05 septembre 2008

Déjà la rentrée : vous plaisantez ou quoi ?



















DE TOUT UN PEU


Pouvoir d'achat : vous en reprendrez bien une louche ?


Après l'insécurité, le chômage, les enfants victimes, revoilà le pouvoir d'achat. Ce soir, à Envoyé Spécial, sur TF2, outre l'habituel reportage insipide sur le rigolo de service à la mode, il y avait une "enquête" sur les Français en vacances, obligés de se serrer la ceinture. Il est vrai que l'essence a augmenté et que le paquet de nouilles coûte 30 centimes de plus. Ne reculant devant aucun danger, les journalistes sont allés enquêter dans une station balnéaire. On nous montre notamment un couple de cadres (5 000 euros de revenus nets pas mois) bien décidés à faire des économies. C'est ainsi qu'ils louent, les pauvres, un… mobil home à 1300 euros la semaine. Près de la plage de Pampelonne il est vrai. Dur dur. C'est tout juste si madame peut se payer un maillot de bain à 110 euros et monsieur, une chemise à 20. O abysses infinis de la récession !

Leur dira-t-on qu'il y a des maisons dans le Vercors ou le Lot à 700 euros pour huit personnes avec piscine ? (un aimable correspondant me fait remarquer que j'exagère. Voir commentaires…)

Apprendra-t-on aux journalistes que ce reportage sur les pauvres pourrait être effectué chaque année ? Qu'on n'a jamais entendu un commerçant dire : "Tout va bien, cette saison, j'ai gagné plein de fric" ?

Il est vrai qu'à force d'entendre les médias nous seriner que plus ça va, moins ça va, on va finir par croire que les Français auraient eu tort de voter Sarkozy ? Ce serait vraiment dommage.


CULTURELLEMENT INCORRECT


Un son et lumières, moi ?


Après avoir, à Avignon, vu les choses les plus pointues du théâtre contemporain, v'là ma dépression d'automne. Non seulement j'avais bien ri à "Bienvenue chez les ch'ti", ce que les copains n'ont pas fini de me reprocher, mais figurez-vous, ô abonné fidèle et CSP+, que j'ai pris du plaisir, — allez, je le dis ou je le dis pas ?— à un son et lumières à touristes ! Eh oui ! Il est vrai qu'il a coûté une fortune, qu'il a visiblement été réalisé par des vrais créateurs, avec des chorégraphies (filmées) très contemporaines, et que je ne suis pas sûr qu'il satisfasse toutes les chaumières qui s'attendent à une évocation historique à la con avec une belle voix grave à la con (la mienne, par exemple) et des musiques renaissantes à la con. C'est au château de Chambord à 22 h, précipitez-vous, c'est magique, poétique, superbe.


Incroyables jardins


Le Festival des Jardins de Chaumont-sur-Loire, que je suis depuis des années, devient paresseux. L'édition de cette année est un peu tiède : peu de "geste" artistique vraiment secouante. Mais le cadre reste somptueux : et si vous partez au crépuscule, vous verrez les montgolfières fières s'envoler au-dessus de la Loire bleue et dorée. N'oubliez pas de dîner au "Bistrot du cuisinier", à Blois, sur le quai : raffiné et inventif. 


In the American West


Secouantes, en revanche, les photos de Richard Avedon, au Jeu de Paume. D'abord séduit et même envoûté par la force des portraits, l'intensité des visages, et même la "justesse" des images de mode de son début de carrière pour le Harper'z Bazaar et Vogue, j'ai été saisi progressivement d'un étrange malaise. Inexplicable malaise, devant cet impitoyable portrait clinique des vivants. Et si les images de Beckett, Francis Bacon, Duras ou Tennessee Williams restent des "incontournables" classiques majeurs,… j'avoue avoir été perturbé, physiquement perturbé (c'est pas mon genre pourtant) par l'angoisse et la morbidité qui émanent de ces tranches de réel. Qui sont pas du réel, comme toute photographie, alors voilà ! L'angoisse congénitale de l'artiste semble contagieuse.

Jusqu'au 27 septembre au Musée du Jeu de Paume, 1, place de la Concorde à Paris.


Vous avez dit Bigard ?


Encore du Culturellement incorrect : cet aprème, sur Paris Première, suis tombé sur une captation du BOURGEOIS GENTILHOMME (pièce qui m'est chère pour des raisons personnelles et professionnelles, même si c'est pas la mieux foutue de Jean-Baptiste) montée par Alain Sachs avec… Jean-Marie Bigard ! Autrement dit tout pour que je fuie en courant. Transposée dans un univers hip hop et tout le bastringue modernisant mais pour grand public. Faut-il le répéter ? JE NE SUIS PAS "grand public", moi. Je suis "petit public", "rabougri public", "chiant d'intello public". Le genre à m'ébaudir d'une soirée "Marciac 2007" avec les plus grands jazzistes, Wynton Marsalis, Ahmad Jamal, Diane Reeves, Didier Lockwood… (le jazz, souvenez-vous : une musique savante inventée par des nègres…)

Vous ne me croirez pas : ça le fait grave ! Car non seulement le texte et les situations sont parfaitement données à entendre, mais le jeu de Bigard (que je déteste par ailleurs), justement burlesque et d'une indéniable efficacité comique, le contrepoint de Catherine Arditi, le rythme, l'inventivité délirante des costumes, la musique revisitée (on y fréquente plus Marin Marais et la techno que Lulli), tout cela fait une superbe mayonnaise tout à fait dans l'esprit plaisant de la pièce ! Je dois cependant à la vérité de dire que je me suis endormi au milieu mais c'était l'heure de ma sieste et je suis fatigué en ce moment c'est la rentrée il faut que je me repose des vacances. Bon. Je connais certains critiques qui partent à l'entr'acte…


Le grand jeu de l'été


Il n'est pas trop tard. Bande de feignants, je n'ai reçu que que trois propositions. Qui c'est qui va gagner le camembert ?

Dépêchez-vous, je vous laisse quelques jours supplémentaires : à vos plumes !


Et n'oubliez pas que :


Le chef a pris mes fiches deux mois



Bien à vous,

Lamid Evo



08 août 2008

Faits divers, faits d'été











Limousine de mes amours (à l'ail)










FAITS DIVERS, FAITS D'ÉTÉ

Pendant que vous savourez vos glaces (qui sont plus chères cet année) sur la promenade du bord de mer, non loin de la machine à pièces qui distribue des nounours jaunes, ou que vous vous délectez d'un foie gras poëlé sur un lit de confit d'oignons, baies roses, tuile au gingembre, avant d'aller savourer une pina colada au bord de la piscine, vous ne vous rendez même pas compte des horreurs que vit notre beau pays.

