beaucoup mais Hazanavicius se paie le luxe d'un travail de filmage extrêmement malin, réjouissant et naturellement godardien. S'il doit se méfier d'un défaut — mais je crois qu'il s'en tamponne — c'est précisément de sa trop grande habileté de cinéaste. Ici, il suit d'assez près les deux bouquins d'Anne Wiazemski (ça tombe bien, j'étais en train de les lire), qui hélas vient de nous quitter peu après la sortie du film. Mais si, vous la connaissiez : c'est Mouchette, dans le film de Robert Bresson. Ne me dites pas… En tout cas, je vous recommande de lire le récit qu'elle en avait tiré : Jeune fille (Gallimard, 2007).

Pour le Réconfort


Vincent Macaigne nous avait scotchés avec son Hamlet déjanté et puissant en 2011 à Avignon. Son film, lointainement inspiré de la Cerisaie de Tchékhov, parle d'héritage et de possession, de mépris ordinaire de classe, de rage, d'entreprise, de destin, de jeunesse. La hargne et le désespoir rayent la pellicule, enfin je ne sais pas, les pixels. C'est punk, hystérique (un peu beaucoup pour moi) mais bien visé et culotté. Vraie écriture. Pis après, en sortant, tu vas te jeter dans la Seine (ou la Loire, ou la Garonne) au lieu de prendre ta carte du parti, comme chez Brecht. Car il n'y a plus de parti.


Le Sens de la Fête
Pour le Réconfort (le vôtre) après avoir vu le Macaigne. C'est pas Citizen Kane, mais cette comédie est fendarde d'un bout à l'autre et Jean-Pierre Bacri est grand. 

Arts vivants

Festival ZOA 2017
Vous ratâtes encore ZOA, la Zone d'Occupation Artistique de Sabrina Weldman ? Vous eûtes tort, car la cuvée 2017 était intense, en dépit de difficultés financières chaque année réitérées. La sixième édition — "transformiste" — démarrait par un cabaret joyeusement déjanté-dégenré sous les briques, le béton brut et les lumières du Point Ephémère, absolument savoureux, et s'achevait par un bal sur roulettes, poétique, exigeant et intense, dans un autre ex-bâtiment industriel parisien fabuleux, la Générale.
Gurshad Shaheman, Le cabaret dégenré.
Vincent Lacoste, Bal participatif sur roues. 
Entre les deux, une "rencontre silencieuse" entre une danseuse et la danse, le plateau et le public, entre le corps et le rire, ou la peur, ou les pleurs. Une danse intérieure d'avant la danse, avec beaucoup de présence et zéro complaisance. Enora Rivière, Moteur.
Et puis Deux hommes (presque) en colère : le pas-de-deux viril entre deux poilus musclés. Dans la pénombre, combat, tango, rencontre sensuelle, – ou pas –, la geste testostéronienne en son expression la plus attendue — presque trop, se dit-on. Et puis nous voilà saisis de vertige, car le doute est permis ! Ces deux danseurs-là nous scotchent : on ne les a pas vus venir. Vues venir !
C'est pas gnan-gnan, le voyage chorégraphique est riche et tenu, puissant et créatif. Maria Montero, Men's day.

Ahmad Jamal au Palais de Congrès
Pépé Jamal, 87 ans, sublime encore avec son trio immense, scintille… devant un parterre de figures de cire friquées – accès interdit aux petites bourses pour ce concert unique ! Pas passionné par la prestation des "guests", la chanteuse Mina Agossi, et Abd Al Malik avec ses vers de mirliton mais bon : ils sont sur l'album et la musique est là. Merci à la création lumières, superbe et élégante ; à peu près le contraite des Chorégies d'Orange, si vous voyez ce que je veux dire.
Ahmad Jamal, piano. Manolo Badrena, percussions. Erlyn Riley, batterie. James Cammack, basse. 
Régalez-vous gratos ici : Concert d'AJ.

Arts morts !

Le musée-maison Yves Saint-Laurent qui vient d'ouvrir à Paris est petit, bondé, peu nourri. Les vidéos sont intéressantes, mais vous pourrez trouver les mêmes sur internet. 
L'art du pastel au Petit Palais "De Degas à Redon". Trois ou quatre Degas, et pas les meilleurs, c'est peu. Quant aux autres œuvres, elles auraient bien pu rester dans les sous-sols. Mais l'expo a la cote : vous faites ce que vous voulez.
A la place, vous auriez pu voir l'expo Derain, Giacometti, Balthus au MAM, mais c'est trop tard !


