31 août 2020

10 Nègres masqués dégustant une madeleine à Copenhague








Le masque austère de l’absurde

Je sais pas si c’est moi qui vieillis ou si c’est le développement de la crétinerie constatée depuis les années nonante dans le monde (1), et qui frapperait nos têtes d’œuf préfectorales en premier… Mais il est, une fois de plus, difficile de saisir la logique qui a présidé aux dernières contraintes sanitaires.
Après nous avoir expliqué que le masque de protection ne servait pas à grand chose, et dans un seul sens (voir posts précédents), puis qu’un joggueur baveux contaminait moins qu’un pépère assis sur un banc public, banc public, banc public, voilà qu’on nous enjoint de porter le masque partout dans la grand’ ville, y compris les artères désertes, les squares peu fréquentés et les champs de Mars à l’aube. Car il est évident que nous sommes trop cons pour évaluer par nous-mêmes le geste utile. Le mieux, c’est que le joggeur baveux et le cycliste postillonnant sont exemptés de la mesure. Mais pas le scootériste ou le motard qui passent, le nez protégé par leur visière !
Quant aux écoles…
Tiens, on m'a envoyé ça !
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Demain, tous crétins ? Ici :
https://documentaire.io/science-et-technologie/demain-tous-cretins-arte/








Le racisme enfin éradiqué

Ouf ! Nos intellectuels ont enfin trouvé la solution pour éradiquer le racisme et le mépris racial. Les Noirs n’ont plus rien à craindre dans le Wisconsin, le Minnesota ou la Haute -Vienne. Les éditeurs revisitent l’histoire et la littérature, et j’apprends que les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie ont changé de nom. Il y a longtemps que j’espérais cette remise aux normes de la pensée orthogonale, qui sauvera j’en suis sûr bien des vies. Quand j’étais petit, — vous l’avez sans doute oublié, ou alors vous n’étiez pas nés — les médias (comme on ne les appelait pas encore, d’une part parce que c’était le pluriel de « médium » et d’autre part parce que McLuhan n’avait pas encore ouvert son gicleur de ce côté de l’Atlantique), les médias donc, et les gens bien élevés évitaient le mot Juif, qu’on remplaçait bêtement par « Israélite » (alors qu’on ne parlait pas toujours de religieux…) Il n’y a pas si longtemps, le mot Noir lui-même était tabou. On lui préférait « Black », et ce faisant on en rajoutait une couche évidemment !! Dans cette confusion généralisée et ce désir d’apparaître toujours plus « pensant correct », je me réjouis du zèle des petits jeunots comme sur France-Inter l’autre jour Guillaume Meurice, qui entre deux gloussements réjouis de ses congénères supposés rigolos et impertinents de la bande à la délicate Charline Vanhoenacker, se trouvait fondé à traiter de raciste une de ses interviewées qui s’était permise de dire « Les Chinois » !
On n’est pas rendus, les enfants.
En 1955, on a supprimé la Seine « Inférieure » et en 1969 les « Basses » Pyrénées. Nul doute que ces courageuses décisions ont redoré la fierté des Normands et des Béarnais qui sans cela, auraient traîné leur honte comme faisaient les Bas-Alpins (jusqu’en 1970) et plus tôt encore les Charentais et les Ligériens inférieurs…

Seules demeurent dans la honte Les habitants du Bas-Rhin. Ils seraient plus intelligents que tout le monde, ces gens-là ?




L'héroïne de "The Killing".
Y a une petite ressemblance, non ?


Droopy à Copenhague

Comme je suis allergique aux séries télé, trop chronophages, et qui te tiennent collé au canapé avec leurs odieuses manipulations scénaristiques, vous pensez bien que j’ai pris mes distances avec The Killing, la série danoise diffusée par Arte. D’ailleurs, l’héroïne dépressive a la tête de Gai-Luron (Droopy if you prefer), rate tout ce qu’elle veut y compris sa vie personnelle et n’a qu’une seule arme pour déjouer le crime : la lampe de poche (je suppose que la production est sponsorisée par Maglite) ! Alors vous pensez bien que j’ai résisté.
Et je n’ai vu que 35 épisodes sur 40 (j’ai zappé une partie de la saison 2). Non mais !

