17 février 2017

Au plus fort de l'orage



J'aimerais tout dire en une seule phrase, au gré de mes pensées évanescentes…, en un long monologue intérieur à la Joyce, ça serait le monologue de Molly Colbart, parce que rien de ce que je vais dire ne rime avec rien mais que tout est dans tout et réciproquement ; en utilisant bien sûr plein de points-virgules, le truc qui fiche des boutons à certains parce qu'ils ne savent pas à quoi ça sert, avec des incises dans des tirets — et des digressions dans des parenthèses — pour témoigner par exemple de l'urticaire que me file le manège infernal du commerce omniprésent dans ma boîte à lettres, dans mes courriels, sur les sites réels ou virtuels que je visite, dans ma radio, sur ma télé extra-plate, au pied de la colonne de la Bastille (et en lumineux comme à Times square), au pied du moindre échafaudage avec un panneau pour expliquer que ça participe aux frais mais sans que baissent mes impôts, commerce encore sur mes téléphones et dans les pages des magazines que je ne lis plus ; car la pub étant un mensonge insidieux nous avons appris à nous en méfier comme nous nous méfions du vendeur de pommes — aïe moi j'adore acheter de la bouffe et les petites échoppes urbaines hélas se sont multipliées comme à New York,  j'ai vérifié c'est une stratégie des distributeurs — il faut croire que la boustifaille industrielle a encore un bel avenir mais les rapports humains ne vont pas s'arranger quand les salles de spectacle prennent le nom de chaînes d'hôtels ; heureusement on peut encore compter sur l'honnêteté des politiques, ne protestez pas et puis vous avez vu ils ont une propension à tout expliquer par le menu avec des chiffres, ça fait vachement rêver, c'est comme si on te racontait le cycle du moteur à explosion au lieu de te dire oùssqu'on va, à Florence par exemple ; il est vrai qu'avec les moteurs à trois cylindres tout est devenu compliqué et peut-être bancale un cochon n'y retrouverait pas ses louveteaux il faut s'habituer à ne plus lire le monde qu'en chiffres, à l'aune du tirage d'un livre ou du nombre d'entrées d'un film pour juger de sa qualité : j'ai entendu l'autre midi un journaliste dire que "Isabelle Huppert n'avait pas encore percé sur le marché américain", quand Samuel Beckett — autre époque — s'étonnait du succès d'En attendant Godot : "Jai dû faire trop de compromissions !" d'ailleurs je ne sais pas ce qu'il lui prend, ces temps-ci, à l'Isabelle, avec les oscars et tout, moi qui l'avais toujours trouvée exemplaire ;  à propos quand j'entends certaines nouvelles féministes réclamer des places de parkigne, des clubs de gym ou des collèges et lycées non mixtes [1] pour éviter la convoitise souvent lourdingue des mecs et qui donc posent que la meuf est par hypothèse une victime potentielle, je me dis que j'ai eu une chance inouïe dans ma vie car je n'ai jusqu'à présent rencontré sauf rares exceptions que des femmes de caractère pas vraiment susceptibles de se laisser marcher sur les harpions — ne me remerciez pas, les filles ; il faut bien que la bien pensance moralisatrice inspirée du puritanisme et de la pudibonderie anglo-truc colonise nos esprits comme elle l'a fait depuis trente ans avec l'hypercapitalisme mondialisé comme l'appelle François Bayrou qui est un dangereux gauchiste comme on sait ; on est passé du "Soyons réaliste, demandons l'impossible !" de Mai-68 à "Faut quand même pas déconner, qui c'est qui va payer ?" — en 36 les ouvriers qui voulaient être payés à rien foutre en vacances n'étaient certes pas réalistes… — d'ailleurs je suis retombé sur cette époque impie ou "travailleurs" et "patrons" étaient réputés n'avoir pas les mêmes intérêts en lisant — devinez quoi ? — un fascicule récent de Lutte Ouvrière (Nathalie Artaud en couv.), si si, ça m'a rafraîchi marxistement les neurones et rajeuni de quelques décennies : "Les travailleurs […] doivent revendiquer leur dû sans se soucier des conséquences sur la compétitivité ou sur les profits, sans se soucier des affaires de la bourgeoisie", c'est pas frais, ça, à notre époque de pinaillage ; heureusement que le sinistre clown Onc' Donald va nous faire revenir aux fondamentaux : la meuf à torcher les chiards, les profs et les étudiants porteurs d'armes à feu [2] et les basanés dans leurs souks, derrière des murs… il y a autour de moi comme une légère déprime (en attendant la Grande Dépression ?) et ce ne sont guère les pubs de France Inter qui vont m'aider à dénouer ma corde, décharger mon pistolet, remiser le rasoir ou ranger le cyanure dans l'armoire à pharmacie : grippe, frottis vaginal, sécurité routière, dégénérescence maculaire de la rétine, j'en passe et des pires… heureusement sur W9, chaîne culturelle, ils floutent les cigarettes — et devinez dans quoi ?— dans une émission sur les crimes sanglants !! quand sur FR2, on nous précise que "les cigarettes que vous verrez dans cette pièce de théâtre sont fausses, bien évidemment !" — ce qui change tout bien sûr ; la blague belge va devenir bientôt réalité : sur les bouteilles de vin (avant qu'il soit interdit) il y aura une étiquette prudente "Ouvrir de l'autre côté" ! en attendant je regarde couler le béton de nouveau partout dans mon quartier, — les pouvoirs adorent boucher le ciel — , je n'ai aucune allergie avérée mais j'ai peur d'être Hidalgo-incompatible — dernières trouvailles vachement écolos : les quais de Seine et la candidature (en anglais !) pour les J.O. ! — je me demande comment je peux trouver encore que Paris est la plus belle ville du monde et que ce pays n'est pas le pire si nos enfants s'en occupent bien, d'ailleurs à propos d'enfants je voudrais rappeler aux obsédés du sang royal que si je possède la moitié des gènes de chacun de mes parents, donc le quart de ceux de mes grands-parents [3], le huitième de mes arrière etc., il ne faut pas beaucoup de générations pour qu'il ne reste plus grand'chose, et un descendant de Henri IV n'aurait des gênes du roi galant qu'à hauteur de 0,0003808594 %, soit 3,8 dix-millièmes d'Henri de Navarre (si mes calculs sont bons et que les deux Jean-Luc — le matheux et le généalogiste — corroborent), ce qui ne permet guère de se la péter, amis héritiers ; cette époque est grandiose, moi je vous le dis, et si je savais, j'écrirais tout en une seule phrase, mais je ne crois pas que j'y arriverais.