Je cite :
Une fillette tuée par l'orage
Un bébé tué par une pierre à Bonifacio
Un enfant affreusement tué à coups de couteau à Lagnieu
Deux jeunes étudiants assassinés à Londres
Un enfant tue son camarade à coup de fusil de chasse
Un homme mis en inculpation pour viol sur une fillette
Un adolescent battu à Clichy
Un bébé laissé dans une voiture sauvé par un passant
Une fillette de 12 ans séquestrée plusieurs heures par un homme
Une fillette tuée d'un coup de fusil…

Nos enfants sont en danger. Déjà, on nous avait prévenus au début de l'été : les systèmes de sécurité des piscines ne sont guère fiables et certains laissent fondre leur marmot derrière les glaces fermées de leur Clio.

Maintenant il faut aussi se méfier des hommes, des falaises, de la foudre et des passages à niveau.
Des taureaux s'échappent dans les Alpilles, le moustique méchant arrive dans les Bouches du Rhône et les jeunes huîtres elles-même s'en mêlent.

Heureusement, heureusement que Carla Bruni assure la promotion de son nouvel album par membres du gouvernement interposé. Ça rafraîchit.

Vivement les J.O. Vous ne voyez pas qu'on se mettrait à parler de la réforme de la constitution, de la hausse du prix du gaz, de l'annonce de Christine Albanel, ministre de la culture (sic !) selon laquelle le chef de l'Etat lui-même nommerait le patron des télés publiques… Qu'on parle de Michel Bon, fossoyeur de France Télécom (20 milliards de pertes), de la privatisation de la Poste, de la taxation des mutuelles, de l'Irak, de l'Afghanistan ou de la Mauritanie ?

Dormez, bonnes gens, mais surtout, surtout, surveillez votre progéniture.

Sondage de rentrée (en primeur, copyright La Mie des veaux) : 87 % des Français ont le moral dans les chaussettes.

MICROCOSME

A propos de l'affaire Siné, veuillez cliquer un peu partout pour en connaître les tenants et aboutissants (notamment le site d'arrêt sur images, celui de Rue89, de Bellaciao et même du N'Obs), mais j'ai choisi de signer la pétition en sa faveur, comme Jean-Luc Godard, Edgar Morin, Jean Nouvel et Michel Polac. Avec d'autant plus de bonne conscience que je ne déteste pas Philippe Val, qu'aime pas trop la bande à Bourdieu, comme moi, et que Siné ne me passionne pas. Mais il y a des principes à défendre, dans cette histoire. Et j'en ai marre de ces cris d'orfraie dès qu'on cite le mot "juif".

Et voilà :

Encore une colonne achevée !

(Merci à Joël Martin, La Bible du Contrepet, R. Laffont)


Votre ami dévot,
Justin Colbart

10 juillet 2008

Vite, l'été ! Grand jeu 2008 etc.






Un détail d'une œuvre de Katerine Louineau
Avec mes remerciements











Déjà les vacances et je n'ai eu le temps de rien !
Vite, les rubriques auxquelles vous avez échappé :

- A bas l'état (d'esprit) policier ! !
Profitons-en avant que l'internet soit définitivement sous surveillance !

- Culture : on va finir par regretter Jack Lang !

- Rupture : quand Sophie Calle à la BNF se donne le beau rôle… (Cela dit, très belle expo)

- La morale qui nous poursuit, même à la radio : mais non, "On" ne nous prend pas systématiquement pour des nains !

- La probité et l'esprit de conséquence de mes amis les journalistes
(Exemple : le lendemain de la panne d'électricité à l'hôpital St-Antoine, on nous annonce sur toutes les chaînes qu'un des patients déplacés est décédé… mais QUE ÇA N'A AUCUN RAPPORT AVEC L'ÉVÉNEMENT !!! Alors pourquoi en parle-t-on ?)

- "Carpe diem", la phrase à la mode : autrement la philosophie à la portée de tous les neurones ! Vive Pps et ses adeptes !

- Au cas où ne seriez pas au courant : Ingrid Betancourt a été libérée.

Et bien sûr, le

GRAND JEU DE L'ÉTÉ :

Ecrivez soit un quatrain, soit dix lignes en prose, soit une œuvre graphique contenant obligatoirement les mots suivants (ou leur représentation) :
Mie, veaux, aléatoire, gredin, thon, sec.
(Je suis impatient de voir la représentation graphique de "aléatoire", par exemple…)

Dans la catégorie quatrain, le gagnant recevra un camembert bien fait.
Dans la catégorie diling, une sonnette de vélo.
Dans la catégorie images, une image.
Sauf dans le cas où une création serait vraiment un coup de génie, auquel cas son auteur recevrait un ordinateur neuf (ou une clé usb).

Envoyez vos œuvres par les commentaires (je les garderai pour moi jusqu'à la rentrée) ou par courriel perso pour ceux qui me connaissent dans le civil.

Bonnes vacances !

Et n'oubliez pas que :
Le chef de gare a offert un pineau à son porteur…


30 avril 2008

Spécial Mai 68… et moi



Vaqui lo polit mes de mai
Que tout galant planta son mai
N'en plantarai un a ma mio
Serà mai aut que sa teulisso

(chanson traditionnelle occitane)






















1. Coup de blues


Ça a commencé par une émission sur France 3, il y a quelques semaines. Il y avait Max Gallo, Edouard Balladur, Jean-François Copé et Daniel Cohn-Bendit. Curieux plateau en vérité. On surfait encore sur la vague de l'impayable discours de Sarko : "Voyez comment l'héritage de Mai-68 a introduit le cynisme dans la société et dans la politique… Voyez comment le culte de l'argent-roi, du profit à court terme, de la spéculation, comment les dérives du capitalisme financier (sic) ont été portées par les valeurs de Mai-68…" (Je vous en livre les meilleurs extraits : vous trouverez en bas un lien pour en lire l'intégralité)

Curieuse émission pour tout dire : il y avait, parmi d'autres, un sujet sur l'exemplaire comportement de la police et des réflexions pathétiques de Jean-François Copé sur le "simple monôme d'étudiants"… Même Balladur avait des propos plus subtils et pondérés !

Ce soir-là, j'ai eu un vieux coup de blues.
N'allait-on plus entendre que la parole simpliste et revancharde d'encore jeunes vieux cons (même très sympathiques) ?

