15 décembre 2024

A nos chers disparus (restez tendance)



Cher fidèle admirateur de la Mie

(Dear follower of The Wife of Lords)

Répète après moi

(repeat after me) :


"Je tiens à demeurer dans le courant dominant

(stay in the mainstream)

et donc défendre la pensée commune

(to speak like Naguy and Fabrice Drouelle)





Adoncques rayé-je de mon vocabulaire 

les notions suivantes

(delete, delete !) :"




1. L’inconscient


Grâce à l’Eveil bouddhique, amerlocain et « progressiste » (sic), le rationnel est censé à lui tout seul régler de fort délicates questions, comme celles autour du désir, lorsqu’il y a un doute.

Nous voici enfin débarrassés de cette notion vieillotte (has been) portée par des générations de ravis de la crèche dont les enfants d’après-guerre (baby boomers) restent les plus grotesques représentants : l’Inconscient. C’est vrai, quoi, un truc compliqué, un enchevêtrement de contradictions, d’ambiguïtés, entre injonctions parentales, contingences, pulsions, envies cachées, perversions coupables. Incertitudes, complexité, pouah.

On sait, — pas besoin de creuser, puisque c’est mon ressenti d’ici et maintenant. Pourquoi se prendre les boyaux de la tête ? (1)



2. La mansuétude


Quand je vois la tronche de nos journaleux sur mes écrans très plats, tous devenus d’ailleurs chroniqueurs qui savent-ce-qu’il-faut-penser, les jeunots barbus avec sourcils froncés, ou certains vieux de la vieille ravis de se la ramener, je me demande s’il y a encore lieu de débattre ! Quel que soit le sujet (accident de la route, statut des « minorités », comportements politiques, défense des animaux, plaintes justifiées ou non, liste des courses…) la réponse est la même que celle du militant hargneux de base : Punir ! 

Punir ! Renforcer la réglementation, créer une loi nouvelle, réduire les espaces de liberté ! Punir ! Mais pourquoi diable laisser la parole à la défense ou à un point de vue qui serait différent ? La cause est entendue ! Mister Lynch, au paradis des quakers, est aux anges !


C’est hélas la loi éternelle des modes de pensée, qui sont cycliques. Et lorsque dans les années d’après-guerre (World war II) il restait une parole pour le pardon (quelle idée ringarde !), puis plus tard pour l’abolition de toute autorité (quelle ânerie !), aujourd’hui le balancier se re-coince du côté de la sanction autoritaire (quelle merveille !)



3. La légèreté


Papillonavirus, maladies cardio-vasculaires, mauvaise alimentation, harcèlements en tous genres, violences sexistes, sécurité routière, manque d’activités physiques, feux de forêt, sobriété énergétique, témoignages sur les violences physiques…

Je pointe au hasard quelques campagnes de sensibilisation gouvernementales qui nous mettent une pression de dingue depuis le petit déjeuner jusqu’à la tisane (ou la branlette) du soir. C’est une nouvelle tendance de l’époque ; à New-York dans le métro il y a même des affichettes sur les bons comportements à adopter…

On en a bien besoin, n’est-ce pas, de ces injonctions infantilisantes en ces temps de morosité où l’on nous serine que la jeunesse n’a plus le moral ???! Ben oui, tiens :

L’Ukraine, le pouvoir d’achat, le CO2, le retour du chômage, Israël, la censure, la Syrie, Bardella, Mélenchon,…

Ah ! Il aurait mieux valu que ces jeunes-là naquissent en 1914, en 39, pendant la guerre froide, ou dans les années attentats, c’était bien plus rigolo ! 




4. La langue française


Bon, ça fait 18 ans que j’en parle ici, je ne vais pas me répéter. Et puis il y en a encore dix-huit, tiens, justement, qui trouvent que tout va très bien : ce sont les « lingouistes atterrés », qui ont tout compris. Atterrants, oui !