Ayez du fun, tabernacle !

Tiens, je viens de retrouver une belle citation de René Char qui pourrait bien me servir à vous la souhaiter bonne et heureuse, avec retard mais amitié :

Au plus fort de l'orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C'est l'oiseau inconnu. 
Il chante avant de s'envoler.

(René Char, Les Matinaux, Gallimard, 1950)



___________
[1] Complément d'enquête du 10 février 2017. La seule contradiction à ces positions était portée par des gros fachos machistes trumpiens !
[2] Vu avec effroi un reportage de la 2 sur ces pratiques barbares dans une grande partie de l'Etazunie profonde !

Ah Pénélope, quand tu tricotes
Ça m'asticote











07 octobre 2016

Sisyphe en bas de chez moi


D'abord, il s'appelle pas Sisyphe. En fait je n'en sais rien, car les seules paroles qu'il eût jamais proférées à mon endroit étaient dans une langue inconnue — à tout le moins exotique. Genre moldo-borgrave ou romano-batave ou !xóõ (celle-là existe !). Et méchamment, en plus ! Moi, je l'appelle Boudu. Boudu, vous vous souvenez, Michel Simon chez Renoir, sauvé des eaux comme un quelconque Moïse. Boudu, parce que c'est un clodo presque à l'ancienne, mais en plus beau, en plus grand, et qui ne picolerait point. Il habite à cent cinquante mètres de chez moi, dans le tunnel bleu la nuit. Sa maison est en carton, pirouette, cacahouète, ou encore en cageots, en palettes… Car depuis des années il la reconstruit régulièrement, comme Sisyphe poussant inlassablement son rocher qui retombe. Elle dure une semaine, sa maison, un mois ou trois jours, puis plus rien. Puis le revoilà. Quand il est inspiré, elle mesure plus de six mètres de long, habillée selon ses lubies du moment : bouteilles d'eau minérale, fringues pendues en pagaille, morceaux de contreplaqué… Et voilà mon Boudu déplaçant, rectifiant, préparant, ses petits yeux toujours concentrés sur je ne sais quelle intériorité obsessionnelle. Quand il en a terminé, il mange soigneusement sa petite barquette, puis fume tranquillement sa cigarette sur sa terrasse, — comme sur sa terrasse —, en regardant passer le chaland. 

