18 septembre 2019

En même temps !



Un site sans métaux lourds
 et à Haute Qualité Environnementale



Chers affiliés bronzés et pimpants après le bel été,

Me voilà retrempé dans l'urbaine civilisation. J'ai rallumé la télé et l'ordinateur :
Achète ! Achète ! Achète !
Dans le métro et sur les panneaux de pub géants posés devant les grands travaux parisiens que j'aime tant :
Achète !
Sur les sites internet mollement visités pour réviser le temps de cuisson du haddock :
Abonne-toi ! Achète !
Sur TSF Jazz, entre un Miles Davis et un Vincent Peirany :
Du poulet à 3,95 le kilo ! Un SUV à 25 000 boules !
Sur France 1 ou Canal 12 :
Deux coupures de pub (bientôt trois) au milieu du film ! Achète !

Et entre les deux, la petite musique saturnienne de l'écologisme ordinaire :
On est foutus ! Jette tes pailles ! Arrête le boudin ! Prends pas l'avion ! Evite les pommes ! Fous ta bagnole à la casse !
Roule en trottinette à énergie nucléaire… Prends ton smartphone à métaux rares… Utilise de l'énergie éolienne à 1 000 tonnes de béton chacune, coulées dans la terre agricole… (Au moins les solutions sont simples pour les nouveaux apôtres)…

Moi qui croyais que c'était l'accélération vertigineuse de l'internationalisation capitaliste et la démographie galopante (7,5 milliards de frères z'humains, presque 10 milliards dans trente ans !) qui posaient problème !

C'est les pailles. 

Nous voilà dans un monde de paradoxes où entrent en collision tous les yin et les yang. C'est pas nouveau, mais on n'est pas rendus.

Bon appétit !



Les paradosques de l'Eposque

1. Nos amis Bretons



Premièrement,
Les Bretons sont sympas : ils ont plein d'initiatives vachement écolos et ils adorent les assoces bioethniques et la convivialité ++.
Seulement voilà, 
en même temps :
La Bretagne est l'une des régions les plus polluées de France (algues vertes, rivières pourries, pics de pollution aux particules fines en avril dernier) à cause de l'agriculture intensive : engrais azotés, lisiers et fumiers provenant des élevages porcins ! 
Pas de veine, Nolwenn…

2. Nos amis Helvètes


Tas de bois dans le Jura suisse

Les Suisses sont les champions de la propreté, du tri et du ferroutage. Les déchets, le CO2, les pratiques et produits malencontreux : Not in My Backyard (NIMBY) !
Mais… En même temps… 
Des multinationales suisses (ou leurs sous-traitants) déforestent à donf pour la culture de l'huile de palme (Nestlé par exemple), contaminent un fleuve en Colombie, empoisonnent des paysans à coup d'insecticides (Sygenta), en expulsent d'autres pour une mine au Pérou (Glencore), sous-traitent le travail d'enfants dans une mine au Burkina… etc. ¹
Pour être honnête, certaines ONG et citoyens suisses commencent fort à s'en émouvoir…

3. Les écolos parigots

Végétalisation à coups de béton dans le XIIe


Dame Hidalgo — que les dieux de l'écologie et de la démagogie l'aient en leur sainte garde ! — multiplie à Paris les initiatives "vertes". Ainsi, elle développe la plantation sur les trottoirs, les pistes cyclables, et plante du gazon. Il y a de belles autoroutes à vélos 
mais en même temps…
Le béton coule à flot. Les places parisiennes sont défigurées pour en faire des squares vieux-jeu. Travaux omniprésents, constructions incessantes d'immeubles et d'hôtels, embouteillages infinis… des milliers de tonnes de béton pour un mètre carré de gazon ! (Tout est déjà dans ma chronique d'avril dernier, faut que j'arrête : à propos de Sœur Anne et de ses ouailles, je vais encore perdre la sereine pondération qui fait l'incomparable charme de ma Mie.)

4. Et pendant ce temps-là, au Burkina

Grâce à l'installation récente de sociétés minières étrangères (britanniques, canadiennes, états-uniennes…), le Burkina Faso est devenu le quatrième producteur d'or d'Afrique ! 
Mais en même temps…
Avec 744 dollars annuels par habitant en 2019, c'est l'un des pays les plus pauvres au monde ; il est 183e sur 187 à l'indice IDH (Indice de Développement Humain des Nations-Unies)
C'est pas doux, Ouagadougou…

5. Les journalistes des grands médias²

Ils ont fait des études poussées, ils sont assoiffés de vérité et soucieux de dénoncer les contradictions de leurs interviouvés…
Mais en même temps…
Ils sautent sur tout ce qui bouge, avec la bien-pensance qui va avec, et régurgitent sans les interroger les moindres chiffres sans aucune vergogne. En particulier les pourcentages, qui ne signifient pas grand chose sans contexte ni nombres absolus. Je ris encore du bulletin de France Inter, répété plusieurs fois fin juillet, annonçant qu'à cause d'un début de canicule, il y avait eu TROIS morts aux USA. Trois. Dont un pas sûr ! Sur 327 millions d'Etats-uniens, on SAIT de source sûre qu'il y a eu trois victimes… Malheur ! Heureusement que pendant ce temps-là, il ne s'est rien passé en Afrique ou en Asie !

6. Les marcheuses



La prostitution et le racolage restent permis en France, mais pas leur utilisation (l'achat de services sessuels) !
Va comprendre, Riri !

7. Les conducteurs immobiles

Il est dangereux de conduire et de téléphoner en même temps. C'est interdit. Mais un arrêt de la cour de cassation du 2 février 2018 précise que c'est également interdit – vous allez rire –… à l'arrêt, moteur arrêté !!!
Car il n'est pire danger qu'une voiture à l'arrêt… 

8. Les personnes sous tutelle…

… viennent d'obtenir (j'apprends ça sur France Inter) le droit de vote sans exclusive. Autrement dit, des personnes réputées incapables de gouverner leurs propres affaires vont pouvoir (sans décision du juge des tutelles) décider des affaires des autres.
Nous vivons une époque moderne.