(voir ma chronique de septembre 2023)




5. Des radios de service public 

dégagées entre les oneilles 


L’autre nuit, Laure Adler m’a empêché de dormir pendant une heure et demie ! C’était une redif de je ne sais quelle émission… Animée d’une agressivité baveuse, elle distribuait anathèmes et lieux communs vengeurs sur la gent masculine en défendant les « minorités » sessuelles (qui ne lui ont rien demandé. Si ?) Je ne l’ai écoutée que deux minutes, mais j’avais tellement la trouille qu’elle vînt à domicile me taillader les… choses de la vie — je te jure — que je me suis levé pour fermer un autre verrou à ma porte.

J’ai maintenant du mal à écouter les stations de Radio-France ; non que je ne sois pas sensible aux problématiques diverses liées à la chose sessuelle et genrée, mais ça vire vraiment à l’obsession : même sur France Musique, l’autre matin, il a fallu que Christian Merlin, dans son excellente émission Au cœur de l’orchestre, nous fasse un couplet sur les inconduites supposées du chef suisse Machin-Truc (vous l’aurez reconnu) !


Heureusement, entre deux « phénomène Femtech » ou « transidentité », il y a Clara Luciani et les faits divers : la disparition de Josette, un accident de tramway, un manga qui cartonne et Kim Kardashian qui pose avec un robot.


Et les marchés de Noël.


6. Le ridicule


Dieu merci (qui est revenu, si si, avec Notre-Dame et Jean-Charles de Castelbajac, vous avez remarqué ?), nous avons acquis une admirable résistance à la tentation de nous moquer. Nouvelle mode à la con, œuvre conceptuelle débile, il n’y a plus de Molière ni de Flaubert ni même d’Aristophane pour ironiser.

D’abord on ne va pas stigmatiser ; et puis on ne sait jamais !


Comme le relevait le génial chroniqueur de mode Loïc Prigent : 

— Mon Dieu comme c’est laid ! On dirait la mode de l’année prochaine !


C’est que nous sommes empressés à rester dans le coup, sous peine d’exclusion. C’est un phénomène de soumission au groupe qui existe de toute éternité.


Ne pas louper le coche : Pas question de rater un Picasso ou de refuser l’édition à un nouveau Proust ! on sait bien que le rap qui nous broutait il y a trente ans deviendra la norme chez les ados boutonneux, comme le furent le jazz, le rock, la pop, le reggae et tutti frutti (2). Et les ados boutonneux deviendront des papys nostalgiques (à qui il sera reproché d’avoir laissé le monde en désordre…) Que ces voix approximatives d’adolescentes rachitiques d’aujourd’hui seront les Callas ou les Piaf de demain… 

Réserve prudente, mes amis. La tour Eiffel, le Déjeuner sur l’herbe, le Sacre du Printemps, la Pyramide du Louvre, Psychose et les Tontons flingueurs furent en leur temps fort décriés…


On n’a plus le temps de peser les âmes. Et plutôt que de prendre le risque politiquement incorrect de discriminer (horreur !) de juger (depuis où ?), de phober (j’invente le néologisme qui ne manquera pas d’arriver), on gobe. C’est que trouver ridicule est une prise de risque, l’affirmation d’un choix, et le goût est maintenant réputé être à tout le monde !




––––––––––

(1) D’ailleurs une certaine Marie-Charlotte Garin (je vais encore tomber amoureux) estime qu’en matière de consentement, « il n’y a pas de zone grise »…

(2) Little Richard, 1951.



Du côté de la culture



Ça, c'est Paris !


Hidalgo (bon débarras) et ses sbires bêlants se félicitent d’avoir détruit la « fontaine inversée » place de Catalogne, dans le 14e arrondissement de Paris. Ça avait de la gueule, ce disque incliné, œuvre de l’artiste Shamaï Haber, malheureusement pas entretenue et en panne depuis des années. Eh bien grâce à une « consultation publique » (?), on vient d’y planter des na-narbres. Parce que les na-narbres, n’est-ce pas, c’est joli. Et grâce à eux, la pollution mondiale va être éradiquée.






Et n’oubliez pas 

C’est la poule qui philosophe 

mais c’est Poltron qui philosopha (vous l’avez ?)