Version textile
Version carton


Ne lui adresse pas la parole, même un bonjour : au pire, il t'engueule, au mieux il te calcule pas. Il entretient des putains de pigeons à deux pas de sa piaule : pain trempé, frites — l'autre jour ils avaient même droit à des lardons ! J'ai peur qu'ils mutent, les rats volants ! Ou faudrait leur expliquer calmement que la mode est plutôt au végétarien, bon bref. Tu vas rire : quand mon Boudu n'est pas là, il manque dans mon paysage. 
Après tout, comme disait Camus : il faut imaginer Sisyphe heureux !

Les matériaux


The smocking truck


Alors que, pour notre grand bonheur, jeunesse et modernité, il nous est allègrement enjoint de parler la langue de l'occupant pour toutes choses, voilà que je tombe sur une résistance inattendue. Dans le quartier neuf autour de la BNF, non loin de nos habituelles réjouissantes enseignes (The Frog and British Library, Toys'r'Us, Exki natural, fresh & ready), voilà que je tombe sur un food truck au nom inexplicablement franchouillard : Le Camion qui Fume ! (il est très connu, vu la queue des amateurs de hambourgeois). Et vous savez quoi ? Cette hérésie langagière est due à une chef étazunienne, Kristin Frederick, qui porte ainsi le fer au cœur-même de notre belle tradition anglo-amerlocaine. On rêve.


Les prix de rentrée de La Mie des Veaux 
aux inventions les plus débiles


(L'Echo de la Presqu'Ile)
A tout seigneur tout honneur, la SOUFFLEUSE DE FEUILLES remporte sans conteste la palme de l'invention la plus conne de ces dernières années. Bruyante, polluante, pas plus efficace qu'un simple balai dans la plupart des cas, elle a su séduire apparemment pas mal de municipalités qui en ont équipé leurs employés fluorescents.



(Samsung)
L'ERGONOMIE DE NOS TÉLÉPHONES INTELLIGENTS. Il fallait quand même oser concevoir des outils de communication en forme de savonnettes, avec des boutons qui dépassent intempestivement sur les côtés et des écrans tactiles à ne surtout pas effleurer par erreur ! A ne pas effleurer du tout sur le clavier, d'ailleurs, si t'as des mains d'ouvrier…



(Le Creuset)
Elle ne date pas d'hier, pourtant. Mais qu'est-ce qui a pris à l'inventeur de LA BOUILLOIRE TRADITIONNELLE pour dessiner un machin aussi mal foutu à remplir et avec lequel on se brûle rien qu'en attrapant l'anse placée au-dessus de l'eau bouillante ???



(Reiser)
Spécial Hommes : LES CLOISONS DE DISCRÉTION entre deux urinoirs dans les endroits publics (cafés, autoroutes, musées etc.). Ça ne me gêne pas outre mesure de pouvoir contempler la bite de mon voisin de pipi, mais enfin certains peuvent s'en trouver offusqués. Trois fois sur quatre, ladite cloison est soit trop haute, soit trop basse, soit trop courte. CQFD.

Ephémérides du mois

A y est, j'ai trouvé mon émission préférée de la télé : REVES DE COMBLES. Je te jure, ça existe, il y a une émission qui s'appelle "Rêves de combles" sur France 2-service public ! Un peu comme "La folie des chiottes" ou "La passion du démonte-pneu". Rêves de combles ! C'est en réalité de la réclame déguisée qui passe à une heure où elle est interdite. Comme quoi même si tu fermes la porte, le pognon repassera par la lucarne (du grenier) !