9. Les aveugles…

…viennent d'obtenir le droit de piloter un avion de plus de 300 passagers.
Non, là je déconne…




Un instant de sérénité devant le beau lac Léman


Allez, pendant que la terre s'évapore et pour finir sur quelque chose de léger, quelques mots sur les mots :

Le baromètre des temps qui courent 

 Vu Francis Bacon à Pompidou…
…toujours aussi superbe et morbide !


Très très en vogue chez les journaleux :

Sidération
Nauséabond
Checker
Déceptif
Versus
Iconique
Alignement des planètes
Silence assourdissant
Très tendance : la confusion entre l'interrogatif et le relatif. Ainsi, l'on entend de plus en plus souvent :
"Je ne sais pas quelle pizza (basket, liquette) va-t-il choisir" ou "Il se demande qui est-il vraiment"

Inventions à la sauce anglaise (tout substantif doit pouvoir se décliner) :
"Ça risque de déflagrer"
"Ça a été absenté"
"Est-ce qu'il va breaker ?"
(expressions entendues dans le poste)

Les patronymes qui me font rire :
Lyes Louffok
Thomas Vampouille
Quentin Dupieux
Yann Raison du Cleuziou
Guénola Hesdin de Méherenc de Saint-Pierre

Pioché dans mon extra-plate lucarne :
HÉPAR : La joie d'avoir un bon transit !
C'est tout le mal que je vous souhaite, chers suiveurs !

Allez ! n'oubliez pas :
Amis écologistes, peignons novembre en mer !

Ce sera beaucoup plus gai comme ça. 

Merci à Joël Martin, La Bible du Contrepet (Bouquins, Robert Laffont, 2003)

_____________________________

(1) Vous trouverez facilement sur internet de plus amples infos. Par exemple ici :

(2) Pas tous : pas question d'essentialiser !







27 avril 2019

Anne, ma sœur Anne, supplique à Hidalgo



— Anne, ma sœur Anne 
(criait tout bas la femme de "La Barbe bleue" de Charles Perrault en 1697)

— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
— Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie.

— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
(criait tout haut un Parisien excédé en 2019)
— Ben non, je vois rien… mais c'est à cause des 6079 putains de chantiers … qui font le soleil poudroyer comme un malade !
(répondit la maire excédeuse)
— Mais pourquoi l'herbe verdoie-t-elle ?
(demanda un autre parisien bleu de barbe naissante)
— Ben c'est pasque à l'Hôtel de de Ville on pense que le progrès c'est le gazon. Et le vélo, je te ferais remarquer. Espèce de Ducon rétrograde.

Et c'est ainsi que nous entrâmes dans la Verte modernité :

En défigurant allègrement toutes les belles places (Bastille, Nation, Italie, Panthéon, Madeleine, Fêtes, Gambetta) (1)
En transformant les grands axes et les belles perspectives en parcours du combattant : bornes, contre-allées devenues parkings, pistes cyclables dessinées en dépit du bon sens, (où passent 20 vélos par jour !) ;
En multipliant les tracés vélos à contre-sens dans les petites rues ;
En laissant les chantiers privés porter leur emprise tous les cinquante mètres… Je n'aurais jamais cru que l'exigence écolo fût de laisser ainsi couler des milliers de tonnes de béton : 3461 échaffaudages en mars dernier (1) !

Résultat : un fouillis impénétrable et puant, des bouchons à toute heure du jour et souvent la nuit, un paysage urbain dénaturé… pour la bonne cause !

Chère sœur Anne,
Tout le monde partage l'espoir d'une ville dépolluée avec des espaces verts
On applaudit même à des mesures rafraîchissantes comme la piétonnisation de certains quartiers (périodiquement pour commencer) ;

Hum. Seulement voilà…
Moi, en tant qu'humble Parisien de Paris depuis soixante-dix balais (comme piéton, cycliste, scoutériste, usager des transports publics),
Chaque fois que je prends mon vélo aujourd'hui, je flippe plus que dans les années soixante et septante, où je traversais allégrement la place de l'Etoile dans le flot des bagnoles en tendant le bras avant de tourner ! (2)

Il me semble que depuis le haut de la tour du château de Barbe Bleue, vous ne voyez que la poudre à l'horizon, bien chère maire…
Et le Paris dont vous rêvez, j'en vois déjà de superbes échantillons, comme l'autre jour au quartier latin, dans la foule des touristes avec leurs prothèses à selfies, ou dans les salles du musée du Louvre où j'adorais flâner, maintenant inaccessibles… Quand je serai Président du monde, j'interdirai le tourisme de masse. D'ailleurs tiens tiens, c'est pas bon pour la planète.
Paris devient un décor d'opérette, (mais avec des travaux tous les dix mètres) qui peu à peu se vide de toute substance, une carte postale, interdite aux banlieusards (pas de parkings aux portes de la ville, contrairement à beaucoup de grandes villes européennes) et peuplée seulement de bourgeois friqués avec quelques logements sociaux pour faire joli parce que quand même, on est socialiste ! 
Et du gazon
Ceux qui soutiennent votre action ne mettent jamais un pied dehors (sauf à Ramatuelle ?) ou n'ont pas d'amis extra-muros !
Et entre nous, s'il y a moins de particules fines en surface, je te jure qu'il y a, en sous-sol dans le métro, des particules… fortes. Mais les bus sont si rares…


Voilà, chère Anne, ce que je vous aurais écrit si vous n'aviez la tête ailleurs, car, chaque fois que j'ai émis une observation auprès de vos services, j'ai reçu une réponse du genre : "Il faut accepter les nécessaires transformations si l'on veut évoluer". Autrement dit :
"Ferme la, connard, t'es pas capable de réfléchir car tu n'es qu'un affreux passéiste".