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THE KILLING
En intégralité sur Arte.tv





Longtemps, je me suis couché de bonne heure au lieu d’ouvrir la Recherche

Vous allez me dire qu’à mon âge, j’aurais pu déjà l’avoir fait (comme on « fait » la Thaïlande ou la Californie). J’ai essayé plusieurs fois ; mais la montagne me paraissait bien escarpée : en haut de la première falaise, juché sur le premier chapitre, je ne savais plus ce que je faisais là ni l’objectif de mon parcours ! Au bout des cinquante premières lignes de certaines phrases, j’avais perdu de vue qui parlait de qui et de quoi, pourquoi, comment et l’âge du premier de cordée…

Faut dire que Proust, franchement, il faut se le faire ! Sab prétend que son style est « asthmatique ». Comme lui. Moi je dirais le contraire : il en faut, du souffle, pour démarrer une phrase avec trois wagons, en raccrocher huit au passage et de plus multiplier les aiguillages !

Marcel Proust (né en 1871), de son vrai nom Marcel Proust (mort en 1922), fut un jeune homme extrêmement sensible, raffiné, généreux et asthmatique, donc. Il attribua d’ailleurs ses problèmes de santé à la guerre de 70 et à la Commune de Paris (merci Wiki). Il fut le témoin des dernières années d’un milieu social (« du Faubourg St-Germain et du Faubourg St-Honoré ») doré sur tranche mais se targuant d’art et de littérature, où un petit personnel nombreux faisait en sorte que les soirées mondaines, où il était toujours fourré, brillassent cependant d’un vif et flatteur éclat.
Brillassent. S’il y a une chose que j’adore chez Marcel, ce sont ses imparfaits et ses plus-que-parfaits du subjonctif. Il ne faudrait pas me gratter trop pour que j’en usasse itou au-delà de toute mesure. J’ai un tout petit peu plus de difficultés avec sa syntaxe alambiquée et sa ponctuation souvent imprévisible… J’eusse été André Gide que j’aurais peut-être hésité moi aussi à accepter le manuscrit, mais bon : c’est fait c’est fait… Je confesse qu’entre deux passages sublimes ou parfaitement lumineux, ou drôles, ou très malins — ou va-t-il chercher tout ça ? — je m’autorise à sauter quelques tunnels, car je n’ai plus mes jambes de vingt ans !

Marcel Proust, donc, qui n’avait pas besoin de gagner sa madeleine à la sueur de son front, passa son temps en mondanités diverses, voyages, amis, amours, arts, ce qu’il nomma « frivolités », créature d’apparence fragile prête à s’envoler au premier coup de vent, à mourir aux premiers pollens, ironique, sarcastique, flatteur, snob et d’une culture sans fond.
1903, 1905, patatras : il perd sa mère et son père. Alors il se couche. Plus rien d’autre à vivre.

Et il revisite (en le « fictionnant ») le temps passé, et pas que les petites madeleines, parce que bien des réminiscences déclenchent d’extatiques moments… Et voilà entre autres pourquoi je m’accroche. Car ces courtes failles « spatio-temporelles », souvenirs qui font remonter de tremblantes et jouissives sensations, en cette « conjonction du passé et du présent » comme dit Barthes (1), il me semble que j’en ai moult fois connu en ma fougueuse jeunesse. (Là j’ai mis fougueuse juste pour l’euphonie). Sauf que ça l’a conduit à une ascèse gourmande (s’enfermer et écrire) et que bon, pas moi. 

Ouille ! Voilà que je tombe sur de doctes analyses et de puissantes dissertations : Beckett, Kristeva, Barthes, Deleuze (les signes, la tripartition du temps et le moi à l’intérieur du temps, celui qui n’est ni perdu ni retrouvé). Du coup j’ai peur, je sais pas si je mérite. Pourtant j’ai bien aimé l’histoire des Trois clochers, sublime, la description des asperges, les réflexions sur l’écrivain Bergotte et le langage de Françoise, la servante, la vérité de l’ami qui n’est pas l’ami, le vrai écrivain qui est dans son livre et non têtant son verre devant moi. J’ai bien aimé tous les noms propres : Combray, Balbec, Swann, Guermantes, Laumes, Verdurin, Norpois, la Berma, Cambremer, Méséglise, Bergotte… Et j’ai découvert des substantifs que je n’envisageais même pas :
physiognomonique, montueux, fluviatile, dilection, nombrés, l’eupatoire, inanitiés, chimisme, ténuité, délinéation, pariétaire, dodonéenne… (Combray, Un amour de Swann, Noms de pays) mais que je placerai à coup sûr à la première occasion.