J'avais envie d'écrire "Nous avions vingt ans et sans en rien connaître, nous voulions changer la vie" !
J'avais envie d'écrire que "Sous les pavés la plage", ça vous avait une autre gueule que "Travailler plus pour gagner plus" !
Et que sous la tempête dans les crânes de ces années-là, il y avait à tout le moins un questionnement radical sur le sens des choses…

Depuis, heureusement, des flots d'articles et de bouquins ont coulé sous les ponts de nos quinquets avides. Et pour ne pas parvenir à se faire une religion sur la complexité de la chose, il faut le faire exprès !

2. Il est obligatoire d'interdire

Tout a été dit.
Que tout est parti de la protestation contre la guerre du Vietnam, l'assassinat de Martin Luther King, de Che Guevarra, ou de l'espoir de certains pays de l'Est de "rendre au socialisme un visage humain" ;
Que tout est parti des étudiants mâles de Nanterre, qui avaient occupé un an plus tôt le… dortoir des filles ;
Que la révolte était avant tout une révolte de fils à papa ;
Qu'ils ne voulaient pas prendre le pouvoir parce qu'ils n'auraient pas su quoi en faire ;
Que les outils d'analyse du marxisme et sa phraséologie pétrifiée n'étaient peut-être pas les meilleurs atouts pour… "jouir sans entrave" ;
Que d'ailleurs, les slogans étaient absurdes, comme "Il est interdit d'interdire" (sans voir au passage la poétique contradiction de la proposition : il est donc également impossible "d'interdire d'interdire" !). Comme dit Sab : aujourd'hui, Dieu merci, il est obligatoire d'interdire !
Que c'est encore les petites amies des lanceurs de pavés qui préparaient la popote ;
Qu'à force de contester l'autorité, on a bien vu ce que ça donnait à l'Ecole de la République ;
Qu'à force de rechercher compulsivement le plaisir immédiat et individuel on a développé… l'individualisme ;
Qu'à force d'en vouloir à l'autorité de l'Etat et en particulier à De Gaulle, on créait le lit du libéralisme et du retour à un certain atlantisme ;
Que la CGT et le PC vraiment ne trouvaient pas cela très raisonnable ;
Que, définitivement, tout cela n'était vraiment pas raisonnable…
Tout cela est vrai. Sarko a-t-il raison ?





3. En 68, j'étais vieux

En 1968, moi, j'étais vieux. Comme Jean-François Copé.
J'étais du genre à poser les mêmes questions : "Mais ousque ça va aller si on sait pas ousque ça va aller ?"
Et puis voilà qu'un tsunami mental m'a emporté : rôle de l'éducation, rôle des femmes, rôle de l'art, de l'argent, de la famille, de la consommation, des vieux schémas politiques, sens de la vie, enfin… : il fallait le refaire, bon Dieu, le monde, oui ou merde ?
Je n'ai pas lancé de pavés (heu… je n'ai pas non plus matraqué).
Mais comme j'étais dans une école d'art, on a fait la révolution culturelle ! Pas la chinoise : une révolutionnette ouverte, artistique, humaniste, solidaire et bordélique.
Ça a commencé de façon parfaitement absurde. Un matin, une poignée d'élèves devant la porte fermée. Qu'est-ce qu'on fait ? On fait la grève ! Et roule ma poule, on s'est pris pour des vieux routiers du militantisme : cellules d'écoute permanente des médias ; commissions, sous-commissions, refaisage du monde (Commission "Enseignement artistique"), conférences sur le dessin d'enfant, le théâtre contemporain, Marcuse, Reich, invitation de Clara Malraux, création d'une troupe de théâtre, fabrication d'une structure géante depuis les caves jusqu'au ciel…
Y a plus eu de métro : j'allais en solex. Y a plus eu d'essence : j'allais à pied. D'autres restaient à dormir. Moi j'ai fondé bien sûr un petit journal…
















Le Parisien et Paris-Match s'en fourraient jusque là ! Tu penses, des bagnoles qui brûlent et de la castagne !
Les petits groupes anars, trotskards ou maos dont on n'avait jamais entendu parler s'engouffraient dans la brèche : tu penses, c'étaient les seuls à proposer des théories !
Les politiques traditionnels ne comprenaient rien au film (ils n'étaient pas les seuls). Tu penses, "Elections, pièges à cons" !
N'empêche, quand il s'est agi de recadrer les revendications ouvrières, les négociations ont abouti à des résultats importants (+ 35 % du SMIG, l'ancêtre du SMIC, + 10 % en moyenne pour les autres salaires, selon Wikipedia, et reconnaissance de la cellule syndicale d'entreprise !) Nous autres, on trouvait ça un peu mesquin, de ne s'intéresser qu'au fric… Ça paraît ridicule aujourd'hui, non ? Est-ce que ça l'est vraiment ?…
Et puis on parlait ! On se parlait ! Mai-68, révolution logorrhéique !!!

4. Sarko et l'éléphant

Sarko ne cherchait pas à analyser Mai-68, il tentait un coup pour draguer du côté de la France réac et bien pensante. Alors il a fait comme les six aveugles de la fable devant l'éléphant : Mai-68 est totalitaire (CRS=SS), sans foi ni loi (Vivre sans contrainte et jouir sans entrave), individualiste (Mes désirs sont la réalité)… Mais l'éléphant a une trompe ET des défenses ET des grosses pattes ET des poils !

Je ne redirais pas — tant d'autres l'ont dit — que lui-même, Not'-Bon-Président-que-Benoit-XVI-l'ait-en-sa-Sainte-garde, est paradoxalement un enfant de ces années-là : il est dans le jouir, il s'autorise un remariage express impensable à cette époque où les femmes ne pouvaient ouvrir un compte sans l'autorisation de leur mari, où la pilule venaient à peine d'être votée, où la sexualité était quasiment un péché, où l'IVG était punie de prison, ou le divorce était compliqué.

Ah il y en a eu plein, des excès grotesques, et même des conneries, c'est la loi du genre : le black-out sur les sentiments familiaux, par exemple ! Ou l'interprétation de toutes choses en termes de luttes des classes, qui a plombé bien des études… L'idée qu'une femme devait dire oui sinon t'es coincée, chérie… On était passé d'un extrême à l'autre, cette fois c'est la loi du balancier… Il fallait TOUT remettre sur le marbre !