Et puis tiens, pour rire, j'ai retrouvé ça :
"Il faisait plus de moins dix" (France Inter)
"Le disque était persona non gratta" (Je sais pas qui)
Manu, En marche vers la grammaire :
"On peut pas interdire aux entreprises de faire des plans socials" (Macron, Cash Investigation)


J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste



Loïc Prigent, réalisateur génial d'un récent docu sur la mode (Arte), a collectionné des phrases drôlatiques et féroces dans ce milieu. Cela fait l'objet d'un livre chez Grasset (J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste) mais vous pouvez le retrouver sur ses touites. Catherine Deneuve en a lu quelques-uns sur Arte et c'est vraiment gouleyant. Extraits :

— C'est moche ! On dirait une fringue de l'an prochain !
— J'ai revendu mon appartement de l'avenue Foch : je captais pas !
— Elle habite où ? — Devant le miroir !
— Les restaurants sont vides ! — Je sais, tout le monde est à New-York !
— J'ai rêvé que je mangeais.
— Je suis au bord du cheeseburger !
— J'ai mangé, ce midi ; tant pis.
— Elle va manger au Flore : ça lui donne l'impression de lire.
— Elle mange des hommes et recrache des diamants…

Cela me rassure : l'esprit n'a pas totalement disparu. Portez-vous bien !

L'ami dévot






29 juin 2016

Nouillorque et moi, guide pratique



Cliquez pour voir grand !

Comment peut-on être Algonquin ?

"C'est-un-pic, c'est-un-cap, c'est-une-péninsule",… je dois reconnaître que les dithyrambes sur Nouillorque phare-du-monde me laissaient coi. 
N'ayant jamais hélas trempé dans un environnement 
qui favorisât cet enthousiasme échevelé, 
je décidai d'y aller voir de plus près. 
Le bonhomme étazunien reste pour moi aussi étrange que le Persan pour Montesquieu 
(chacun ses Lettres, ouaf). 
Est-il aussi obèse qu'à Los Angelès, les serveurs aussi serviables, et les robinets tournent-ils aussi à l'envers ? 
Je profitai donc d'une occasion exceptionnelle et j'y fus donc récemment. Et dans des conditions exquises, avec des compagnons charmants (qui vont lire ce blog)…


Si tu n'as jamais croqué la Grosse Pomme (je peux te tutoyer ?), voici un guide pratique, parfaitement objectif (tu me connais), de ce qu'il faut savoir sur Nouillorque avant que tout n'arrive chez nous. Sinon, tu vas pouvoir comparer et laisser force commentaires…

Comme le menu est copieux, choisis donc les mots-clés qui te bottent :



Douanes
Annule ton rendez-vous chez le toubib : les douaniers amerlocains vont te palper à donf et le scanner mains-au-dessus-de-la tête est gratuit. 
Ne plaisante pas avec un agent de l'autorité, même si le questionnaire à remplir dans l'avion prête à sourire : n'oublie pas de déclarer si tu transportes des escargots ou si tu viens de toucher de la terre, visiter une ferme ou un pâturage.

Circuler
Impossible de se perdre à Nouillorque : il suffit de savoir compter jusqu'à 263 pour les rues (si je ne m'abuse) et 12 pour les avenues. Naturellement, c'est comme pour les serrures et les robinets d'eau chaude : c'est numéroté de bas en haut et de droite à gauche ! 
Bus, métro, tacot, c'est fastoche. A pied c'est très bien, même s'il faut parfois se régler sur le pas rapide des autochtones, souvent tout seuls mais "avec-un-écouteur-sur les-oreilles-et-un-gobelet-à-la-main", comme nous l'a fait remarquer notre cher copain expatrié. Attention aux vélos : dans ce pays qui aime tant les règlements et les interdits, ils roulent sans aucun respect des feux rouges ni du code en général, et sans lumière la nuit ! Ce qui n'a pas manqué de me laisser fort marri. Surtout que j'ai failli m'en manger un dans la tronche, et avec un passager-enfant par dessus le marché. A mon grand étonnement, j'ai également pu constater que le Nouillorquais est moins allemand ou suisse que je le croyais sur les passages piétons.



Taxi
Lève un bras cinq secondes dans la rue et tu obtiens trois taxis. Ils ne sont pas très confortables, mais il y a la télé dedans si tu aimes les pubs.



Métro
Les métros sont vieux et moches pour la plupart, mais ils vont partout et fonctionnent 24 h sur 24. Le mode d'emploi est assez compliqué, mais on s'y fait.