Qui cite Perrault, en plus.


A propos de Bluebeard

Pour le plaisir et la culture (et pour apaiser quelque éventuel émoi féministe), voici l'ironique "Autre moralité" de Charles Perrault à la fin de son conte "La Barbe bleue" :

Pour peu qu'on ait l'esprit sensé
Et que du monde on lâche le grimoire,
On voit bien que cette histoire
Est un conte du temps passé.
Il n'est plus d'époux si terrible,
Ni qui demande l'impossible,
Fût-il malcontent et jaloux.
Près de sa femme on le voit filer doux ;
Et de quelque couleur que sa barbe puisse être,
On a peine à juger qui des deux est le maître.









(1) : Source : Le Parisien, 27 mars. "Pour rendre Paris aux piétons" : j'ai rien demandé, chère Anne. Non plus que les joueurs de pétanque de la Nation, qui avaient déjà largement de quoi s'amuser…
(2) Cela dit, ne pas être piéton à Amsterdam ni à Strasbourg, où les cyclistes roulent comme des dingues !






14 février 2019

Y a pas de souci !

Mais qui c'est çui-là ?
Vous avez l'impression de le connaître ?
Normal, c'est Boris Vian dans Notre-Dame de Paris,
de Jean Delannoy (1956)


"Y a pas d'souci", c'est ce qui remplace "Y a pas de problème". Avant on avait des problèmes, avec sa tête… aujourd'hui on a des états d'âme. Ça remplace même "Je vous en prie, cher monsieur". Blanche Gardin en parle avec son humour saignant quelque part.

Mais revenons à nos fondamentaux, chers émaux valides.
Ces mois-ci, j'ai récolté dans ma nasse quelques belles variétés roses et charnues des actuelles tendances de notre superbe langue de veau. 
Si vous ne voulez point, comme mézigues, passer pour un has been,
Veuillez télécharger les dernières updates :

Le lexique

En promo,
Du coup et En fait cassent la baraque (grâce aux moutards, principalement). 
On pète également beaucoup de plombs ou de câbles, à tout propos. On pète d'ailleurs tout court et ça fait beaucoup rire, même après l'âge de 8 ans et demi.
Expérience et dommageable (à la place de "dommage") tiennent bien le coup. Chez le journaliste, tarmac (pour "pistes") est devenu incontournable.
Inclusif et disruptif sont de vrais tubes (hits). 
Iconique, utilisé pour emblématique, suinte encore la marée atlantique et réjouit les jeunes gens modernes…
Au rayon des barbarismes très en vogue : déceptif trace son chemin, suivi par l'incommensurable malaisant
Candidater (pour "postuler") fait maintenant partie du paysage commun.
Quant à "l'Outre-mer", il est devenu (depuis un bout de temps, pardon !) les Outre-mer. Ça en fait plus pour le même prix, comme ça.
L'alignement des planètes et en découdre sont en grande forme. 
Compliqué (complicated) remplace ou euphémise un tas de qualificatifs, comme l'avait fait "impacter" il y a quelques ans.

"Pour l'anecdote" est fréquemment devenu (allez savoir pourquoi) pour la petite anecdote. Et de manière générale, le renforcement redondant (ça dure encore, retour en arrière) semble s'installer durablement. Pléonasme n'est donc pas encore sorti des rangs…

La prononciation

Gilets jeunes auprès du poil…
Je ne suis pas d'une région où l'on distingue vraiment le son "ain" de pain, lin, fretin, du son "un" de lundi, brun et parfum (sauf "brun", peut-être) ! 
Mais allez savoir pourquoi, mes neurones font la gueule quand j'entends prononcer "patte" à pain ou "poil" à frire. Et les "o", par exemple, celui de sot et celui d'Europe tendent à se confondre, car les médias audiovisuels (comme on disait autrefois) sont friands d'animateurs d'origine méridionale. 
Et l'on entend fréquemment "Peul Emploi", "anticycleunes" ou 60 % des "embeuches"… Castaner, tout frais arrivé de Forcalquier, voit des "gilets jeunes" partout…

La liaison décalée
Assez tendance en nos extraplates lanternes… "Le verdict aurait été t'encore tout autre", "des offres qui ont vu t'affluer…" (FR 2), "deux millions de touites ont été t'écrits", "Cela met fin t'à la polémique…" (médias divers)

Plus de liaison du tout…
Dire qu'on entend encore de nos jours de naïfs étrangers qui essaient de prononcer les liaisons ! Ptr !
Sottise, Marquise : lier n'est plus de mise… De Gaulle prononçait "qu'un sang gu'impur abreuve nos sillons". Au cours de mes jeunes années (courent-dans-la-montagne), on disait "mort-t'au-rat", "quand t'on n'a que l'amour" (imaginez : quan hon !), "de temps z'en temps". Et v'là que je commence à entendre, un peu effaré, "pas hà pas"… Ah qu'il est dur de vieillir…

Le H aspiré, 
…c'est comme l'imparfait du subjonctif ou même le passé simple, ma pauv'dame, on n'en cause même plus : "Un nombre en n'hausse, Journée nationale de l'hamburger, il est t'hors de danger (médias divers), les enfants victimes d'harcèlement (M6), la ville s'hérisse (FR5, chaîne culturelle), nous étions des z'harceleurs". Etc. 

Petit couizz pour les amis lettrés à l'ancienne :
Je vous propose un petit egzercice de prononciation pour tous (lors d'un enregistrement de voix, on a essayé de me faire prononcer magnat avec le gn de agneau…) Comment diriez-vous :
Magnat, agenda, ananas, pugnace, mœurs, exsangue, abasourdir ?
(Je ne vous suggère pas gageure car vous n'êtes pas non plus nés de la dernière pluie).
Le plus habile d'entre vous gagnera un éplucheur de framboises.