Mai-68, ça n'a pas duré un mois ; ça a duré des années ! Et sous la période de glaciation pompidolienne (alors c'est à cause de lui, si l'Ecole est devenue si mauvaise ?) couvaient encore les idées dont les Evénements avaient été le catalyseur : antistalinisme, remise en cause de la consommation névrotique, sensibilité à l'écologie, implication sociale et politique, collégialité, solidarité, défense pointilleuse de la liberté et refus des censures, libération des mœurs…

5. N'en parlons plus

N'en parlons plus. Surtout si c'est pour faire comme l'auteur du discours de Sarkozy ou Jean-François Copé, proférer des âneries.
C'est d'ailleurs ce que préconise Daniel Cohn-Bendit dans son livre : "Forget 68 !" (Ed. de l'Aube, France Inter)
Très curieusement, c'est lui qui en parle le mieux, et pas que en bien.
Son analyse dans l'interview de Télérama est lumineuse. Forget mon article et lisez le sien ici :

Bonus

Comme "cadeau gratuit" (c'est ainsi que sont les cadeaux maintenant dans les réclames : gratuits !!!)
permettez-moi de vous offrir quelques bribes de la pensée Soixante-Huit, version poétique :

DIEU, JE VOUS SOUPÇONNE D'ÊTRE UN INTELLECTUEL DE GAUCHE (Condorcet)
DESSOUS LES PAVÉS C'EST LA PLAGE (Sorbonne)
MAKE LOVE, NOT WAR (Nanterre)
RIEN (Censier)
NE ME LIBÈRE PAS JE M'EN CHARGE (Nanterre)
SISYPHE !… (Censier)
NOUS SOMMES TOUS DES JUIFS ALLEMANDS (Sorbonne)
SOYEZ RÉALISTES, DEMANDEZ L'IMPOSSIBLE (Censier)
ENRAGEZ-VOUS ! (Nanterre)
DANSONS LA GIGUE (Nanterre)
LAISSONS LA PEUR DU ROUGE AUX BÊTES À CORNES (Beaux-Arts)
L'IMAGINATION PREND LE POUVOIR (Sciences Po)
LA VIE EST UNE ANTILOPE MAUVE SUR UN CHAMP DE THONS. TZARA (Sorbonne)

Tzara : quand je vous disais que Mai-68 était dada : nous y v'là !

N'oubliez pas en revanche que :

Les électrices trotskystes ont des votes bien menus

Sous le goudron, le muguet,

Votre ami dévot

Le discours de Sarkozy, 29/04/07

28 mars 2008

Moi je dis ça, je dis rien !




Encore du sang ???


Et puis décidément je vais finir par me fâcher avec "Les Cahiers du cinéma". 

A peine sorti de "No Country for Old men" avec deux points d'interrogation et un point d'exclamation au-dessus de ma jolie tête blonde, je me précipite sur la critique des Cahiers pour essayer de comprendre pourquoi ce film se balade avec des étoiles partout ! Hé ! Je tombe sur un article de Vincent Malausa qui est un modèle du style dithyrambico-cinéphilo-masturbatoire, joufflu et emphatique, habile mais qui pourrait s'appliquer à n'importe quel objet, y compris un extincteur d'incendie. On dirait une plaquette pour une galerie d'art contemporain. Là où je n'ai vu, moi, qu'un énième polar westernisé sur le thème archi rebattu de l'infernale poursuite avec un tueur psychopathe très méchant, le meussieu me dit que "dans l'irradiation et le tâtonnement, No Country for Old Men avance […] vers une extinction des signes". Ou que (à propos des flous) "Recoller en aveugle à l’action, s’exposer à la part d’illisibilité et d’inefficacité de la perception, voilà qui agit comme un coup de fouet dans une oeuvre plutôt encline à s’étourdir de sa transparence et de sa netteté". Ouais : un savoir-faire incontestable de cinéastes, certes, (d'ailleurs dans la pub on sait très bien aussi manier les cadrages décalés) mais au service de quoi ? 

En l'occurrence, d'un scénario archi-banal avec le kit habituel : le tueur fou, le cave obstiné, le flic désabusé flanqué d'un assistant niaiseux, hémoglobine par litres, virilité, poussière et soleil implacable. Et de même, une fatigante complaisance à l'exposition du sang et de la violence (mais pourquoi faut-il toujours aux Etats-uniens vingt-huit morts pour qu'on ait peur ?). Vous alliez me dire que ce n'est pas l'histoire qui fait le chef-d'œuvre, et vous auriez raison. Je vous aurais répondu : encore faut-il qu'il y ait un regard, un point de vue singulier, une "transcendance" (ça y est, ça me reprend !)… 

Or là, il y a… de l'habileté. Et certes, une distribution irréprochable. Je concède encore, sous-jacente à la grosse machinerie, une sorte d'humour du "trop" (une spectatrice un peu plus loin et moi étions pliés de rire à voir les héros se sortir toujours des plus sanguinolentes situations – on pense à Indiana Jones ou à Sacré Graal !). A la fin notamment, on a même l'impression que les auteurs ont envie de se poiler un peu.

Seulement ça dure 2 h 20 et c'est moins rigolo que "Bienvenue chez les ch'tis"… Comment ça, comparer ce qui est comparable ?

Concours : si vous avez compris la dissertation de philo du flic désabusé dans la dernière séquence, écrivez-moi, vous avez gagné !


Si vous voulez connaître un avis plus rassurant et positif que le mien :


Article de Jacques Morice (Télérama)


La Vie chère


Entre deux pensées négatives, célébrons pour une fois les progrès du progrès :


PARABOLE RELATIVISTE

Quand j'étais petit, il n'y avait pas de frigo à la maison ; encore moins d'eau chaude, encore moins de salle de bains ; quand aux "cabinets", ils étaient dans l'escalier…

Quand j'étais petit, il n'y avait pas le téléphone à la maison ; à la place de la télé, il y avait un gros poste de radio sur le buffet…

Quand j'étais petit, les enfants n'avaient pas un milliard de peluches dans leur chambre ; d'ailleurs, je n'avais même pas de chambre… Et le train électrique à gros rails était probablement mon bien le plus précieux…

Et pourtant, je n'ai commencé à être malheureux que quand je suis allé au collège Arago, avec tous ces fils de bourges qui avaient le téléphone et des glaçons.

C'est vrai que le prix des pâtes a augmenté de 40 à 60 % et que c'est un scandale.


Getting on in english


Dans la série "Voyons donc où en est notre belle langue", feuilletons ensemble un hebdomadaire sérieux d'informations. Dans les pages de pub (36 % du journal), sur 35 slogans, 11 sont en anglais. La preuve :


RENAULT, constructeur tricolore, appelle son bureau de location de voitures : 

RENAULT RENT


ORANGE, propriété de France Télécom : pourquoi traduire ? 