Clés
Les clés tournent dans l'autre sens qu'à Paris, c'est confirmé. Au bout d'une douzaine d'essais-erreurs, j'ai pu entrer dans l'appartement.

Jours tranquilles à Brouqueline

Taxes et pourboires
Le pourliche s'appelle plaisamment "gratuity" (ou tip). C'est rigolo mais ça va quand même te coûter 15 à 20 pour cent de plus. Aucun problème avec notre euro super fort… enfin un peu moins fort qu'avant mais bon.

Nourriture
Vu la variété et la quantité considérable de l'offre — food trucks, self-services, restaus de toutes origines — il faut vraiment le faire exprès pour ne pas trouver petite salade fraîche, escalope milanaise ou hambourguère à son pied ! Avec french fries éventuellement. Attention : la cuisine chinoise est brute de décoffrage et peut désorienter… Dans les supermarchés, il ne faut pas être exigeant sur le goût des tomates, des fraises ou du poulet rôti(1)
En revanche, tu trouveras à "Chelsea Market" ou "Eataly" (jeu de mots) des produits apparemment haut de gamme dignes de La Grande Epicerie (Homards, saumons, jambons, frometons de luxe etc.) et on peut y becqueter (avec des bouchons d'oreille). 
Le café est très léger. On peut lui préférer l'espresso à 4 bucks(2), mais ceux que j'ai essayés étaient imbuvables.
L'autochtone mange à toute heure du jour et de la nuit. A midi, c'est sur le pouce et le plus souvent dehors, dans des petits squares très sympas, par exemple. Comme à Paris, quoi…




Obésité
Le fameux Etazunien obèse est rare à Manhattan. Le cœur de Nouillorque s'est définitivement "gentrifié" et les derniers maires ont fichu les pauvres dehors. Manhattan et l'essentiel de Brooklyn, c'est Neuilly-Auteuil-Passy. Et tout le monde ne peut pas s'offrir un T2 à 4 000 $ en moyenne (avec ascenseur)(3). Alors une fois le loyer réglé, t'as plus les sous pour les pizzas. Moi, je me serais bien offert un duplex à 100 millions dans la tour One 57 (architecte Christian de Portzamparc), qui est ma préférée, mais il a été pris par le Premier ministre du Qatar, zutalors.

C'est pas un macdo



Harcèlement sexuel
On croise parfois de belles américaines, aussi belles qu'à Paris, certaines plus. Le futal collant est encore très à la mode, ce qui peut être agréable, mais j'avais peur qu'un coup d'œil admiratif sur les lèguignes ne soit immédiatement interprété comme une agression sessuelle. Pas comme en Californie, mais quand même : je me suis trouvé deux fois à prendre l'ascenseur avec une femme seule et je te jure, j'eusse été Denis Baupin ou le Vampire de Düsseldorf qu'elles n'eussent point été plus intimidées, plaquées qu'elles étaient contre la paroi opposée ! 
Ou alors j'ai mal vieilli ?



Silence, calme
On ne va pas à Manhattan pour une paisible retraite ! L'arrivée dans le cœur touristique, c'est comme mettre les doigts dans la prise à 380 volts !
Les fameuses sirènes typiques à son sinusoïdal (pompiers, flics et ambulances) ne s'arrêtent jamais et s'entendent de loin. Il faut y ajouter les claquesonnes, les hélicoptères et naturellement les marteaux-piqueurs — un chantier, encore, tous les 25 toises, avec force bruyantes machines. D'ailleurs ils adorent le bruit et il est impossible de converser dans les estaminets, sauf à s'efforcer de couvrir leur étrange baragoin. Plus fort que dans nos gargotes de Bastille, c'est dire… D'ailleurs, d'après mes oneilles, Paris est en train d'attraper depuis quelques mois la sirènite à 120 dB également !