Je n’aurai sans doute pas la persévérance de tout lire. Les Jeunes filles en fleurs (Prix Goncourt 1919) me tombent des mains (et c’est bien la première fois !)
Entre parenthèses, comme je boycotte Amazon évidemment, j'ai dû faire TROIS Fnac avant de trouver mes Jeunes Filles. Soit on ne lit plus Proust, soit on se l'arrache ! Peut-être vais -je devoir boycotter la Fnac ?
Je sauterai au « Temps retrouvé », le dernier tome-clé incessamment, je crois. 

Car la question n’est pas d’avoir lu les œuvres, c’est de pouvoir en causer le soir, au fond des choucroutes. 


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(1) Pédanterie ? Allez donc écouter son interviou ici : https://www.youtube.com/watch?v=AZt2j4O6Rl4 








Hidalgo mi corazon
Je t’aime toujours, tu sais

Je ne sais pas ce que les places parisiennes ont fait à Hidalgo et son équipe, mais elle leur en veut, c’est clair. Et cette fois je suis très en colère. Ma petite place Daumesnil (oui je sais : elle s’appelle Félix Eboué depuis que Belle-Lurette est passée dans le quartier), dans le 12e arrondissement, qui n’a rien demandé à personne et qui dresse sa jolie Fontaine aux lions depuis 1880, est attaquée par les travaux… (1) 
Après avoir bousillé la place Voltaire (pardon : Léon Blum), la Bastille, la Nation, le béton triomphant et piétonnier arrive, naturellement repeint en vert écolo. Comme le discours de Sœur Anne, qui parle mielleusement de végétalisation mais abat dix arbres en bas de chez moi, pollue le parc de Bercy de nombreux caissons poubelles (!) grands, moches et inutiles, et surtout poursuit une multiplication anarchique de constructions (prévue depuis des années, je sais, et c’est même Bertrand qui a commencé !), exprès pour boucher le ciel. Dernier avatar visible : la tour Duo de Jean Nouvel dans le 13e. On ne voit que ça (180 m !), c’est bien foutu, tordu, original, mais dans une ville qui bat tous les records de densité de population, quelle logique (outre que commerciale) ? Pourquoi tant de haine ? 
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(1) : Pan sur le museau : je viens de constater que les travaux actuels ne concernent que le… "chauffage urbain". Je sais pas ce que c'est, mais il est partout. Et le projet de défiguration de la place existe bien, soyons patients…





Mon dernier monochrome vu de côté


Retour sur l’art content-pour-rien

Pour méditer de façon très plaisante (mais très intelligente) sur l’art contemporain, le comédien auteur Jacques Mougenot avait inventé un artiste qui au sens propre, dans les années nonante, aurait basé son travail sur le Rien, l’inexistant. Et même fondé l’école « vacuiste »… Rien que de très ordinaire à une époque de délires divers… Cela donne prétexte à interrogations, pseudo-enquête, et humour discret mais irrésistible ! 
Cela s’appelle « L’Affaire Dussaert » et a été joué avec succès (depuis 2002, apprends-je !) un peu partout. Ce « monologue » réjouissant constitue sur le mode léger une superbe synthèse des questions que soulève l’art en général et l’art « contemporain » en particulier.
Ce qui est drôle (mais guère étonnant), c’est que beaucoup — vraiment beaucoup !— de « journalistes » ont pris le gag au sérieux et si vous tapez « Dussaert » sur votre clavier ultra-plat, vous trouverez la biographie d’un bonhomme qui… n’a jamais existé. Comment font-ils pour être aussi nuls ? Moi qui ne suis pas journaliste, je me suis renseigné dès la sortie du théâtre (en 2014)… Même Wikipédia s’était fait avoir… avant de rectifier. Il est vrai que le personnage et l’histoire d’une œuvre « vide » achetée huit millions de francs par l’Etat est plus vraie que nature !