La syntasque
Sachez qu'on a perdu l'usage du EN et du DONT (et ses cosaques) ! 
Qu'est-ce que vous me disez, gentils locuteurs lecteurs de ma numérique gazette ?

"Il faut savoir de quoi il en retourne" (un journaliste). Quoi, des claques ?
"C'est d'eux dont j'avais envie de parler" (Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018… à l'oral, heureusement, et sous le coup de l'émotion). Il faut reconnaître que Verlaine lui-même ("Prends l'éloquence et tords-lui son cou", in Art poétique, Jadis et Naguère, vers 1874)…
Gros succès également de la formulation : "Elle s'est faite renverser" ou "Elle s'est faite connaître"…
Celles et ceux, raccoleur de bien pensance, gagne le gros lot de la lèche-culterie, il faut s'y faire ! (j'ai même un philosophe médiatique qui pense comme moi, c'est dire !)
Ne vous cassez plus la nénette avec de longues phrases alambiquées style Sauveur jupitérien de l'Olympe, dites : "Entre la poire et entre le fromage" : "Il y a une cohérence entre la marque et entre le produit" (La 5)…
Entre ici, J'en moule un ! Avec ton terrible cortège de barbarismes joyeux et d'approximations up to date… 


Tonton c'est loin, l'Amérique ?


Au rayon du frangliche ordinaire

Quand j'étais une jeune fille rangée, je faisais des "dictées" et j'apprenais le système "métrique". T'imagines le malaise : le XIXe siècle, les machines à vapeur, le lait cru à la tireuse ? 
Dieu merci, l'autre jour, j'ai reçu un sms avec Save-the-date pour acheter un 18 pouces à l'occasion du Black friday !

Award semble avoir détrôné définitivement "prix" et live, "en direct" ou "en concert".
Teaser remplace "accroche" ou "extrait", et spoiler (francisé en infinitif) "dévoiler, révéler". Stopmotion, "animation", timelapse, "accéléré", shooting, "prise de vue" (pas nouveau celui-là). 
Je vous fais grâce des jargons du management, de la pub, de l'informatique et du reste de l'audiovisuel, que vous connaissez aussi bien que pas-moi. Vous n'avez qu'à checker vous-même. Versus, ce mot latin qui remplace "contre" nous revient par l'Atlantique comme jadis par la Manche flirt pour fleurette.

Décidément, si les Ricains n'étaient pas là, comme disait Victorien Sardou, — non Fernand, — non Michel — en fait Pierre Delanoë — idée confirmée récemment par Trump Donald –,… on causerait allemand. Heureusement, on cause américain. Et on met des chewing-gums partout, c'est malin. 

Une expression rigolote que j'aime bien (j'ai aussi mes faiblesses) :
Attention, ça va piquer (utilisé aussi bien pour "tu vas te viander grave")





Sinon, quoi de neuf, mon Justin ?

Les nouvelles valeurs à considérer

Côté pile :
J'apprends qu'à Montréal (Canada), l'humoriste Zach Poitras a été interdit de scène pour cause d'appropriation de signes appartenant aux Noirs. Pour certains, les dreadlocks sont en effet un modèle déposé ! Mais qui a déposé la crétinerie ?

Côté face :
Un poilu transgenre (même pas opéré), Rachel McKinnon, a gagné une épreuve de cyclisme… féminin, en octobre dernier à Los Angelès…

Tu ne jetteras rien, mon fils

J'ai pas de pot, moi. Issu de parents d'origine modeste qui avaient connu les privations de la guerre, j'ai passé une grande partie de ma vie à ne pas gâcher ("finis ton assiette !"), ne pas jeter les choses inconsidérément ("ça peut toujours servir") et éviter si possible une consommation d'eau et d'énergie excessives ("éteins quand tu sors").
Dans les fêtes, je privilégiais les verres en verre et les nappes en tissu ; il m'est même arrivé de porter le rab de bouffe aux Restaus du cœur.

Au point que je finissais par en avoir honte, comme d'une névrose. Même si je voyais bien que gaspiller était aussi un signe de reconnaissance sociale ("je suis pas mesquin")…

Du coup, j'avais fini par me soigner et j'étais fier, encore récemment, d'oser jeter une demi-part de purée de panais restée dans la casserole. Bon : le panais c'est facile, direz-vous. Alors mettons : du chou-fleur, de la courge, du persil tubéreux, des crosnes, des tomates belges.
Je te jure, pour moi c'était une libération que de me séparer de mes vieux Téléramas, Marianne ou Libé… d'un câble d'antenne de 15 m, d'une vieille prise péritel, de mon premier portable sony-ericson, de mes vieilles cassettes (pas toutes, quand même) !!! Mais…

On me dit aujourd'hui que ces maux n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux rien jeter et recycler toujours
Que l'océan rempli de plastique en a marre
Et qu'il vaut mieux toujours réparer sa guitare (1)

Quand je vous dis que je ne suis plus en phase avec l'époque.

Ce qui ne m'empêche pas de réfléchir :
Il y a dans le monde 37 millions de vols d'avions par an (plus de 100 000 par jour) ; 
Combien de milliers de camions diesel traversent l'Europe ?
Les insecticides auraient détruit 80 % des insectes en 30 ans (source : une étude allemande de la revue Plos One) ;
Heureusement, on a trouvé la solution : les pailles et les cotons-tiges. (Ce truc doit encore venir de nos amis étazuniens, qui vivent littéralement avec une paille dans le bec et un gobelet en carton vissé au bout) ! 
Rien sur les couches jetables, les kleenex et la bouffe toute prête en blister !
Je rigole. Ah on me dit que le trafic aérien ne serait responsable que de… 2 % de la pollution atmosphérique. D'où vient ce chiffre ? Des compagnies aériennes ?
Je rigole derechef.