LES ILLUSTRATIONS DE CETTE CHRONIQUE SONT TOUTES TIRÉES D'UN OUVRAGE SUR LES "VIGNETTES FRANÇAISES FIN DE SIÈCLE" (EXTRAITES DU CATALOGUE DE LA FONDERIE TYPOGRAPHIQUE DEBERNY & PEIGNOT)






17 septembre 2024

Cornegidouille !!!



Père Ubu :

— De par ma chandelle verte, ça va-t-il finir, à la fin de la fin ? 








La Maire Ubu a encore frappé !



Pour parachever son œuvre inoubliable, notre chère Anne, maire Ubu de Paris, vient de sortir son dernier édit génial : limiter la vitesse sur le boulevard périphérique à 50 km par heure. Sans délai ni concertations ! Pourquoi ? Nul ne le sait : ce qu’on sait en revanche, c’est que les voitures à touche-touche dans les bouchons polluent plus longtemps ; que les aménagements labyrinthiques invraisemblables des voies obligent depuis quelques années à des détours qui, loin de fluidifier la circulation, ne font que la compliquer et allonger les parcours ; que même avec mon pauvre scooter, pour aller du sud-est de la capitale au centre ou au nord-ouest, je suis maintenant obligé de passer par Nantes et Strasbourg !!!! Par exemple, pour venir de Gare de Lyon à chez moi (650m), je dois me farcir maintenant un détour de 2 km !


T’as qu’à prendre un vélo, pépère ! 

Ben oui, je le fais quand je peux, quand c’est pas les heures de cohue, quand la météo s’y prête, quand j’ai la moelle : force est de constater que les adeptes du vélocypède en ville  ont aujourd’hui une moyenne d’âge de 30-40 balais, ce qui hélas n’est plus mon cas. Car si j’ai passé ma jeune vie à vélo, même en ville, et joyeusement, je constate que mes anciens coreligionnaires avec qui j’en cause trouvent aujourd’hui cette pratique à Paris très dangereuse ou à tout le moins stressante !


T’as qu’à marcher, papy ! 

Ben oui, bien obligé, malgré mes articulations vieillissantes, malgré la trouille des trottinettes, des vélos-cargos et autres engins silencieux, à gauche, à droite, à contresens, malgré les passants vissés sur leur téléphone, malgré les rebords dangereux (surtout ne pas rêver !)…


T’as qu’à prendre les transports en commun, l’ancêtre ! 

Ben oui, le bus reste jouable à certaines heures, mais le métro est bondé (et de plus en plus rare) toute la journée ! A ce propos, tiens : je suis d’accord pour encourager et faciliter la pratique des transports en commun, bon. Mais qui me dira la logique qui attribue les axes réservés à iceux aux bus ET aux taxis ? Depuis quand le taxi est-il un transport écologiquement (et socialement !) bénéfique ? Zut, j’ai dit « transport », ce qui n’est guère d’époque : je voulais dire « mobilité », vous aurez rectifié de vous-mêmes.


T’as qu’à rester chez toi ; 

tu pourras méditer sur le paradoxe qui pour de louables raisons conduit à massacrer certains paysages parisiens (après une « large concertation » avec les micro-lobbies locaux, souvent fachos amateurs pour tout ce qui ne concerne pas leur inculte nombril) et laisser couler le béton partout à grandes bennes…


Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !


Le coin philo 

(réservé aux enfants et aux raffinés)




Maintenant que la jeunesse

S’éteint au carreau bleui

Maintenant que la jeunesse

Machinale m’a trahi


Un jour en fermant les yeux je crois que j’ai enfin tout compris :

Il n’y a pas « quelque chose plutôt que rien »,

Il n’y a rien ! Puisque quand tu seras mort il n’y aura plus rien 

De même qu’avant de naître il n’y avait pas grand-chose

Tu n’es pas « venu au monde »

C’est le monde qui est venu avec toi…

Alors pourquoi philosopher ?

Comme dit mon ami Mouloud : C’est la poule, qui philosophe.