La page détente de juin

Vous n’y teniez plus, chers faux lovers ! Vous piaffiez d’impatience !
Voici les réponses aux problèmes du dernier numéro.
M. Belpair, de Houilles, a gagné la Porsche Cayenne (le pays de Félix Eboué —voir plus haut)
Et seuls, trois cents cinquante-deux candidats ont remporté la cuiller à aligot (un modèle en fiel de bœuf moulé à la louche sur les cuisses d’une artisanne guyannaise — voir plus bas)

LES SOLUTIONS :

Mots démis


Le Couizz :

1. La question du million



2. Il ne s’est RIEN passé entre le 4 et le 15 octobre 1582 pour la bonne raison qu’on est passé du calendrier julien au calendrier grégorien et qu’il fallait rattraper un retard astronomique de dix jours !

3. Anne d’Autriche, comme son nom ne l’indique pas, est née espagnole.

4. Vous allez rire ! La première licence de pilote d’avion fut attribuée à Louis Blériot, traverseur de Manche en 1909.

5. Facile. OTAN : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (en angliche : North Atlantic Treaty Organization)


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Mon irremplaçable blog fête ses 13 ans et cinq mois. Ça se fête, un truc comme ça ?
Merci une fois de plus à Michaël Launay et ses éclairages matheux. Lisez donc ses livres !
Merci à Anne H., sans qui décidément la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Et surtout, restez en éveil.










22 juin 2020

Les Mystères du Secret de la Vérité cachée





Les Mystères du Secret de la Vérité cachée 

Naturellement, ce titre ne mène à rien, sinon à l’air du temps de nos chers médias un poil racoleurs, y compris les plus culturels, comme Arte (1) ou France 5 (2) J’espère ainsi faire monter la popularité de La Mie, qui ne twitte ni ne facebouque ni n’instague, ni ne snappe. Et donc ne peut multiplier impunément ses faux-lovers.
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(1) : Les Secrets des fleurs sauvages, le jazz une arme Secrète, le Secret des lignes de Nazca, les petits Secrets des grands tableaux, le grand Mystère des mathématiques, Mystérieuse Arabie, les Mystères croates de Jules Verne…
(2) : Le Paris mystérieux, le Mystère Elena Ferrante, le Mystère Harpon, le Mystère Jeanne Calment…

Bords de Seine, square du Vert-Galant



Les vacances sont finies ! 
Version rose bonbon

Bon, c’est un semi-retraité paisible, sans jardin mais avec balcon, qui vous le dit, certes. Mais à part les marchés de plein air et les fleuristes, je n’ai pas ressenti de manque particulier pendant l’épisode confiné. Sauf deux séjours à la mer reportés avec des êtres aimés. Merci aux (pourtant fâcheuses) technologies de communication qui m’ont permis de rester en lien. 
Jamais vu Paris aussi beau ! J’ai même vu des geais, des mouettes fines à tête noire, des bergeronnettes hoche-queue et pas mal d’hirondelles ; j’ai mieux entendu le cri aigu et moche des perruches et le chant sublime des merles. Même les piafs parisiens reviennent ! 
Aucune impatience de retrouver les restaurants que je ne fréquente qu’avec parcimonie (quand elle est là)…, car (en toute modestie) j’y mange huit fois et demie sur dix moins bien que chez moi. De même, j’ai peu de goût pour les endroits saturés de musique et de monde et j’évite les troupeaux. En réalité je pourrais comme Alceste « chercher sur la terre un endroit écarté / Où d’être homme d’honneur on ait la liberté » mais comme le faisait remarquer Boby Lapointe « tout est loué depuis Pâques alors qu’est-ce que tu veux faire ? »

Ce n'est pas un montage : ce bâtiment existe (Paris 20e)