L'écologie est incompatible avec le capitalisme mondialisé et la surconsommation.  
Et incompatible avec la démographie galopante : moins on est de fous…
Mais les solutions ne sont pas aussi simplistes, hélas, que certains le croient :
Une voiture électrique a une batterie de 700 kg. Pour la fabriquer, on met en place des procédures extrêmement polluantes. Et ça va marcher avec l'énergie nucléaire. C'est compliqué la Vie claire.
Le labour, soutenu par beaucoup d'agriculteurs bio pour éviter les pesticides, accélèrerait l'appauvrissement des terres. Et multiplierait par 10 la combustion de carburant polluant… C'est dur, la culture.




YUKA : l'appli (un peu) nulle pour les nuls.
Les jeunes gens sympathiques qui l'ont lancée le reconnaissent eux-mêmes : ils n'y connaissent pas grand chose et se contentent de collecter une liste d'infos diverses et de la traiter à leur sauce (bio), avec une obsession sur les additifs et les calories, ce qui ne suffit pas toujours et biaise les recommandations. La confiture, par exemple, est toujours… trop sucrée. Le sel est trop salé et mes camemberts au lait cru Label rouge et/ou Médaille d'or au Concours agricole refusés. Alternative proposée, un fromage frais à zéro pour cent ! (rectifié depuis !). En revanche, des cœurs d'artichauts sans aucune indication d'origine passent le test allégrement. 
Dernière heure : je viens de scanner deux boîtes de sucre bio et hum, pan sur le bec, Yuka avoue "Nous ne savons pas juger ce type de produit". Peut-être affinent-ils l'outil, ce qui serait une bonne nouvelle ? A moins que… Voyons, je viens de tester des produits dans mes placards, les voilà tous excellents… Bizarre.


Au fait, je vous ai pas dit ?

Cette rubrique est pleine de classe !

(merci à Joël Martin, Bible du contrepet, Bouquins, 2005)


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(1) Pour les jeunes générations ou les Martiens, ici je m'inspire d'une chanson de Jean Ferrat. Sauras-tu trouver laquelle ?





09 août 2018

Nous n'irons peut-être plus à Avignon. Peut-être.*






La première fois que je suis allé à Avignon, c'était en 1972. Vous étiez à peine nés. Quand nous y jouâmes la première fois, l'année suivante, je crois me souvenir que dans le festival "Off" il y avait… 70 spectacles. Cette année, il y en avait 1538 ! En 1983, j'ai dessiné la première affiche de l'association Avignon-festival-off. Et puis voilà, j'y suis retourné souvent : il y a du soleil, une pétillante jeunesse dans les rues et des spectacles pointus. Ou pas.



Première affiche du Off. Un peu "premier degré", je le reconnais.
Et puis l'imprimeur maladroit avait "écrasé" l'ombre des objets sous le fond, le scélérat !

Cette année, petit coup de fatigue. La chaleur, la cohue, et une thématique monomaniaque dans le In un peu gavante. J'ai beaucoup de sympathie et même d'empathie pour la "transidentité", le transgenre et toutes les transes qu'on veut, avec souffrances induites, mais j'avoue que le traitement médiatique (et artistique) de cette problématique qui ne représente au bas mot que 0,3 à 0,5 % de l'humanité me fatigue un tantinet. D'autant que les spectacles (touchants) qui en causent se contentent le plus souvent d'un traitement émotionnel et compassionnel qui fait peu de place au recul et à l'analyse ! Olivier Py, créateur pléthorique et éminent directeur du Festival depuis 2014, se revendique dans les gazettes comme homo et catho. En 2018, il a fait une OPA avec la question du Genre, très en vogue. Nous aurons donc probablement une édition 2019 sur les Curés ; vivement l'année prochaine !

Cette année, j'ai réussi à voir trois spectacles de la programmation officielle. Pas grâce au site de réservation, bloqué dès les premières minutes après l'ouverture ! (Eh oui, si t'es pas Premier de cordée ou que t'as pas une copine journaliste, faut s'accrocher !) Tiens, d'ailleurs, on se macronise, chez Festival d'Avignon : à l'Opéra-Confluence, pour le spectacle de Sasha Waltz (qui fut grande et qu'on a connue plus inspirée), on pouvait voir une corbeille spéciale VIP (Vieilles Pies) aux trois premiers rangs. Je devais être au 23e. J'ai un peu dormi. D'ailleurs en général, j'ai pas mal piqué du nez : le théâtre-témoignage de Didier Ruiz (TRANS, MÈS ENLLÀ) est propre sur lui et fait le service minimum : et alors ? (so what ?) Le montage de l'ami Gurshad Shaheman (IL NE POURRA PAS DIRE QUE C'EST À CAUSE DU PROPHÈTE !) est irréprochable mais très monocorde, feutré, et il fait chaud après manger. Je n'aurais pas dû manger.

Sur les douze que j'ai pu voir, IN et OFF compris, j'en retiens un à ne pas manquer s'il passe par chez vous (A Paris au Rond-Point en avril prochain). Et pourtant, les solos ne m'attirent plus guère, mais là c'est remarquable :

PLUS GRAND QUE MOI, SOLO ANATOMIQUE de Nathalie Fillion (Actes Sud), joué par une actrice formidable (petit accent qui n'en est pas un, voix perchée, énergie folle), Manon Kneusé. Argument :
"Je roule en plein ciel. J'ai le vertige. Cassandre cherche sa place dans la cité et sur la terre. Elle mesure ses intestins : huit mètres. C'est dingue."
Comment résister ?

Sinon, autres choses

Pour le vertige poétique :
UNE SAISON EN ENFER
Jean-Quentin Châtelain, dans un accoutrement impressionnant à la Balzac de Rodin, accouche et expire le texte mystique et poignant de Rimbaud. Superbe, hypnotique (mais à voir avant de manger).

Juste pour rigoler :
NIQUE SA MÈRE LA RÉINSERTION (compagnie Rascar Capac)
Le spectacle n'a rien à voir avec ce titre bidon mais c'est foutraque et déjanté comme on aime.