ORANGE BUSINESS SERVICES


Au moins J.M. WESTON, marque française basée à Limoges, a-t-elle toujours joué sur la connotation "british" de ses pompes. On ne lui reprochera donc point d'appeler ses modèles : 

BLAKE, ASTON ou RACING…


NATUZZI vend des canapés italiens (uniquement dans des "Natuzzi STORES"). Il est donc naturel que leur signature reste en anglais : 

IT'S HOW YOU LIVE


VOLVO, marque suédoise au nom latin qui veut dire "Je roule", a choisi pour slogan : 

VOLVO. FOR LIFE


TISSOT. En Suisse, on parle anglais, c'est bien connu : 

MORE THAN A WATCH


Et en Allemagne, pareil : 

LUFTHANSA, THERE'S NO BETTER WAY TO FLY.


SONY, l'affaire est entendue : 

LIKE. NO. OTHER (le point entre les mots est très porté, ce printemps)


LAND ROVER, no comment : 

GO BEYOND !


FORD : FEEL THE DIFFERENCE (même pas traduit au bout d'une astérisque, cette fois)


En ADECCO, je ne sais pas ce qu'on parle. C'est une société internationale basée en Suisse. Qui dit international dit anglais bien sûr :

BETTER WORK, BETTER LIFE


Au milieu de tout ça, pleurs de joie ! UNE jolie exception dans cet insupportable faillotage :

La marque VOLKSWAGEN se démarque : DAS AUTO

Un petit rai de lumière dans ce monde vendu à l'anglais (qu'il faudra tout de même un jour songer à rebouter hors de France — et non rebooter — encore une fois : il est vrai qu'avec Sarko, on est mal barré !)


Quant à SKODA, elle n'est pas du tout à la mode et sa signature est en français : SIMPLEMENT ÉVIDENT

Ainsi que, très curieusement, MICROSOFT : VOTRE POTENTIEL, NOTRE PASSION (Vu le caractère génial de cette création, je me demande si je ne l'aurais pas préférée quand même en anglais…)

13 mars 2008

Blood, sweat and tears


Y AURA DU SANG


Comme je n'avais pas mis les pieds dans un cinoche depuis longtemps, j'ai acheté Pariscop et je suis allé voir le film qu'avait le plus d'étoiles décernées par les critiques. C'est vrai, quoi : le box office des entrées, j'ai beau aimer le peuple… je ne vais tout de même pas me taper Astérix et les Jeux olympiques !

Adoncques, ils avaient choisi "There will be blood". Moi je croyais que c'était des frères Coen ; c'est vous dire si je confonds, quand c'est en anglais.

Vissé à mon fauteuil MK2, me voilà parti pour 2 h et demie en Californie, à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Woaow ! Scotché pendant la première heure ! Pas un plan qui ne soit puissamment habité par une "inquiétante étrangeté", une tension à la fois physique et métaphysique, des questions et de la chair, du suspense et du biblique !

Voici M. Plainview, chercheur de pétrole de son état, porté par on ne sait quelle nécessité impérieuse et capitalis…tique, en bute aux étranges manipulations d'un pasteur illuminé dont on ne sait s'il répare un égo malmené ou s'il vient véritablement d'ailleurs, héros pasolinien de quelque "Théorème" yankee.
Ils s'appellent Daniel, Eli, Abel, je vous passe les références, y a un faux-frère, un frère faux, de quoi réviser toute sa Bible dans la nouvelle version Seuil édit.
Incidemment, je constate que pas une seule critique, même des Cahiers, ne se donne la peine de fouiller de ce côté : la culture se perd, ma bonne dame !

Moi, je rame : voilà que la trame se dissout en péripéties plus ou moins spectaculaires, le meussieu Plainview perdant pied et soucieux de revanche, le meussieu Eli peauffinant son cv de prophète de l'Eglise de la Troisième Révélation… Le gamin trouvé dans une valise (v'là Moïse, maintenant !) perd l'ouïe puis finit par devenir le concurrent de son père, retour de l'illuminé, ce qui donne lieu à une empoignade hystérique finale à l'américaine (Qui a peur de Virginia Plainview ?) dans un bowling. Blood, sweat and tears…

Me voilà au total devant une œuvre à moitié géniale (il faut saluer une mise en scène et un montage au cordeau, la prestation exceptionnelle du gamin pasteur, Paul Dano, nommé aux oscars, crois-je, ainsi qu'une musique remarquable et très contemporaine de Jonny – sans h – Greenwood) qui démarre sur les chapeaux de roue sur les cimes et qui ploque ploque dans les ficelles d'une trop grande ambition. Et qui au final n'attrape pas la dimension du tragique et du transcendant. Hé ! Le metteur (Paul Thomas Anderson) n'a que 38 ans : rien n'est perdu !

On va dire comme ça.

Moi j'dis ça, j'dis rien.

DES NOUVELLES DE LA CONNERIE

Si j'en crois le N'Obs de la semaine dernière, Sébastien Cauet, l'éminent présentateur de la Méthode, sur TF1, attaque en justice Eric Naulleau, chroniqueur aigri et éditeur (l'Esprit des Péninsules) pour avoir déclaré chez Ruquier, à son propos, à Sébastien : "Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con" !!!
On pourra donc dire, maintenant que c'est prouvé "Quand on est cauet, on est cauet" !

J'apprends également que les autorités sanitaires de l'Etat de New-York "lancent une campagne (notamment dans le "Washington Post" et le "New-York Times") pour interdire aux mineurs l'accès aux films dans lesquels ON VOIT DES ACTEURS FUMER". C'est-à-dire à peu près tous les films, y compris les chefs-d'œuvre de l'art, jusqu'aux années toutes récentes. Dans un pays où il y a 30 000 morts chaque année par armes et où le moindre film d'action montre trois dézingués à la minute, il est en effet urgent d'interdire cette violence extrême.

30 janvier 2008

Près des remparts de Séville



(Photos JC)






"Près des remparts de Séville
Chez mon ami Lillas Pastia,
J'irai danser la séguedille
Et boire du Manzanilla !"








"Ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi"
, conseillait Cocteau.
D'aucuns me reprochent le côté narcissique de ce blog.
Je persiste et signe donc !




















Et me voilà à Séville ce week-end, où j'ai découvert l'Amérique.
Cette ville est absolument délicieuse, et personne ne m'avait rien dit !
L'Alcazar est une pure merveille et n'est même pas en première page des guides !
Quant à la cathédrale, elle mesure 1000 m de haut, 3 km de long et comporte 114 nefs ! (Comment ça, j'exagère ? Puisqu'on vous dit : c'est la plus grande !)
Bien sûr, pas une vitrine ni un troquet qui n'affiche quelque part un Jésus endolori ou une Sainte-Vierge les yeux dans l'eau… Et le moindre retable dégouline de 15 tonnes de fioritures invraisemblables d'or ou d'argent… Mais comme dit Sarko-bling-bling, c'est bien sur la religion catholique que se fonde notre civilisation, non ?



