Allez, je n'ai presque plus de zéros et de uns sur mon clavier électronique, je vous laisse. 
Mais n'oubliez pas que
— Débinez la police, vous avez raison ! N'empêche que quand c'est vous qui serez assassinée, vous serez bien contente de venir nous trouver !
Louis Jouvet, inspecteur-chef adjoint, dialogues de Clouzot, dans Quai des Orfèvres (1947) à voir et revoir !


17 février 2017

Au plus fort de l'orage



J'aimerais tout dire en une seule phrase, au gré de mes pensées évanescentes…, en un long monologue intérieur à la Joyce, ça serait le monologue de Molly Colbart, parce que rien de ce que je vais dire ne rime avec rien mais que tout est dans tout et réciproquement ; en utilisant bien sûr plein de points-virgules, le truc qui fiche des boutons à certains parce qu'ils ne savent pas à quoi ça sert, avec des incises dans des tirets — et des digressions dans des parenthèses — pour témoigner par exemple de l'urticaire que me file le manège infernal du commerce omniprésent dans ma boîte à lettres, dans mes courriels, sur les sites réels ou virtuels que je visite, dans ma radio, sur ma télé extra-plate, au pied de la colonne de la Bastille (et en lumineux comme à Times square), au pied du moindre échafaudage avec un panneau pour expliquer que ça participe aux frais mais sans que baissent mes impôts, commerce encore sur mes téléphones et dans les pages des magazines que je ne lis plus ; car la pub étant un mensonge insidieux nous avons appris à nous en méfier comme nous nous méfions du vendeur de pommes — aïe moi j'adore acheter de la bouffe et les petites échoppes urbaines hélas se sont multipliées comme à New York,  j'ai vérifié c'est une stratégie des distributeurs — il faut croire que la boustifaille industrielle a encore un bel avenir mais les rapports humains ne vont pas s'arranger quand les salles de spectacle prennent le nom de chaînes d'hôtels ; heureusement on peut encore compter sur l'honnêteté des politiques, ne protestez pas et puis vous avez vu ils ont une propension à tout expliquer par le menu avec des chiffres, ça fait vachement rêver, c'est comme si on te racontait le cycle du moteur à explosion au lieu de te dire oùssqu'on va, à Florence par exemple ; il est vrai qu'avec les moteurs à trois cylindres tout est devenu compliqué et peut-être bancale un cochon n'y retrouverait pas ses louveteaux il faut s'habituer à ne plus lire le monde qu'en chiffres, à l'aune du tirage d'un livre ou du nombre d'entrées d'un film pour juger de sa qualité : j'ai entendu l'autre midi un journaliste dire que "Isabelle Huppert n'avait pas encore percé sur le marché américain", quand Samuel Beckett — autre époque — s'étonnait du succès d'En attendant Godot : "Jai dû faire trop de compromissions !" d'ailleurs je ne sais pas ce qu'il lui prend, ces temps-ci, à l'Isabelle, avec les oscars et tout, moi qui l'avais toujours trouvée exemplaire ;  à propos quand j'entends certaines nouvelles féministes réclamer des places de parkigne, des clubs de gym ou des collèges et lycées non mixtes [1] pour éviter la convoitise souvent lourdingue des mecs et qui donc posent que la meuf est par hypothèse une victime potentielle, je me dis que j'ai eu une chance inouïe dans ma vie car je n'ai jusqu'à présent rencontré sauf rares exceptions que des femmes de caractère pas vraiment susceptibles de se laisser marcher sur les harpions — ne me remerciez pas, les filles ; il faut bien que la bien pensance moralisatrice inspirée du puritanisme et de la pudibonderie anglo-truc colonise nos esprits comme elle l'a fait depuis trente ans avec l'hypercapitalisme mondialisé comme l'appelle François Bayrou qui est un dangereux gauchiste comme on sait ; on est passé du "Soyons réaliste, demandons l'impossible !" de Mai-68 à "Faut quand même pas déconner, qui c'est qui va payer ?" — en 36 les ouvriers qui voulaient être payés à rien foutre en vacances n'étaient certes pas réalistes… — d'ailleurs je suis retombé sur cette époque impie ou "travailleurs" et "patrons" étaient réputés n'avoir pas les mêmes intérêts en lisant — devinez quoi ? — un fascicule récent de Lutte Ouvrière (Nathalie Artaud en couv.), si si, ça m'a rafraîchi marxistement les neurones et rajeuni de quelques décennies : "Les travailleurs […] doivent revendiquer leur dû sans se soucier des conséquences sur la compétitivité ou sur les profits, sans se soucier des affaires de la bourgeoisie", c'est pas frais, ça, à notre époque de pinaillage ; heureusement que le sinistre clown Onc' Donald va nous faire revenir aux fondamentaux : la meuf à torcher les chiards, les profs et les étudiants porteurs d'armes à feu [2] et les basanés dans leurs souks, derrière des murs… il y a autour de moi comme une légère déprime (en attendant la Grande Dépression ?) et ce ne sont guère les pubs de France Inter qui vont m'aider à dénouer ma corde, décharger mon pistolet, remiser le rasoir ou ranger le cyanure dans l'armoire à pharmacie : grippe, frottis vaginal, sécurité routière, dégénérescence maculaire de la rétine, j'en passe et des pires… heureusement sur W9, chaîne culturelle, ils floutent les cigarettes — et devinez dans quoi ?— dans une émission sur les crimes sanglants !! quand sur FR2, on nous précise que "les cigarettes que vous verrez dans cette pièce de théâtre sont fausses, bien évidemment !" — ce qui change tout bien sûr ; la blague belge va devenir bientôt réalité : sur les bouteilles de vin (avant qu'il soit interdit) il y aura une étiquette prudente "Ouvrir de l'autre côté" ! en attendant je regarde couler le béton de nouveau partout dans mon quartier, — les pouvoirs adorent boucher le ciel — , je n'ai aucune allergie avérée mais j'ai peur d'être Hidalgo-incompatible — dernières trouvailles vachement écolos : les quais de Seine et la candidature (en anglais !) pour les J.O. ! — je me demande comment je peux trouver encore que Paris est la plus belle ville du monde et que ce pays n'est pas le pire si nos enfants s'en occupent bien, d'ailleurs à propos d'enfants je voudrais rappeler aux obsédés du sang royal que si je possède la moitié des gènes de chacun de mes parents, donc le quart de ceux de mes grands-parents [3], le huitième de mes arrière etc., il ne faut pas beaucoup de générations pour qu'il ne reste plus grand'chose, et un descendant de Henri IV n'aurait des gênes du roi galant qu'à hauteur de 0,0003808594 %, soit 3,8 dix-millièmes d'Henri de Navarre (si mes calculs sont bons et que les deux Jean-Luc — le matheux et le généalogiste — corroborent), ce qui ne permet guère de se la péter, amis héritiers ; cette époque est grandiose, moi je vous le dis, et si je savais, j'écrirais tout en une seule phrase, mais je ne crois pas que j'y arriverais.