Juste pour frémir d'excitation :
GO GO SAID THE BIRDS (de Camille Mutel)
Ils sont nus, jeunes et beaux, ils font des trucs avec des œufs, et une prêtresse bouddhistoïde (Isabelle Duthois) souffle un chant harmonique souvent prenant. Artistiquement assez pauvre mais érotiquement puissant. Ce qui n'est pas rien.

Pour apprendre des trucs :
PROUDHON MODÈLE COURBET (de Jean Pétrement, compagnie Bacchus)
Un peu surjoué mais intelligent et efficace, dans le genre classique. Joué depuis 2009.
DE GAULLE 68, LA RÉVÉRENCE (compagnie Artscenium)
Sur la rencontre entre De Gaulle et Massu en 68. Super efficace, intelligent, exigeant, etc. 
Voilà, quoi.

Spectacle debout (stand up) :
CHATONS VIOLENTS
Il a un talent certain, ce "Ocean". Intelligent, roublard et drôle. Un peu donneur de leçons, mais on n'est pas obligé d'être d'accord avec tout.

Je reconnais : deux-trois commentaires à la va-vite sur des spectacles qui ont demandé tant de travail, c'est pas du jeu. Mais la canicule a duré vraiment longtemps, par chez moi.

Vous ai-je dit quel sera mon programme, quand je serai président ?

Quand je serai président (de la France ou même du monde),

J'ai quelques idées grandioses :

– Pour commencer, je supprime les groupes de pression (lobbying) auprès des politiques. Ça fera plus propre. 
– Je reconsidère la notion de faillite d'entreprise, qui permet à certains dirigeants de planter grave impunément salariés et fournisseurs. Je transforme donc la SARL en Société Pas Anonyme à Responsabilité Illimitée. Comme la moindre Association 1901, en somme.
– Autre idée, pour redonner un peu de vigueur à l'activité syndicale : tous les avantages acquis suite à un combat syndical ne profitent qu'à ceux qui y ont pris part. Mort de rire !
– Je réformerais bien l'héritage, mais il faudrait d'abord refondre la République (en plus, je risque fort de me fâcher avec mes copains).
– J'arrête les avions pendant une semaine : on corrige d'un degré de température le réchauffement climatique.
– Je fais couler dans leur béton les promoteurs qui bouchent le ciel autour de moi.
– Je demande aux bouchers d'essuyer leur couteau après affûtage, ça nous évitera de bouffer de la limaille.

Si vous avez d'autres idées, écrivez-moi. Premier prix : une râpe à crème fraîche.
C'est quand même pas compliqué, la politique. Seulement le jeune Macron va encore pas être d'accord.

Les noms qui me font rire
Je peux pas m'empêcher, j'ai honte :

Brigitte TROGNEUX (femme de président), Eric LEPIOUFLE (journaliste), Pio MARMAÏ (acteur), Augustin TRAPENARD (animateur trop doux), Alain GLON (dirigeant breton), Marinette PICHON (foutbôleuse), Albin DE LA SIMONE (chanteur)
La marque PURINA (leur bien-être, notre passion) qui me fait penser au purin
La voiture KONA, de chez Hyundai (prononcer younndê), qui m'interroge sur le sens des choses,
Le vin château NORIOU LALIBARDE, qui me fait penser aux noms de Groland,
le général PICHEGRU (1761-1804), et la famille de HAUTECLOQUE.
J'allais terminer sur le très loufoque Pierre-Arnaud de CHASSY-POULAY, metteur en ondes de Signé Furax, mais j'apprends que ce n'était qu'un savoureux pseudo.
Avec mon nom, je peux me permettre.

Bonne fin d'été, fidèles à Mie, n'oubliez pas de passer à Bouchot pendant les vacances, là où sont les meilleures moules.


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*Pour le titre de cette chronique, je me suis inspiré du Festival "Nous n'irons pas à Avignon" de notre ami Mustapha Aouar, Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine.













05 juillet 2018

Enfin une solution pour les "migrants" !







Cher Manu (tu permets que je t'appelle Manu ?),
J'ai trouvé une solution pour l'histoire des migrants qu'on cause. Et de surcroît, pour tous les SDF de France ! Et d'un seul coup !

Après une escapade sur la côte normande, fin juin, entre Le Havre et Cabourg (fort belle région, fort belles plages, fort belles maisons, fort bon livarot), j'ai vu, de mes yeux vu, avec effarement… des kilomètres de volets fermés ! A une semaine de la "haute saison" balnéaire, plus de la moitié des appartements, pavillons, immeubles, sont inhabités ! Un peu moins en fin de semaine (le ouikennd), mais c'est peanuts (cacahouètes). 
Je lis que selon les statistiques, à Cabourg il y a 80 % de résidences secondaires ! En moyenne, me souffle la toile, 63 % sur la Côte Fleurie (entre Honfleur et Cabourg à peu près). 
Tu me vois venir ?
Il suffirait de réquisitionner tous ces mètres carrés inutiles, et selon mes calculs et les statistiques de l'INSEE, on dispose de 175 000 logements vacants (chiffres 2015) rien qu'en Normandie. A trois ou quatre par logement, on peut loger (faites le calcul vous-même)…
Bien sûr, les communes y perdraient en taxe d'habitation sur la résidence secondaire, mais on y gagnerait en consommation et l'économie s'en trouverait fortifiée, non ?
Je n'ai pas la solution pour donner des emplois à tout ce monde, bien sûr, mais je suis persuadé qu'avec toute cette activité immobilière, les métiers du bâtiment demandent du monde, de même que les métiers de la restauration et du tourisme — il y a bien des plombiers afghans, des mitrons syriens ou des architectes érythréens…
Non ?
Après, on va dire que je ne sais que critiquer notre belle marche vers le Nouveau monde…












Le panaris du président 

Madame Bourlier, à la campagne, elle appelait ça un "mal blanc". Un mal blanc, c'est un bobo au doigt, un truc qui suppure… ça fait tout blanc sous la peau. La "piau", qu'ils disaient, à Louvigny, dans la Sarthe. Le docteur de St-Rémy-du-Plain, pour me sauver la vie, m'avait filé un coup de bistouri commac dont je porte encore la trace sur l'index. Ah ben dis ! Le queniau il avait beau être parisien-tête de veau, aurait point fallu qu'il perde un doigt !