Et puis surtout, voilà des gens qui passent la moitié de l'année à assassiner des taureaux dans des souffrances épouvantables et cependant grandioses, mais qui sont d'un affabilité et d'une gentillesse jamais démentie en quatre jours, du caissier du Museo de Bellas Artes (Ach, Murillo !) au serveur de tapas en passant par le piéton rêveur de l'Avenida de la Constitución ! Tous souriants et courtois ! (Allez, il est bon de balancer des généralités de temps en temps…)
Ce pays est moderne, comme dit mon ami Jipé ! De fait, j'y ai vu des gens extrêmement civilisés. Par exemple, on peut griller des cigarettes dans la plupart des cafés et beaucoup de restaus sans aller en prison. Sans exagérer, bien sûr, — on n'est pas des mal élevés ! Et personne ne s'est évanoui en faisant "Pff pff" d'un air dégoûté. Point de Christina Boutinos ! Personne n'est mort non plus. Notre taxi a brûlé au moins trois feux rouges, ce matin, et les ouvriers travaillent sans casque mais en chantant. Le soleil y est pour beaucoup, il faut le reconnaître.

Chante aussi le chanteur de flamenco. Dans le flamenco, y en a un qui souffre et l'autre qui s'énerve dans sa robe à pois. Le guitariste, lui, pose un pied sur la cuisse et gratte des deux mains. C'est la danse du diable et des amours souffrantes.

Et puis, il y a quand même les cuisses de caille à l'escabèche, le jamón au porc ibérique nourri aux glands et le fabuleux salmonjero (sur fond d'azuleros, bien sûr)…

Pardon aux spécialistes et aux connaisseurs de l'España, mais Candide vient de découvrir l'Andalousie, et c'est pas triste !

"— Tais-toi, je t'avais dit de ne pas me parler !
— Je ne te parle pas, je chante pour moi-même,
Je chante pour moi-même
Et je pense… Il n'est pas défendu de penser !"



Devinette :
Jeune anarchiste tchèque ?

Réponse : L'Amour
("L'amour est enfant de Bohême, il n'a jamais jamais connu de lois")

Merci à Prosper Mérimée, à Meilhac et Halévy, à Bizet et à Aireuropa.

Vive les jeunes anarchistes tchèques !

Votre dévoué,
Amigo dévoto

Post-scriptum
J'étais tellement de bonne humeur que j'avais oublié la partie ronchon qui fait mon charme. Elle concerne les progrès considérables du service aux clients sur les compagnies aériennes :

1. Dans l'avion, faut payer pour grignoter un sandouiche, maintenant ! Les jolies traditions se perdent, et on ne t'offre même pas un café ! Le chiffre ! Le chiffre !
2. Sur ma facture, il y a un "supplément carburant" !!!
Bientôt, ce sera un supplément "augmentation du prix du plastique des sièges" ou "changement des vérins sur l'aile droite" ou "prime de l'hôtesse" ! Le chiffre !
3. Généralisation de la surréservation. T'as pas intérêt à être le dernier de la file, à l'enregistrement des bagages, à moins de vouloir récupérer un peu de fric au noir… Remarque, c'est un p'tit boulot, ça…

Résultat, tu voyages moins cher. Faut seulement participer à la gestion de la compagnie. De la cogestion, en quelque sorte. Moderne. Sarkozyen. Je propose une franchise incompressible dès que tu passes commande d'un voyage.

17 janvier 2008

Giacometti : sa peine pâle soûla Soutine





























Comme on me reproche parfois de n'être trop souvent ici qu'un sinistre atrabilaire, j'ai décidé de vous livrer cette fois-ci du positif et du poilant.
Vous n'échapperez point pour commencer au traditionnel bêtisier de l'année écoulée…

Le Grand Bêtisier 2007
(vous allez rire) :

— C'est Ségolène Royal qui est désignée pour représenter le PS aux élections présidentielles !!!
— Nicolas Sarkozy est élu président de la République…
— Les privilégiés, responsables de la faillite de la France, ne sont ni à Neuilly ni en Suisse, mais dans les gares…
— Jacques Attali, grand expert de la nation, recommande pour faire baisser les prix… de favoriser encore l'implantation des grandes surfaces !
— Not' président tombe amoureux d'un ex-mannequin et décide de se marier dans les semaines qui suivent…

Tiens, à propos, Carla offre des Rolex à son homme, mais elle a une frangine assez géniale, Valéria Bruni-Tedeschi, dont le premier film s'appelait "IL EST PLUS FACILE POUR UN CHAMEAU…" fondé sur une parole des évangiles (Mt 19, 24, Lc 18, etc.), "Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d'une aiguille que pour un riche d'entrer au royaume des cieux", thème du film, donc : comment peut-on être riche sans culpabilité ?

Petites gourmandises
plus ou moins frugales


CELUI QUI FAISAIT DES TRUCS TOUT MAIG'S :
L'ATELIER DE GIACOMETTI À POMPIDOU 

L'expo de 2001 (les dessins), à force de râcler les fonds de tiroir, donnait trop à voir et pas toujours du plus passionnant.
Mais aujourd'hui c'est autre chose : le parcours proposé permet une belle rencontre avec toutes les facettes de l'un des artistes les plus importants du XXe siècle. Depuis les portraits que faisait de lui enfant son peintre de père, aux silhouettes minimalistes qu'on connaît, en passant par ses copies de maîtres, ses périodes cubiste et surréaliste, les photographies, la reconstitution d'un coin d'atelier… Peu de panneaux pédagogiques : on est plutôt dans l'immersion, fascinés par cette étrange et parfois glaçante vision du monde, étonnés notamment par ses productions d'avant-guerre.
C'est que les artistes de ce temps-là, monsieur, avant de dézinguer le réel avec leur prisme perso (je t'en foutrais, moi !) étaient passés par l'humble et académique apprentissage du métier… Et que ce nécessaire passage (à 16 ans, Picasso peignait comme Vélasquez) leur donne pour moi la légitimité d'en "découdre" avec l'art de leur temps. (Foudiou, quelle phrase ! Je me surprends toujours, moi)
Bref, les conceptuels ignorants pourraient aller prendre des leçons devant "l'Objet invisible" (1934), "Le Nez" (1947-1965) ou quelques silhouettes microscopiques et en faire leur miel…
Et vous, mes fidèles abonnés qui passez par Paris, y aller aussi jeter un œil avant le 11 février.