Ayez du fun, tabernacle !

Tiens, je viens de retrouver une belle citation de René Char qui pourrait bien me servir à vous la souhaiter bonne et heureuse, avec retard mais amitié :

Au plus fort de l'orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C'est l'oiseau inconnu. 
Il chante avant de s'envoler.

(René Char, Les Matinaux, Gallimard, 1950)



___________
[1] Complément d'enquête du 10 février 2017. La seule contradiction à ces positions était portée par des gros fachos machistes trumpiens !
[2] Vu avec effroi un reportage de la 2 sur ces pratiques barbares dans une grande partie de l'Etazunie profonde !

Ah Pénélope, quand tu tricotes
Ça m'asticote











07 octobre 2016

Sisyphe en bas de chez moi


D'abord, il s'appelle pas Sisyphe. En fait je n'en sais rien, car les seules paroles qu'il eût jamais proférées à mon endroit étaient dans une langue inconnue — à tout le moins exotique. Genre moldo-borgrave ou romano-batave ou !xóõ (celle-là existe !). Et méchamment, en plus ! Moi, je l'appelle Boudu. Boudu, vous vous souvenez, Michel Simon chez Renoir, sauvé des eaux comme un quelconque Moïse. Boudu, parce que c'est un clodo presque à l'ancienne, mais en plus beau, en plus grand, et qui ne picolerait point. Il habite à cent cinquante mètres de chez moi, dans le tunnel bleu la nuit. Sa maison est en carton, pirouette, cacahouète, ou encore en cageots, en palettes… Car depuis des années il la reconstruit régulièrement, comme Sisyphe poussant inlassablement son rocher qui retombe. Elle dure une semaine, sa maison, un mois ou trois jours, puis plus rien. Puis le revoilà. Quand il est inspiré, elle mesure plus de six mètres de long, habillée selon ses lubies du moment : bouteilles d'eau minérale, fringues pendues en pagaille, morceaux de contreplaqué… Et voilà mon Boudu déplaçant, rectifiant, préparant, ses petits yeux toujours concentrés sur je ne sais quelle intériorité obsessionnelle. Quand il en a terminé, il mange soigneusement sa petite barquette, puis fume tranquillement sa cigarette sur sa terrasse, — comme sur sa terrasse —, en regardant passer le chaland. 