On respectait le panaris, dans ce temps-là ! Pas comme notre jeune leader ! Trempé dans l'american sauce communautariste, notre Napoléon IV préféré (le dieu des Patrons l'ait en sa sainte garde !) considère qu'une analyse de "mâle blanc" sur les problèmes des banlieues n'est pas légitime ! Faut être noir pour parler des noirs, juif pour parler des juifs et aveugle pour parler des non-voyants ! Il paraît même que dans certains quartiers aux USA, tu peux pas vendre des pizzas si t'es pas rital ! (j'aime bien faire passer les rumeurs)…

Il pense "mâle blanc" mais il prononce "mal blanc". Comme tout le monde ou presque. Or il se trouve que je suis tellement buté lingouistiquement que la première fois que j'ai entendu ses humiliants propos, je n'ai pas compris ce que venait faire le panaris chez Boorlo ! J'ai mis du temps à réaliser qu'il voulait dire : je préférerais un rapport écrit par deux femelles noires… CQFD !!

Sinon, pendant les travaux de com, le progrès social continue : retour des curés pas-lobbyques, gel de l'APL, baisse drastique des emplois aidés, suppression de l'exit taxe, et aux dernières nouvelles abandon de la notion de Sécurité sociale…




Jupiter, grosse planète gazeuse

M. Emmanuel Macron (le Pontife l'ait en sa sainte garde), président de la République, porté par l'adulation des foules, ne cesse de dire : "Je veux". Moi quand j'étais petit et que je disais "Je veux", on me rétorquait : Le roi dit "NOUS voulons". 
Tout fout le camp.


Sur ce, bon été, fidèles amis de la Mie ! Moi je file à Avignon, je vous raconterai !

L'ami dévot






09 mai 2018

Ode au Général Macaron et autres broutilles

Expression piquée à Pascal Pavageau, qui l'a lui-même piquée à Pierre Desproges


Coup de vieux

Voilà, c'est dit, je ne fais plus partie de l'époque ; la langue de Stendhal, nous dit un enseignant dans le poste, n'est plus entendue par les étudiants.
Et moi je n'entends plus celle de mes contemporains. Ça me troue.
Désagréable impression de ne plus faire partie de la course du monde ! Même Mai-68 est renié par ses célibataires même (1). Quand j'évoque une figure ou un événement — avec la virevoltante vivacité d'esprit qui me caractérise — je me sens obligé de mettre une note d'explication en bas de page ou en fin de discours, de peur de ne pas être compris. Vous avez vu ? J'ai déjà commencé dans cette introduction. Quand je pense que j'écris comme ça depuis toujours, comment s'étonner du décalage (gap) entre générations ?
Me voilà donc assigné à commenter les choses depuis un banc public (2) installé sur Sirius (3), ou depuis un drône, tiens : c'est plus neuf.




C'est un bit, c'est un gap, c'est une péninsule

Big Boi, Kendrick Lamar, Alice Merton, Usher, Haddaway, Coolio… ça te dit quelque chose, à toi, cher faux lover ?
Sur Télé Monte-Carlo (4), Yann Barthès demande à ses invités leurs chansons préférées (5). Je n'en connais pas deux sur 10 ! et neuf sur 10 viennent de la culture occupante (6) ! De plus, je ne suis pas fana de foot, je fatigue devant les séries, je ne marche pas dans les bois avec des bâtons de ski, je ne tombe pas en pâmoison devant les sushis et la vogue vegan me fait flipper. Le ringue total.
Voilà pourquoi votre fille est muette (7), votre grand-père largué, votre blogueur préféré, coit. 
J'ai navigué sur la toile pour découvrir et déguster le charme rugueux des rappeurs (et autres) cités plus haut. Et comme la musique m'en touchait une sans faire bouger l'autre (8), j'ai regardé les paroles : "Oh bébé je vais te faire crier continue de boire Je suis un gangster Un n* de la rue je vais te n* ta race, poum-tchac-tchac-poum c'est-quoi l'amour, yeah" (j'ai mis des bips pour faire… approprié). Entre François Villon et Bernard Menez, donc…

Si je suis tout à fait honnête, j'ai quand même découvert un rappeur, un artiste au-dessus du lot, qui charrie les mêmes thématiques – la mort en plus – mais avec une inventivité vraiment convaincante et percutante dans les textes et la musique. Comme il paraît que c'est le meilleur, vous qui êtes à l'heure, vous l'aurez reconnu, il est passé à Bercy, enfin à l'Hôtel Machin. 





Mai-68

Le nombre de conneries qu'on a entendues sur mai-68 ! Depuis que Jean-Pierre Le Goff aurait considéré que mai 68 portait les germes du libéralisme et de l'individualisme, idée reprise sans réfléchir par l'ineffable Lenglet de France 2, et après le grand sociologue Michel Houellebecq, traumatisé par ses parents hippies, ce qui n'a rien à voir, cette petite musique s'est encore baladée en nos magiques boîtes à sons et images… Quant à Jean-Michel Apathie, qui ne manque pas une occase de faire son kéké, il considère même que toute cette agitation, c'était de la roupie de sansonnet puisque les idées étaient déjà dans l'air et que sa maman basque avait une Simca 1000 ! (9)

Il y a une éclaircie : on dirait que les chercheurs font leur boulot et les clichés simplistes et atrabilaires à la Sarkozy semblent reculer, ouf. Reste à virer Romain Goupil des plateaux de télé et quelques intellos qui ont mal vieilli.