Les vacances sont finies ! 
Version grisâtre

Bagnoles et motocyclettes de nouveau ont envahi les chaussées, ça refait du potin, ça re-pue, les chantiers re-marteau-piquent et les foules avides d’un peu d’oxygène viennent me respirer sous le nez. Hidalgo-mon-amour en profite pour imposer les pires solutions comme les avenues divisées en couloirs livrés aux dangereuses trottinettes — ah il faut voir la rue de Rivoli avec ses bornes jaunes en plastique ! Je ne parle pas des douze arbres abattus en bas de chez moi alors que d’un air doucereux elle prétend verdir le monde ! Les journaux télé se réjouissent de la réouverture des boutiques de tourisme qui vendent ces objets immondes fabriqués en Chine, et c’est le grand retour de la pub omniprésente, abêtissante, abrutissante !
Dans le bois de Vincennes où j’étais encore hier matutinalement, c’est le retour des joggeurs haletants vissés sur le cadran de leur montre connectée, et des grappes de vieilles ahanantes, essaient à coup de bâtons de ski tendance, de rattraper leur pauvre jeunitude perdue à jamais,… C’est touchant mais ça fait peur !
Et les chiens — mais où étaient-ils passés ? Des hardes. Misère affective du bon peuple ! J’aime les chiens : ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est con, ça pue et c’est servile, mais c’est mignon, doux au toucher et on est sûr d’être aimé !

Qu’est-ce que je vous disais la dernière fois ? Au fond rien n’a changé : on nous reparle de croissance,  les avions piaffent d’impatience, les fabricants de bagnoles attendent leurs milliards, les professions inutiles ou superfétatoires ne sont guère remises en cause, Jacques Attali (le spécialiste de tout) a encore tout compris et le personnel de santé attend toujours des moyens dignes de ce nom… Quand les coachs de n’importe quoi et les petits-chefs seront devenus pépiniéristes, libraires ou boulangers, la civilisation aura fait un grand pas.

De quoi rire

Allez ! on a bien rigolé avec toutes ces décisions ubuesques : les masques, inutiles-mais-pas, les marchés fermés ouverts et les marchés ouverts fermés, les parcs et les plages devenues dangereuses sauf pour-ceux-qui bougent donc qui éructent et suintent (!!!!), les pistes cyclables provisoires de banlieue larges comme des autoroutes (et vides, d’ailleurs) mais qui provoquent des jolis bouchons puants, la médaille en chocolat pour les valeureux soignants et… Nicole Notat, syndicaliste pro-Medef nommée au pilotage du Ségur de la Santé !

Allez, pour sortir de ces temps poisseux, je vous propose une parenthèse récréative, une pause ludique :

La page détente de l’Ami dévot



"A mon seul désir" : j'ai enfin terminé mon grand puzzle !

Mots démis

Il y a longtemps que je rêvais de fabriquer une grille de mots croisés dont chaque mot aurait exactement la même définition. Je me suis fait aider par (avis aux enseignants) l’excellent site educol.net. C’est sans doute introuvable, mais amusant. Si néanmoins vous êtes saisi par la grâce, envoyez-moi la grille remplie. Le premier recevra un dénoyauteur de pois chiches et les trois mille bonnes réponses suivantes une cuiller à aligot.



Petit couizz amusant
(réponses au prochain numéro)

1. J’extrais ce dessin d’un remarquable ouvrage de Mickaël Launay que je vous recommande vivement car il ouvre, grâce à un voyage en Mathématiques, des horizons philosophiques inattendus : « Le Théorème du Parapluie ou l’art d’observer le monde dans le bon sens » (Flammarion, 2019)
La question est : sur cette échelle, où placez-vous un million ? (ça a l’air fastoche)



2. Une question d’Histoire, de Mme Sanapa, de Sens :
Pourquoi ne s’est-il rien passé entre le 4 et le 15 octobre 1582 ?

Anne d'Autriche


3. De M. Poirot, à Lille : Quelle était la nationalité d’Anne d’Autriche (1601-1666) ?

4. De Mme Sucre, de Cannes : A qui fut attribuée la première license française de pilote d’avion ?

5. De M. Patay, de Foix : Que veut dire OTAN ?


Charles VII après avoir rencontré Jeanne



La vie des Mots

Les expressions tendance :