Central Park


Times Square et Broadway
Le quartier des théâtres et des pubs lumineuses géantes. Une impression de déjà vu à la télé, forcément.
Si vous ne voulez ou pouvez voir le meust actuel, Hamilton, choisissez donc un grand classique qu'au moins on connaît la musique, An American in Paris, par exemple. Vous aurez franchi 6000 km au dessus de l'Atlantique pour voir une production présentée l'année dernière au Théâtre du Châtelet ! 
D'ailleurs, en dépit du charme incontestable du spectacle, de l'inventivité de la scénographie, du grand professionnalisme des acteurs-chanteurs-danseurs, on se retrouve assez vite dans les années 50, avec papa-maman dans ce même Châtelet pour une opérette avec Georges Guétary… 

Vu à la télé



Ecologie
Concept inconnu du Nouillorquais : il suffit de survoler la ville la nuit pour constater qu'on y voit comme en plein jour sur des dizaines de kilomètres (ils appellent d'ailleurs ça des miles, du coup ça en fait moins), brûlant sans remords des milliards de ouattes. Et le plastique est partout : sacs, gobelets, barquettes. Quant à la nourriture bio, elle reste discrète. L'Algonquin lui préfère sans doute les vitamines et autres gelées énergisantes en boîtes, joliment bigarrées ma foi.


Lights of New-York


Fumer
Heu, je préfère ne pas en parler, merci. Dès que t'en grilles une (à 3 m et à 64 centimes d'€ l'unité) y en a un qui tousse. 

Téloche
Elle est pour l'essentiel irregardable, hélas, car toutes les pubs sont interrompues chaque dix-minutes par des morceaux de films ou d'émissions !

Langue
La ville étant meltigne-potée comme on sait, il n'y a guère que les non-natifs (dont africains, hispaniques, indiens, asiatiques) qu'on puisse un peu piger. Pour le reste, et même en se chargeant les oneilles de quatorze chouigne-gommes, il est souvent bien difficile d'entraver cette langue étrange qu'admire tant notre belle jeunesse chantante. Remarque, ça me fait pareil avec Shakespeare, mais il est mort y a longtemps. Le mieux est d'acheter son vin chez un ivoirien, qui cause français. 
Naturellement, j'en remets un peu, vous me connaissez : j'ai fait de nets progrès en réalité !




Courtoisie
Comme à Londres, on se précipite pour t'aider dans la rue quand tu cherches ton chemin. C'est très agréable les cinq premières fois… En termes de (anglicisme : in terms of) courtoisie, mon impression est mélangée ; je vous raconterai ça devant un bagel à la cannelle. Mais on m'informe quand même dans l'oreillette que les jeunes sont plus sensibilisés que par chez nous aux règles de civilité.

Le MET
Bon, le Metropolitan Museum of Art est l'un des plus grands musées du monde ; le choix et la présentation des œuvres y sont parfaites et le prix d'entrée est à la discrétion des visiteurs ; bon, le département d'art asiatique est scotchant et c'est même là que du coup j'ai perdu le groupe de visite sommaire. Et il y a cinq Vermeer de plus pour ma collec. Mais faut pas exagérer, le Louvre et le Guimet sont très bien aussi. Faudrait peut-être pas qu'ils se la racontent : la peinture locale du XVIIIe siècle, elle casse pas trois pattes à Donald ! 

Le MOMA
Ça fait partie des incontournables, mon pote : T'as été au Mêêêt ? T'as vu le Momââ ?
C'est au Museum of Modern Art que tu trouveras les Picasso, les Mondrian, les Matisse, les Balthus les plus connus et emblématiques. Ils ont même un Water Lilies de Monet ! Ah ! Et Les Demoiselles d'Avignon, que je n'avais vues que deux fois en cinquante ans (en 66 et 88) sont encore bien vivantes !
Quant à l'expo sur Degas et ses monotypes ("A Strange New Beauty"), ça déchire sa race.
Incontournable, le MOMA ? tu l'as dit, Modigliani.

Monotype de Degas

Boogie woogie à Manhattan (Mondrian)


FRICK Collection
Grand musée privé. Collection superbe de peintures, en particulier les Hollandais. Vu une expo temporaire de crobards de Van Dyck à tomber par terre. Et tu vas pas me croire : trois Vermeer de plus ! Comme il n'y en a que 37 au monde plus ou moins attestées, il me reste Washington, Edimbourg, Boston, Dresde, Francfort et j'en passe…
Cela dit, je trouve qu'il serait quand même temps que les Etazuniens nous rendent toutes ces œuvres européennes, quand même.