Bien sûr que les idées étaient dans l'air (et que la pilule date de 1967) ! mais ce mouvement bordélique et optimisme a fini par secouer gravement les neurones d'une France moisie, et catalysé des transformations culturelles ("sociétales", dit-on aujourd'hui) profondes. Ecologie, loi sur l'avortement, abaissement de l'âge de la majorité à 18 ans, fin de la censure, libération sexuelle (du temps que le féminisme était jouissif et pas punitif), loi sur le divorce par consentement mutuel, réforme de l'audiovisuel, etc. Ce qui fait de Valéry Giscard d'Estaing un peu plus tard, porté par l'air du temps, le plus progressiste de nos présidents ! Toute la période entre le milieu des années soixante et la décennie suivante a effectivement marqué une rupture avec une France vieillotte ! Il faut ajouter que l'esprit nouveau de 68, c'était certes les accords de Grenelle avec les augmentations de salaire — c'était pas rien — et la section syndicale d'entreprise — profitons-en ça ne va pas durer —, mais c'était surtout une véritable tempête dans les crânes autour de l'Egalité, la Démocratie, la Hiérarchie et l'Autogestion, et la mise en cause (Lenglet, tu m'écoutes ?) de la Consommation sacrée… La CFDT, notamment, à l'époque était de gauche et en pointe sur tous ces questionnements…
Mai 68, c'était pas que le folklore et les pavés, avec Europe "n°1" rue Gay-Lussac et les groupuscules illuminés par Radio-Pékin ou Radio-Trotsky ! C'était éminemment un orage philosophique, une interrogation (foutraque) sur le Sens de la vie et de la société !

L'invention du "jeune" dans les années soixante avait certes déjà ouvert un nouveau marché juteux renforçant la consommite déjà engagée, mais il y a un mot qu'on utilisait en ces époques et qui décrit fort bien le processus : "récupération" ! 

… et pour une fois je cite Joffrin dans un excellent article de Libé : 
"En assimilant ce besoin d’une plus grande liberté à la petite autonomie calculatrice et médiocre de l’homo economicus théorisée par les libéraux, on joue sur les mots. On confond deux individualismes. Que certains thèmes, certaines aspirations, certains penchants hédonistes aient été ensuite récupérés par le marché, c’est indiscutable. Mais l’individualisme de Mai 68 est émancipateur, autonome et, surtout, égalitaire. On se libérait des anciennes contraintes, mais on le faisait dans l’effusion collective, dans le mouvement social, au nom de valeurs de solidarité, dans l’illusion d’une unité rêvée."

Dictons, proverbes et idées toutes faites

C'est pratique, court, et ça évite de penser. Ma préférée est 
Y a que les imbéciles qui changent pas d'avis
Ah bon ? J'ose à peine le dire, mais je connais plein d'imbéciles qui changent d'avis, moi. Je me demande même s'ils ne sont pas majoritaires… (10)

La pire étant :
Il n'y a pas de fumée sans feu.
Ça permet de justifier n'importe quelle rumeur à la con, c'est chouette. Très utilisée ces temps-ci.

Mais encore :
On ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs.
Staline l'adorait. Variante : La fin justifie les moyens. Très prisé par les idéologues de tout poil.




Petit panier de contrariétés

Higelin disparu : quelques trop vagues allusions dans les médias (sauf à France Inter, qu'il faut saluer). On voit que la gent journalistique est plus concernée par le talent (et le beuzz autour) d'un rocker exilé fiscal que par la superbe créativité et folie poétique et musicale d'un grand "Crabouif"(11)… Cela dit, son enterrement était très gai (en présence d'Izïa et d'Arthur)…

Je suis amoureux de Caroline De Haas, la fondatrice d'Osez le féminisme : quelqu'un qui a proposé d'élargir les trottoirs pour combattre le harcèlement a forcément une pensée de haute volée. Seulement je n'ose pas me déclarer, de peur qu'elle se sente chiffon et me traîne en justice.

J'aime l'idée de supprimer l'Exit Taxe après avoir supprimé l'ISF, et j'applaudis à l'abaissement de l'imposition des revenus du capital. Enfin des mesures sociales !
Ça va ruisseler sec.

Je trouve géniale l'idée de vendre les aéroports au privé, après les autoroutes, puis la gestion des contredanses pour stationnement et bientôt la gestion des radars : car les intérêts privés sont les garants d'une meilleure justice.

En même temps.
Ainsi la France, gérée comme une entreprise, verra tous ses comptes apurés. Les gens ? Quoi, les gens ?

Je vous embrasse, l'été revient !
L'ami dévot

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(1) : Allusion à une œuvre de Marcel Duchamp (artiste franco-amerlocain du XXe siècle)
(2) : Banc public, banc public… Brassens, poète français du XXe siècle
(3) : Allusion à une expression "le point de vue de Sirius" (étoile la plus brillante après le soleil) en référence à Voltaire (philosophe français du XVIIIe siècle) dans son Micromégas. Adopté plaisamment comme pseudonyme par Hubert Beuve-Méry (journaliste français du XXe siècle, fondateur du Monde (journal d'information)
(4) : TMC
(5) : Ouatt iz yor playlist ?
(6) : Je n'ai pas osé parler de "puissance" occupante, là. Ça aurait été mal interprété.
(7) : Allusion à une réplique de Sganarelle dans Le Médecin malgré lui de Molière (auteur français du XVIIe siècle)
(8) : Expression fine et légère qu'on prête à Jacques Chirac (ancien président de la République, 1995-2007)
(9) : La liberté de ma Mère, auto-édition.
(10) : Les retournements de faux culs, c'est une solution aux problèmes climatiques. Vous branchez une dynamo dessus et vous avez de quoi éclairer des pâtés de maison entiers. Ça vole au vent, c'est agréable. Frédéric Lordon
(11) : Surnom de Jacques Higelin, repris dans son premier album.