Version textile
Version carton


Ne lui adresse pas la parole, même un bonjour : au pire, il t'engueule, au mieux il te calcule pas. Il entretient des putains de pigeons à deux pas de sa piaule : pain trempé, frites — l'autre jour ils avaient même droit à des lardons ! J'ai peur qu'ils mutent, les rats volants ! Ou faudrait leur expliquer calmement que la mode est plutôt au végétarien, bon bref. Tu vas rire : quand mon Boudu n'est pas là, il manque dans mon paysage. 
Après tout, comme disait Camus : il faut imaginer Sisyphe heureux !

Les matériaux


The smocking truck


Alors que, pour notre grand bonheur, jeunesse et modernité, il nous est allègrement enjoint de parler la langue de l'occupant pour toutes choses, voilà que je tombe sur une résistance inattendue. Dans le quartier neuf autour de la BNF, non loin de nos habituelles réjouissantes enseignes (The Frog and British Library, Toys'r'Us, Exki natural, fresh & ready), voilà que je tombe sur un food truck au nom inexplicablement franchouillard : Le Camion qui Fume ! (il est très connu, vu la queue des amateurs de hambourgeois). Et vous savez quoi ? Cette hérésie langagière est due à une chef étazunienne, Kristin Frederick, qui porte ainsi le fer au cœur-même de notre belle tradition anglo-amerlocaine. On rêve.


Les prix de rentrée de La Mie des Veaux 
aux inventions les plus débiles


(L'Echo de la Presqu'Ile)
A tout seigneur tout honneur, la SOUFFLEUSE DE FEUILLES remporte sans conteste la palme de l'invention la plus conne de ces dernières années. Bruyante, polluante, pas plus efficace qu'un simple balai dans la plupart des cas, elle a su séduire apparemment pas mal de municipalités qui en ont équipé leurs employés fluorescents.



(Samsung)
L'ERGONOMIE DE NOS TÉLÉPHONES INTELLIGENTS. Il fallait quand même oser concevoir des outils de communication en forme de savonnettes, avec des boutons qui dépassent intempestivement sur les côtés et des écrans tactiles à ne surtout pas effleurer par erreur ! A ne pas effleurer du tout sur le clavier, d'ailleurs, si t'as des mains d'ouvrier…



(Le Creuset)
Elle ne date pas d'hier, pourtant. Mais qu'est-ce qui a pris à l'inventeur de LA BOUILLOIRE TRADITIONNELLE pour dessiner un machin aussi mal foutu à remplir et avec lequel on se brûle rien qu'en attrapant l'anse placée au-dessus de l'eau bouillante ???



(Reiser)
Spécial Hommes : LES CLOISONS DE DISCRÉTION entre deux urinoirs dans les endroits publics (cafés, autoroutes, musées etc.). Ça ne me gêne pas outre mesure de pouvoir contempler la bite de mon voisin de pipi, mais enfin certains peuvent s'en trouver offusqués. Trois fois sur quatre, ladite cloison est soit trop haute, soit trop basse, soit trop courte. CQFD.

Ephémérides du mois

A y est, j'ai trouvé mon émission préférée de la télé : REVES DE COMBLES. Je te jure, ça existe, il y a une émission qui s'appelle "Rêves de combles" sur France 2-service public ! Un peu comme "La folie des chiottes" ou "La passion du démonte-pneu". Rêves de combles ! C'est en réalité de la réclame déguisée qui passe à une heure où elle est interdite. Comme quoi même si tu fermes la porte, le pognon repassera par la lucarne (du grenier) !

Et puis tiens, pour rire, j'ai retrouvé ça :
"Il faisait plus de moins dix" (France Inter)
"Le disque était persona non gratta" (Je sais pas qui)
Manu, En marche vers la grammaire :
"On peut pas interdire aux entreprises de faire des plans socials" (Macron, Cash Investigation)


J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste



Loïc Prigent, réalisateur génial d'un récent docu sur la mode (Arte), a collectionné des phrases drôlatiques et féroces dans ce milieu. Cela fait l'objet d'un livre chez Grasset (J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste) mais vous pouvez le retrouver sur ses touites. Catherine Deneuve en a lu quelques-uns sur Arte et c'est vraiment gouleyant. Extraits :

— C'est moche ! On dirait une fringue de l'an prochain !
— J'ai revendu mon appartement de l'avenue Foch : je captais pas !
— Elle habite où ? — Devant le miroir !
— Les restaurants sont vides ! — Je sais, tout le monde est à New-York !
— J'ai rêvé que je mangeais.
— Je suis au bord du cheeseburger !
— J'ai mangé, ce midi ; tant pis.
— Elle va manger au Flore : ça lui donne l'impression de lire.
— Elle mange des hommes et recrache des diamants…

Cela me rassure : l'esprit n'a pas totalement disparu. Portez-vous bien !

L'ami dévot