CLOYSTERS
Et qu'ils en profitent pour réexpédier les cinq cloîtres médiévaux du sud de la France reconstruits au nord de Manhattan : c'est pas typique.

La skyline
Ach, la "skyline" ! Je ne connaissais pas ce mot et je n'entends plus que lui : profitez donc de la skyline ! T'as pô vu la skyline ?
Il n'y a en réalité qu'un seul point de vue à Nouillorque : le panorama urbain sur les tours vu depuis le sud, qui, il faut bien le reconnaître, est mirabuleux. Quand le ciel s'y met, et il s'y met souvent, les miroitements sur les parois de verre sont un enchantement (j'ai pas le mot anglais) !



L'observatoire / chiffres
La nouvelle tour One World Trade Center s'annonce comme la plus haute tour de Etats-Unis. Arnaque ! Elle fait bien ses 541 m, seulement la flèche à elle seule mesure 124 m ! Mais je ne vais pas faire le difficile pour une fois : "l'observatory" du 102e étage, (soit 60 m plus haut que le 3e étage de la Tour Eiffel) offre un des panoramas les plus époustouflifiants que j'aie vus, en 360° sur la ville. Avec naturellement une mise en scène du parcours en pur entertainment à l'amerlocaine, y compris dans l'ascenseur ! Qui monte en 47 secondes.


La One World Trade Center

Gratuit
Les études et les soins médicaux coûtent la peau des genoux (au moins 12 genoux !), mais étonnamment, certaines choses sont gratuites. Si donc t'es routard, que t'as 25 ans, ou qu'après 50 ans t'as raté ta vie pasque t'as pas ta Rolex, tu peux quand même
- Visiter le MET gratos (ou pour une somme de ton choix car tu as une moralité)
- Faire un tour de ferry direction Staton Island : vue superbe sur la skaïlaïne et la statue de la Liberté
- Profiter des petits concerts dans les squares ou te poser dans les "lobbies", halls souvent somptueux de certains grands immeubles en accès libre
- Aller mater les beaux bijoux en entrant chez Tifany's sans avoir besoin de prétendre acheter une rivière de diamants jaunes pour ta copine
- Donner des cacahouètes aux petits écureuils gris de Washington square.

Chiens
Très tendance, les petits chiens grotesques très soignés tenus courts en laisse, sur les trottoirs, devant les portiers des quartiers résidentiels.

Retenez votre clébard


Oh les plagiaires !
Il faut tout de même reconnaître qu'ils ont tout copié chez nous !
Les tours sont comme à La Défense, mais en deux fois plus haut, pour des raisons probablement freudiennes. La statue de la Liberté, multipliée par quatre. La Promenade plantée, sur le parcours d'un train, appelée localement la High line.
Le quartier chinois du treizième, les rochers de la forêt de Fontainebleau dans Central Park,… il n'y a que les écureuils qui n'ont pas la même couleur. Et les camions, qui friment avec leur gros capot.
Comment ça je suis de mauvaise foi ?


Tours à Nouillorque et à la Défense


La vraie est quand même là-bas


 Jardin du Luxembourg et Washington square



 Tortues à Bercy et à Central Park !


 Rochers à Central Park et à Fontainebleau


 Quartiers chinois (Paris et Nouillorque)


 Sans domicile (Bastille et Manhattan)



Poubelles un jour de grève à Marseille… et un jour normal à Nouillorque. Sauras-tu voir la différence ?

Conclusion

Il paraît qu'on s'y sent New-yorkais plutôt qu'Amerlocain. Une ville à haute énergie, fabriquée pour y vivre à cent à l'heure et éventuellement y faire la teuf jusqu'à pas d'heure. Une ville à grand spectacle… et à torticolis  !


Nouillorque : c'est fait.



"Donnez-moi un dollar ou je vote pour Trump !"







Le contrepet du dixième anniversaire de la Mie :

Saviez-vous que les Comanches se dressèrent devant ces énormes grues ?
(merci Joël Martin !)


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Notes
1 : Confirmé par notre ami, et par Cécile David-Weil in "Chroniques de New York", Grasset édit.
2 : "buck", nom familier du dollar
3 : source "New York Habitat"
4 : Nieuw-Amsterdam : nom de Nouillorque avant 1664