Depuis que « mobilités » a remplacé « transports », je n’ose plus prendre le bus.
On entend de plus en plus, à la question « pourquoi ? » une réponse qui commence par « car ». Bizarre. A cause des mobilités ?
C’est cousu de fil blanc : pour n’avoir point maille à partir avec la concurrence qui voudrait le battre à plates coutures, le journaliste avisé se gargarise aujourd’hui de l’expression « En découdre ». Expression qui tirerait son origine de la chasse à courre, ce qui n’est pas politiquement correct et pourrait être puni de « déboulonnage ».
Que celui qui n’a jamais fêté « les » un an de quelqu’un ou de quelque chose jette la première pierre (qui s’appelait Simon…)
Encore un automatisme à la con qui nous vient probablement de l’imagination fertile des dialoguistes pour teenagers :
« Et la bonne nouvelle, c’est… »
Gain de temps considérable : en cette époque pressée, on gagne un temps fou en disant « Vingt-quatre vingt-quatre » à la place de « vingt-quatre heures sur vingt-quatre ». De même « Tous les soirs, c’est la même » pour « C’est la même chose ». Va savoir pourquoi, cette coquetterie ne me défrise pas trop. Je suis imprévisible, parfois.


Liaisons dangereuses : 

La liaison décalée d’un mot se développe à vitesse grand V :
« Au point qu’il vaut mieux t’y réfléchir » (Renaud Dély, Arte)
« Le verdict aurait été t’encore tout autre » (FR2)
« Il doit bien t’y avoir… » (La 5)
« … ou je ne sais quoi z’encore… » (un spécialiste)

Notre-Dame est à la campagne


Les nouveautés :

Cluster et Présentiel, très joliment portés ces temps-ci avec une petite robe portefeuille satinée.
Le slogan les plus platounet du siècle : « L’esprit d’ouverture »… pour France Culture. Sans humour ni invention ni distance, mais bien adapté à cette radio qui surfe un peu beaucoup sur les courants d’air… du temps venus d’outre Atlantique !
Infantilisation : Avez-vous remarqué qu’on ne dit plus « Je vais chercher mes Enfants à l’école » mais « Je vais emmener mes P’tits bouts au parc… » ?
C’est « de ouf », non ?

Culture :

« On collabore ensemble » et
« Je me suis basé à partir de son travail » (Lorant Deutsch, auteur de Romanesque, la folle aventure de la Langue française, Michel Lafon édit.)

Et n’oubliez pas que, d’après la télé, « tout rassemblement collectif » est interdit.

Les noms qui me font rire :

La marque Poltronesofà
Albert (Corinne, Stéphane, Thierry…) Chicheportiche
Thomas Vampouille
Liseron Boudoul
Guénola Hesdin de Méherenc de Saint-Pierre 
Noémie Naguet de Saint-Vulfran
Nathalie Palanque-Delabrouille

Quelques perles des Assurances pour la route :

"Je vous adresse comme convenu mon constat amiable. Pour être sûr de ne rien oublier, j’ai fait des croix dans toutes les cases."
"Ne pouvant plus travailler à la suite de mon accident, j’ai dû vendre mon commerce et devenir fonctionnaire."
"Ma voiture gênant la circulation, un Portugais m’a aidé à la mettre sur le trottoir, ainsi que ma femme qui rentrait de son travail."
"Je conduisais depuis quarante ans lorsque je me suis endormi au volant."
"J’avoue que je n’aurais pas dû faire demi-tour sur l’autoroute avec ma caravane, mais j’avais oublié ma femme à la station-service."

(Le Bouquin de l’humour involontaire, J-Loup Chiflet, Robert Laffont édit.)



L'Etranger

Oh j'allais oublier : France Inter a diffusé récemment (dans l'Heure Bleue de Laure Adler) quatre extraits de l'Etranger de Camus lus par l'auteur lui-même (en 1952), suivis d'analyses d'intellectuels dignes d'intérêt. Quand j'avais 16 ans, je me souviens avoir calé sur cette première phrase du roman qui ne passait pas : "Aujourd'hui maman est morte ou peut-être hier, je ne sais pas." Cette fois c'est en écoutant la fin de ce roman que j'ai été absolument bouleversé. Ces émissions sont accessibles sur le site de la radio.




Que les anges de l’humour et de la bienveillance accompagnent ton début d’été, fidèle suiveur !












































09 avril 2020

Tout va changer enfin !!!


