13 mars 2008

Blood, sweat and tears


Y AURA DU SANG


Comme je n'avais pas mis les pieds dans un cinoche depuis longtemps, j'ai acheté Pariscop et je suis allé voir le film qu'avait le plus d'étoiles décernées par les critiques. C'est vrai, quoi : le box office des entrées, j'ai beau aimer le peuple… je ne vais tout de même pas me taper Astérix et les Jeux olympiques !

Adoncques, ils avaient choisi "There will be blood". Moi je croyais que c'était des frères Coen ; c'est vous dire si je confonds, quand c'est en anglais.

Vissé à mon fauteuil MK2, me voilà parti pour 2 h et demie en Californie, à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Woaow ! Scotché pendant la première heure ! Pas un plan qui ne soit puissamment habité par une "inquiétante étrangeté", une tension à la fois physique et métaphysique, des questions et de la chair, du suspense et du biblique !

Voici M. Plainview, chercheur de pétrole de son état, porté par on ne sait quelle nécessité impérieuse et capitalis…tique, en bute aux étranges manipulations d'un pasteur illuminé dont on ne sait s'il répare un égo malmené ou s'il vient véritablement d'ailleurs, héros pasolinien de quelque "Théorème" yankee.
Ils s'appellent Daniel, Eli, Abel, je vous passe les références, y a un faux-frère, un frère faux, de quoi réviser toute sa Bible dans la nouvelle version Seuil édit.
Incidemment, je constate que pas une seule critique, même des Cahiers, ne se donne la peine de fouiller de ce côté : la culture se perd, ma bonne dame !

Moi, je rame : voilà que la trame se dissout en péripéties plus ou moins spectaculaires, le meussieu Plainview perdant pied et soucieux de revanche, le meussieu Eli peauffinant son cv de prophète de l'Eglise de la Troisième Révélation… Le gamin trouvé dans une valise (v'là Moïse, maintenant !) perd l'ouïe puis finit par devenir le concurrent de son père, retour de l'illuminé, ce qui donne lieu à une empoignade hystérique finale à l'américaine (Qui a peur de Virginia Plainview ?) dans un bowling. Blood, sweat and tears…

Me voilà au total devant une œuvre à moitié géniale (il faut saluer une mise en scène et un montage au cordeau, la prestation exceptionnelle du gamin pasteur, Paul Dano, nommé aux oscars, crois-je, ainsi qu'une musique remarquable et très contemporaine de Jonny – sans h – Greenwood) qui démarre sur les chapeaux de roue sur les cimes et qui ploque ploque dans les ficelles d'une trop grande ambition. Et qui au final n'attrape pas la dimension du tragique et du transcendant. Hé ! Le metteur (Paul Thomas Anderson) n'a que 38 ans : rien n'est perdu !

On va dire comme ça.

Moi j'dis ça, j'dis rien.

DES NOUVELLES DE LA CONNERIE

Si j'en crois le N'Obs de la semaine dernière, Sébastien Cauet, l'éminent présentateur de la Méthode, sur TF1, attaque en justice Eric Naulleau, chroniqueur aigri et éditeur (l'Esprit des Péninsules) pour avoir déclaré chez Ruquier, à son propos, à Sébastien : "Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con" !!!
On pourra donc dire, maintenant que c'est prouvé "Quand on est cauet, on est cauet" !

J'apprends également que les autorités sanitaires de l'Etat de New-York "lancent une campagne (notamment dans le "Washington Post" et le "New-York Times") pour interdire aux mineurs l'accès aux films dans lesquels ON VOIT DES ACTEURS FUMER". C'est-à-dire à peu près tous les films, y compris les chefs-d'œuvre de l'art, jusqu'aux années toutes récentes. Dans un pays où il y a 30 000 morts chaque année par armes et où le moindre film d'action montre trois dézingués à la minute, il est en effet urgent d'interdire cette violence extrême.

4 commentaires:

  1. Lu sur le site :
    " Incidemment, je constate que pas une seule critique, même des Cahiers, ne se donne la peine de fouiller de ce côté : la culture se perd, ma bonne dame !"

    Je t'interdis de m'appeler ma bonne dame.

    RépondreSupprimer
  2. situ ne l'as pas écouté, je te conseille d'aller sur France-Inter pour écouter l'intervention de Didier Porte aujourd'hui jeudi 13/03. Il taille très fort le croupion de Cauet.
    ça m'a fait beaucoup de bien, car si j'adore la gaudriole, je fuis un certain type de vulgarité.
    Quant au comportement de la censure américaine, qui interdit tout et n'importe quoi, je trouve que spirituellement - et je n'emploie pas ce mot par hasard - elle se rapproche de plus en plus de l'état d'esprit des fanatiques musulmans.
    Nom de Dieu !
    maurice

    RépondreSupprimer
  3. Mein lieber Jacques,

    Décidément, il faut que ça saigne...
    Pas encore vu le film, mais ta critique donne vraiment envie de le voir pour pouvoir suivre tes observations aussi généreuses que tranchantes comme un opinel (sorry, c'est parce que j'étais en vacances tout près de St. Jean, la ville dudit couteau).
    Je suis particulièrement heureux que tu mentionnes la magnifique musique de Jonny Greenwood (eh oui, il s'écrit sans h; mais puisque vous le prononcez pas, c'est comme si...)de Radiohead.
    Bis bald mein lieber Freund
    Werner

    RépondreSupprimer
  4. Du coup, je me remets sur mon vieux tourne disque "If you want blood you've got it" d'AC/DC en concert en 1978.

    JR

    RépondreSupprimer

A vous de jouer !