(Aragon, Ferré, Leibniz et Max Jacob se cachent dans ce texte. Sauras-tu les retrouver ?)



Les Jeux z’olympiques… 

(et tricolores, ou je me trompe ?)



Comme j’habite pas loin d’un lieu concerné par certaines épreuves et qu’il eût fallu que je passasse mon temps à justifier mes déplacements motorisés ;

comme je suis peu client des spectacles sportifs (à quelques exceptions près), j’ai fait comme beaucoup de Parisiens : j’ai fui !


Il paraît que ce fût génial, festif, joyeux et fluide. Heureusement que je ne ne suis pas resté : ma morgue proverbiale eût fait tache et gâché la bonne humeur générale : et je suis de plus en plus imperméable aux foules, fussent-elles enthousiastiques…


J’ai cru comprendre en revanche que seuls les Français avaient participé : chaque jour les médias comptaient les résultats pour la France en oubliant les autres nations. Pour les Jeux paralympiques c’était encore pire, dis donc. C’était les Jeux Cocardiques !… Heureusement, je constate qu’au final notre résultat n’était pas si mal en termes de médailles. Médailles, et non breloques, comme s’autorisaient à dire des journalistes finauds qui ignoraient sans doute que le terme est péjoratif et moqueur ! En argot, ça désigne même autre chose, que la pudeur m’interdit de nommer.


Justin sois positif :

Bon, j’ai trouvé le cheval lumineux sur la Seine très beau. Et même la prestation d’une certaine Céline, une vedette internationale dont j’ignore à peu près tout mais qu’a eu ben du malheur, fut émouvante. Et les deux premières chorégraphies de l’Ouverture des Para- étaient remarquables. Par contre,… Heu non, tais-toi, Justin. Ah oui : et la maréchaussée, qui a tout de même vérifié par trois fois mes justificatifs de domicile en septembre, a été étonnamment aimable et détendue ! Je n’ose croire qu’elle avait reçu des consignes, la maréchaussée, celle qui en général m’envoie valdinguer les jours de manif quand je veux rentrer chez moi.


Aïe ! Flash spécial : pendant que je disais du bien, la pandorie malfaisante m’envoyait une invitation à régler une prune de 135 € pour avoir roulé sur une avenue large et déserte à la vitesse hyper dangereuse de 46 km/h ! Je retire ce que j’ai dit.


La cause des femmes


J’ai entendu un philosophe d’internet (le « créateur de contenu » Antoine Goretti, ancien candidat de télé-réalité) sur France Culture toujours en pointe, déclarer que LES HOMMES ÉTAIENT PROBLÉMATIQUES : la cause des femmes avance, mes enfants ! Sans doute pensait-il surtout aux talibans en Iran et en Afghanistan ? Non non.


Le coin de la culture


Si vous voulez vous y retrouver dans les méandres identitaires, l’évolution de la pensée de gauche (?) des nouveaux gourous, l’appropriation culturelle et autres amuse-gueule bienséants chez nos élites et nos universités, compatir avec un anti-héros antiraciste à la mode ancienne plein de bonne volonté, comprendre l’impossibilité de dialoguer avec la nouvelle génération militante trempée dans l’amerloquisation de pointe…

Et cependant sourire à chaque page grâce à une écriture malicieuse, et fine, et intelligente, sans violence ni haine (!)

Précipitez-vous sur une pépite qu’on vient de me faire découvrir :


Le voyant d’Etampes, d’Abel Quentin, l’Observatoire

Prix de Flore 2021






Si vous ne savez pas lire et préférez un film, regardez à l’occasion cette pochade sur l’identité ethnique et ses avatars, étonnamment riche, subtile et fouillée sous des dehors légers et souriants :


Tout simplement noir

de Jean-Pascal Zadi et John Wax

sur Arte


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J’ai encore plein de réflexions géniales et précieuses pour mes fidèles abonnés. Mais je vous connais : après ça fait trop.


Je vous embrasse. Et n’oubliez pas que le meilleur camembert est au lait cru.