Ce monde est formidable. 
Cette époque est formidable. Nos politiques sont admirables.



On en apprend, des choses, depuis trois ou quatre semaines ! 
Le bon sens et les mécanismes de la pensée rationnelle sont battus en brèche. C’est même pô une révolution copernicienne, c’est Einstein lui-même dans ma bouillie d’avoine du matin ! (Je plaisante pour le porridge, évidemment !)

Des exemples concrets :

J’ai appris  qu’un masque en papier retenait les gouttelettes de postillons dans un sens, mais pas dans l’autre ! (« Si vous n’êtes pas touché, pas besoin de vous équiper… » !!!!????)
Après, j’ai appris que ce serait mieux au fond d’en mettre un quand même, de masque.
Mais surtout pas fait maison.
Ah ben si, finalement, c’est mieux que rien !

???????

J’ai appris qu’il était inutile de tester les gens sans symptômes, et qu’il fallait attendre qu’il soit (presque) trop tard pour y regarder de plus près !
Ensuite, j’ai appris que ce serait quand même mieux de tester tout le monde.
Au final, on me dit que de toute façon il n’y a pas encore de tests agréés !

????????

J’ai appris qu’il ne fallait pas trop contrarier l’opinion publique au sujet du docteur Raoult, donc qu’on pourrait éventuellement essayer l’hydroxychloroquine, mais… en fin de traitement, c’est-à-dire au moment où l’on est sûr qu’elle n’est plus d’aucune utilité (si toutefois elle en a) !
Et puis que si, finalement, si c’est décidé par un collège de toubibs.

????????


J’ai appris qu’il était très dangereux d’acheter ses poireaux en plein air, sur un marché privé de certains commerçants donc plein de places pour faire la queue dans la distanciation sociale (sic) prudente…
Mais qu’en revanche, il était recommandé d’aller se bousculer grave au supermarché du coin dans un espace confiné !!

????????

Je viens d’apprendre qu’il était malencontreux d’aller courir sur mon boulevard désert entre 10 h et 19 h, mais pas avant ni après. Une logique signée Hidalgo, qui comme on sait est ma grande copine. Là je parle pour le bien commun parce que le dernier qui m’a vu courir, moi, était contemporain de Molière.

????????

Ne me dites pas qu’à cause de quelques incivilités à Saint-Denis « on » nous prend pour des cons ? 
Comme une vulgaire porte-parole du gouvernement « qui ne sait même pas enfiler un masque » ?

Tout va changer après la crise



De nobles et généreux esprits nous promettent ces jours-ci, par toile interposée, un avenir enfin affranchi de nos erreurs passées : 
la grande machine à consommation superfétatoire, 
à mondialisation forcenée, 
à tourisme de masse stupide et destructeur, 
à huile de palme et à diesel, 
finito ! 
L’humain va en profiter pour revenir à l’essentiel : l’amour, la beauté, la culture, la santé, la fraternité, dans une nature enfin apaisée.



Je pourrai continuer, comme aujourd’hui, à regarder le ciel de Paris griffé d’oiseaux seulement, et pas de tonnes de ferraille hurlante ? Je ne verrai plus des milliards de gros camions puants traverser l’Europe, je ne boufferai plus des tomates en plastique venues d’Ibérie, je ne renouvellerai mon téléphone intelligent que s’il ne peut être réparé, je respirerai enfin, l’âme légère, l’air léger de la poésie. 
Et nous chanterons…

Mon cul-la-balayette. (J’aime pas dire des gros mots) Vous avez vu les élevages après la crise de la vache folle ? Le capitalisme financier après la crise de 2008 ?

Les chinois fêtent le déconfinement de Wuhan, et qu’est-ce qu’ils font ? De grandes illuminations à grand renfort d’énergie (au charbon je suppose ?)… Pour honorer le retour de la pollution ?

C’est bath, la vie !



Regardez notre pauvre petite terre dans l’alignement des planètes : c’est la seule à avoir des couleurs fraîches. Mars sans doute a eu les mêmes. Mais ça c’était avant. Et il fait vachement nuit dans le silence éternel des espaces infinis, comme disait Pascal.

C’est le printemps, y a de jolies fraises et de très bonnes asperges. 