ÇUI QUI PEIGNAIT DES BŒUFS ÉCORCHÉS :
SOUTINE

Pendant que vous y serez, passez donc place de la Madeleine, après avoir acheté vot' caviar chez Fauchon, c'est juste à côté. Mélangez Chagall, Van Gogh et Edvard Munch (une pincée de Bacon), secouez, ouvrez les yeux : il y a des merveilles chez ce Soutine-là. Attention, c'est fort.

PAR ÇUI QU'A FAIT LE FILM "L'ESQUIVE" :
LA GRAINE ET LE MULET

Comme dit Sab : "Mais qu'est-ce qu'il leur est arrivé, aux critiques ?"
Une histoire de bons sentiments ?
Si "L'Esquive" était une pure merveille de poésie et d'intelligence, devant "La Graine et le Mulet" je ne partage point tout à fait l'enthousiasme de certains.
Arrête, j'essplique.
Abdellatif Kechiche fait partie de ces rares réalisateurs qui, d'une situation quotidienne banale, savent tirer du jus d'universel. Pas que du poétique ou de l'humanisme à deux balles, non : sa petite histoire d'un vieil ouvrier viré qui lance un restau Couscous-poisson (graine, mulet) sur une vieille carcasse de bateau, il en fait par moments une vraie tragédie grecque. Et Slimane courant à petits pas derrière la mobylette des voleurs, et itou le ventre rond de la fille qui danse… c'est beau comme de l'antique. C'est ce qui fait la différence entre l'art et le cochon, justement : la transcendance (du ventre) (tiens, je perds la forme, moi).
Seulement — question de rythme personnel ? — j'avoue avoir regardé ma montre (c'est une image). Et franchement, il y a au moins deux scènes d'hystérie absolument (j'allais dire : objectivement) insupportables et qui n'en finissent pas… J'avoue avoir cherché mes bouchons à oreilles. Mais ce mec est génial. Mais le film est long. Mais il y a des moments éblouissants (comment fait-il pour filmer un simple repas de famille comme ça ?). Mais les péripéties sont prévisibles. Mais ça n'a guère d'importance. Oh et puis je ne sais plus . Allez donc le voir vous-même. Je vous préviens : ça dure 2 h 31.
Pour ceux qui veulent entendre le contraire, rendez-vous sur le site des Cahiers du Cinéma.

NATIONALISATIONS DES CHAINES PUBLIQUES :

Ça va coûter cher ! Pour trouver de l'argent, quelqu'un a trouvé une solution : virer Delarue !



Et n'oubliez pas :
La sauvageonne a apprécié mes cailles, une fois dessoûlée !
(Merci à Joël Martin in La Bible du Contrepet, Robert Laffont éd.)



Votre ami dévot

22 décembre 2007

La théorie de la grenouille



































Retour des furoncles


Je crois bien que c'est au "12e Cuir" que ça a commencé. Jusque là, j'arrivais assez bien à composer avec l'Autorité. Il faut vous dire que ma mère avait une façon assez maline de me bouffer le cerveau en douceur : j'avais l'impression que ça venait de moi. Et même, j'allais jusqu'à défendre certaines de ses positions indéfendables, en croyant que c'était moi qui m'exprimais !
Non : au 12e Régiment de Cuirassiers de Müllheim, en Forêt Noire, en Allemagne, ils n'avaient pas cette habileté… Et le stupide sadisme ordinaire des petits chefs pour nous faire marcher au pas ou nettoyer une arme m'ont vraiment appris
(1) à être un vrai homme
(2) à détester définitivement tout ce qui représente l'Autorité satisfaite d'elle-même !
(Papa ? Nous en reparlerons dans une autre chronique…)

J'ai commencé par attraper des furoncles. Mais pas de ces petits clous bénins qui durent deux jours, non, des trucs maousses, que les infirmiers de l'époque (surtout les militaires !) ne savaient soigner qu'à coups de mèches de coton et d'alcool à 90, des trucs à vous laisser des cicatrices d'1,5 cm de rayon sur la cuisse ou dans la raie des fesses. Une façon comme une autre d'échapper au "stage commando", heureusement : je serais mort, en plus, d'une crise cardiaque.
En sortant de cet enfer, qui a quand même duré 15 mois, je n'ai eu de cesse que de laisser pousser en moi (outre vite fait des cheveux et de la barbe) une irrépressible résistance à tout ce qui ressemblait à du hiérarchique. Il faut dire qu'à ce moment, nous parlions beaucoup d'autogestion (voir ce mot…).
C'est vous dire combien l'époque de pères Fouettard qui est la nôtre me fait sauter de joie.

Grand frère

On nous veut du bien.
On nous veut sveltes, sobres, sains, non fumeurs, roulant doucement, travailleurs (plus pour gagner plus). On nous veut cyclistes, on nous veut bio (?), on nous veut croissants et longévites (mais encore pour travailler).
Des coups à me faire lâcher le vélo, que je pratique depuis mon plus jeune âge. Des coups à me faire replonger grave dans la goldo sans filtre et à rouler à tombeau ouvert sur les chemins vicinaux.
On nous veut du bien.
C'est ce que je souhaite à mes fidèles abonnés pour 2008 :
Un monde plein d'interdits, plein de belles et braves lois RÉALISTES venues de Maastricht ou des Etats-Unis :
Plus de lait cru ! Des barrières autour de piscines ! Des troquets sans nicotine ! Des cafés sans caféine ! 25 km/h en ville ! Plus de glucides ! Plus de lipides ! Plus de culture (qui fait perdre du temps, ce temps marxiste inutile de reconstitution de la force de travail) ! Plus d'aléatoire ! Plus de poésie ! Pas d'excès ! Que du pas cher ! Des papes ! Des immams ! Des rabbins ! Dormez, lisez Closer et nous ferons le reste…