21 mars 2020

Vous êtes inquiet ?

"Vous êtes inquiet ?"

C'est la question fondamentale que la journaliste (formatée) de service posait aujourd'hui au journal de 13 h sur FR 2, au Président des "Directeurs au Service des Personnes âgées". Non pas "Comment résoudre le problème" ou "Comment analysez-vous cette question ?", non ! "Vous êtes inquiet ?"
Très intelligemment, l'interrogé a précisé qu'il n'était pas là pour parler de ses états d'âme (qu'il garde pour ses amis)…
Voilà qui est parfaitement symptomatique de l'époque des nounours, des bougies, des marches blanches et des hommages émus. On ne pense pas, on ressent. On ne résout plus un problème, mais un "souci". 
Exemple : je suis sympa, j'ai bien voulu applaudir au balcon le travail des soignants le premier jour. J'ai donc applaudi. Mais je me suis demandé combien d'applaudisseurs étaient descendus ces derniers mois dans la rue pour défendre le statut de ceux-ci et réclamer des conditons décentes de travail, de personnel et de salaire pour les agents des hôpitaux, malmenés depuis des lustres… C'est mon vieux côté sextante-huit, mais je suis fatigué des colibris et des nounours !

Dansons la quarantaine

Nous avons fait un bond lexical immense, en appelant "confinement" une disposition que l'Histoire nous avait léguée sous le nom de "quarantaine" (en italien : quarantena)… Tout fout le camp, je vous dis !


31 226 morts, une paille

31 226 morts, c'est le nombre de victimes, rien qu'en France, de la "grippe de Hong Kong" qui a sévi entre 1968 et 1970. 1 million de morts dans le monde. 
Dans l'indifférence générale. D'ailleurs je ne m'en souviens pas du tout. 

On était moins chochottes, dans ce temps-là…
Sources :

Petit précis de com gouvernementale en cas de virus

Ne dites pas (20 janvier) 
"Fichtre, ça craint, on 'a rien prévu pour le voyage du virus"
Dites :
"On a mis des affiches dans les aéroports" 
(Agnès Buzyn, médecin et femme politique amateur)

Ne dites pas (26 février)
"Tant pis pour les risques, on va pas démoraliser les supporteurs"
Dites :
"Turin c'est pas Milan, Bienvenue aux 3 000 tifosi italiens, et j'y serai !" 
(Gérard Collomb, maire de Lyon, un peu hésitant cependant)

Ne dites pas (comme depuis des mois) :
"Damned, les services de santé sont déborded"
Dites :
"Circulez, les personnels, soyez pas mal polis et remettez votre blouse"

Ne dites pas :
"Flûte, on n'a pas anticipé, on n'a pas de masques"
Dites :
"Les masques, mes amis, ça ne sert à rien !" (malgré l'exemple chinois)
Et donc :
"Mais ces gens-là n'ont pas la même culture"

Ne dites pas :
"Nom d'une cigarette électronique, c'est trop compliqué !"
Dites :
"Pareil pour les tests : ça ne sert à rien d'avoir un comptage exhaustif" (malgré les résultats de la Corée du Sud)
ou encore :
"Ces Asiatiques sont vraiment bizarres"

Ne dites pas :
"Sacrebleu, on ne va pas sacrifier les élections"
Dites :
"Ça craint pô si vous vous lavez bien les mains"

Ne dites pas :
"C'est pas facile pour la maréchaussée d'attraper les trois connards qui suivent pas les consignes"
Dites :
"On ferme des milliers de kilomètres carrés de nature"

Voilà. Résultat : on se morfond devant ses surgelés en regardant Cyril Hanouna.
Non, je déconne.

Ours bipolaire.


C'est le printemps

Paris sent bon, ces jours-ci. Comme aux printemps anciens. 
Grâce au "confinement", il paraît, d'après France Inter, que les gens s'interrogeraient sur le sens de leur vie. Si si !
Je dois être un génie, moi : en voyant mes parents partir au chagrin tous les jours, j'ai commencé ce questionnement à 11 ans et demi !

Portez-vous bien et je vous en supplie, arrêtez le pangolin et la chauve-souris.

Je vous encoude,

L'Ami dévot