Seulement voilà : je me suis promené récemment au bord de la mer et qu'ai-je vu, horreur ?
J'ai vu que dans les ports de plaisance, IL N'Y AVAIT TOUJOURS PAS DE BARRIÈRE sur les bords pour empêcher nos bambins de tomber à l'eau ! Et je ne parle pas des falaises, des étangs, des fossés.
Je me suis baladé en ville et j'en ai vu dix qui fumaient dehors, au pied de leur entreprise, confortablement installés dans le froid, debout, et j'ai failli tousser et peut-être mourir (au secours, M'ame Boutin !).
J'ai entendu parler de PARENTS QUI APPORTAIENT UNE TARTE MAISON DANS UNE LIEU COLLECTIF, ce qui est strictement prohibé sans une vérification expresse des services d'hygiène, avec prélèvement d'échantillons conservés au frigo pour garantir la traçabilité…
On m'a dit qu'un animateur de sexe mâle avait un jour MIS UN PANSEMENT À UNE PETITE FILLE sans préjuger des risques éminents qu'il courait d'être dénoncé par les parents pour attouchements voire pédophilie latente…
J'ai entendu parler d'une mère qui ne CONTESTAIT POINT LA PUNITION DE SON REJETON CHÉRI donnée par un enseignant irresponsable…
Je l'avoue : à la dernière St-Sylvestre, j'ai participé à LA DÉCORATION D'UN SAPIN AVEC DE VRAIES BOUGIES QUI BRÛLENT ! Folie !
Pis : j'ai vu QUELQU'UN BRÛLER DES FEUILLES MORTES dans son jardin ! N'importe quoi !
Il ne manquerait plus qu'un FERMIER DISTRAIT DONNE OU VENDE DU LAIT DIRECTEMENT ISSU DU PIS DE SES VACHES, sans passer par le produit conservateur et le container en alu…

Je vous souhaite tous les meilleurs interdits du monde moderne.
Je vous souhaite de réserver le meilleur accueil possible à LA GRANDE INFANTILISATION généralisée !



Grenouille

Il y a une métaphore que j'aime bien, et qui me semble illustrer de façon assez pointue l'époque enthousiasmante que nous vivons :

Mettez une grenouille dans l'eau bouillante : elle se débat, prend ses pattes à son cou et s'échappe vite fait de la casserole !
Mettez-là dans l'eau froide, et chauffez doucement… elle cuira sans même s'en rendre compte.
Regardez Nicolas et son tour de passe-passe avec son top modèle de gôche (?) : tous les médias un peu sérieux se gaussent et analysent le tour du magicien avec une certaine ironie… Rendez-vous dans deux ou trois ans : trop tard ! On sera cuits ! On est déjà cuits avec la logique "libérale", comptable et incontournable bien sûr, cuits avec les "honteux privilèges" des plus modestes, cuits avec la real politic du carnet de chèques (Khadafi, ouaf !), on le sera aussi avec la pipeulisation du politique… Les journalistes les plus sérieux (si "sérieux" et "journaliste" peuvent coexister) commencent à la trouver inévitable… On n'est plus à ça près !

Bonnes fêtes, les aminches : attrapez pas trop de furoncles et bonnes couleuvres !

18 novembre 2007

Vive la grève !




Salauds de grévistes
L'autre jour, sur le quai de St-Lazare, j'ai attendu vainement un métro pendant plus d'une heure. Salauds de grévistes. Heureusement, comme je fais un boulot de riche, j'ai pris un taxi (remboursé par mon employeur) pour aller à la Plaine St-Denis. Mais je suis revenu à pied : deux heures et quart de plaisir.

Gymnase Club
Au moins les Franciliens, ils vont être en forme : vélib, pédibus, patins à rouler, planches à surfer, trottinettes, scooters, mobylettes (si, ça existe encore !). De quoi se plaignent-ils ? Moins cher que le Gymnase Club ! C'était émouvant, ce Paris grouillant dans le froid…

Pris en otage
Ces gens-là sont "pris en otages". Refrain très tendance. C'est vrai, quoi : je peux même pas aller me faire exploiter pour un salaire minable et même pas les avantages de ces privilégiés de cheminots.
Je propose que tous ceux qui s'opposent à la grève renoncent aux avantages éventuellement acquis par les négociations. Vive "l'équité". Il faut être réaliste, et attendre que le gouvernement ou les patrons songent eux-mêmes : "Zut alors, ces gens-là ne gagnent pas assez", ou encore "Ils n'ont pas assez d'avantages". On ne sait jamais. L'Histoire nous montre que ce ne sont pas les luttes ouvrières qui ont permis d'abolir le travail des enfants dans les mines ou les 50 h hebdomadaires, ou le travail le samedi, mais bien la mansuétude patronale !

Soyons réalistes
Et puis soyons réalistes : vu l'allongement de la durée de, vu les statuts du, vu l'assistance des, vu les avantages qu'on a donnés aux riches, faut pas déconner. Il paraît que le coût des dits régimes spéciaux (salauds !) ne représente pas la moitié du coût de la réforme fiscale…
Mais comment a fait la France (ruinée) au sortir de la guerre pour consentir tous ces avantages au peuple : Sécurité sociale, comités d'entreprise, nationalisation du gaz, de l'électricité, des crédits, création du Smig, semaine de 40 h, etc ? Ne me dites quand même pas qu'on privilégiait le projet social à la logique comptable ?
Mais alors : pourquoi les Trente Glorieuses ?

"Y a des questions que j'me pose,

Des questions que j'me pose"

(San Severino, in
œuvres complètes)

Oui mais d'accord mais oui bon
Chers amis, nous préférerions, comme vous, des modes de protestation alternatifs : faire voyager les voyageurs gratuitement, manifs, numéros de clowns dans les gares joués par les contrôleurs et les guichetiers, etc. Mais il paraît que la loi n'autorise que la grève, et à ce jour aucun député n'a pensé à déposer une proposition de loi dans ce sens. Alors qu'est-ce que tu veux faire ?

Opinion publique
Selon les sondages, les gens sont majoritairement défavorables au mouvement (et au maintien des régimes machin). J'adore. Relativisons tout de même la pertinence d'analyse de l'opinion publique : comme je le rappelais ici-même, si on avait fait un référendum en 1940, la majorité des Français se seraient prononcés pour Pétain…

Casting
Excellent casting en ce qui concerne Xavier Bertrand, ministre de. Je regardais tout-à-l'heure un débat avec icelui, je le trouve parfait : bonne tête ronde et sympa, des attitudes simples et ouvertes, on lui donnerait le Sarkozy sans confession. D'ailleurs, ils vont bien être obligés de le lui donner.
Ah vraiment, comme disait Philippe Meyer, nous vivons une époque moderne !

Je continue à vous aimer, bande de non-privilégiés (si j'exclus les enseignants, les médecins, les travailleurs sociaux, les intermittents du spectacle, les commerçants, les chefs d'entreprise, les rmistes, les agents de l'Edf, les resquilleurs du fisc et les bibliothécaires).

Et n'oubliez jamais :
Le démagogue a plongé plus de six mois dans la foule !

(merci Joël Martin, La Bible du Contrepet)

PS : Merci aux propriétaires des genoux prêtés pour ma photo