29 juin 2016

Nouillorque et moi, guide pratique



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Comment peut-on être Algonquin ?

"C'est-un-pic, c'est-un-cap, c'est-une-péninsule",… je dois reconnaître que les dithyrambes sur Nouillorque phare-du-monde me laissaient coi. 
N'ayant jamais hélas trempé dans un environnement 
qui favorisât cet enthousiasme échevelé, 
je décidai d'y aller voir de plus près. 
Le bonhomme étazunien reste pour moi aussi étrange que le Persan pour Montesquieu 
(chacun ses Lettres, ouaf). 
Est-il aussi obèse qu'à Los Angelès, les serveurs aussi serviables, et les robinets tournent-ils aussi à l'envers ? 
Je profitai donc d'une occasion exceptionnelle et j'y fus donc récemment. Et dans des conditions exquises, avec des compagnons charmants (qui vont lire ce blog)…


Si tu n'as jamais croqué la Grosse Pomme (je peux te tutoyer ?), voici un guide pratique, parfaitement objectif (tu me connais), de ce qu'il faut savoir sur Nouillorque avant que tout n'arrive chez nous. Sinon, tu vas pouvoir comparer et laisser force commentaires…

Comme le menu est copieux, choisis donc les mots-clés qui te bottent :



Douanes
Annule ton rendez-vous chez le toubib : les douaniers amerlocains vont te palper à donf et le scanner mains-au-dessus-de-la tête est gratuit. 
Ne plaisante pas avec un agent de l'autorité, même si le questionnaire à remplir dans l'avion prête à sourire : n'oublie pas de déclarer si tu transportes des escargots ou si tu viens de toucher de la terre, visiter une ferme ou un pâturage.

Circuler
Impossible de se perdre à Nouillorque : il suffit de savoir compter jusqu'à 263 pour les rues (si je ne m'abuse) et 12 pour les avenues. Naturellement, c'est comme pour les serrures et les robinets d'eau chaude : c'est numéroté de bas en haut et de droite à gauche ! 
Bus, métro, tacot, c'est fastoche. A pied c'est très bien, même s'il faut parfois se régler sur le pas rapide des autochtones, souvent tout seuls mais "avec-un-écouteur-sur les-oreilles-et-un-gobelet-à-la-main", comme nous l'a fait remarquer notre cher copain expatrié. Attention aux vélos : dans ce pays qui aime tant les règlements et les interdits, ils roulent sans aucun respect des feux rouges ni du code en général, et sans lumière la nuit ! Ce qui n'a pas manqué de me laisser fort marri. Surtout que j'ai failli m'en manger un dans la tronche, et avec un passager-enfant par dessus le marché. A mon grand étonnement, j'ai également pu constater que le Nouillorquais est moins allemand ou suisse que je le croyais sur les passages piétons.



Taxi
Lève un bras cinq secondes dans la rue et tu obtiens trois taxis. Ils ne sont pas très confortables, mais il y a la télé dedans si tu aimes les pubs.



Métro
Les métros sont vieux et moches pour la plupart, mais ils vont partout et fonctionnent 24 h sur 24. Le mode d'emploi est assez compliqué, mais on s'y fait.




Clés
Les clés tournent dans l'autre sens qu'à Paris, c'est confirmé. Au bout d'une douzaine d'essais-erreurs, j'ai pu entrer dans l'appartement.

Jours tranquilles à Brouqueline

Taxes et pourboires
Le pourliche s'appelle plaisamment "gratuity" (ou tip). C'est rigolo mais ça va quand même te coûter 15 à 20 pour cent de plus. Aucun problème avec notre euro super fort… enfin un peu moins fort qu'avant mais bon.

Nourriture
Vu la variété et la quantité considérable de l'offre — food trucks, self-services, restaus de toutes origines — il faut vraiment le faire exprès pour ne pas trouver petite salade fraîche, escalope milanaise ou hambourguère à son pied ! Avec french fries éventuellement. Attention : la cuisine chinoise est brute de décoffrage et peut désorienter… Dans les supermarchés, il ne faut pas être exigeant sur le goût des tomates, des fraises ou du poulet rôti(1)
En revanche, tu trouveras à "Chelsea Market" ou "Eataly" (jeu de mots) des produits apparemment haut de gamme dignes de La Grande Epicerie (Homards, saumons, jambons, frometons de luxe etc.) et on peut y becqueter (avec des bouchons d'oreille). 
Le café est très léger. On peut lui préférer l'espresso à 4 bucks(2), mais ceux que j'ai essayés étaient imbuvables.
L'autochtone mange à toute heure du jour et de la nuit. A midi, c'est sur le pouce et le plus souvent dehors, dans des petits squares très sympas, par exemple. Comme à Paris, quoi…




Obésité
Le fameux Etazunien obèse est rare à Manhattan. Le cœur de Nouillorque s'est définitivement "gentrifié" et les derniers maires ont fichu les pauvres dehors. Manhattan et l'essentiel de Brooklyn, c'est Neuilly-Auteuil-Passy. Et tout le monde ne peut pas s'offrir un T2 à 4 000 $ en moyenne (avec ascenseur)(3). Alors une fois le loyer réglé, t'as plus les sous pour les pizzas. Moi, je me serais bien offert un duplex à 100 millions dans la tour One 57 (architecte Christian de Portzamparc), qui est ma préférée, mais il a été pris par le Premier ministre du Qatar, zutalors.

C'est pas un macdo



Harcèlement sexuel
On croise parfois de belles américaines, aussi belles qu'à Paris, certaines plus. Le futal collant est encore très à la mode, ce qui peut être agréable, mais j'avais peur qu'un coup d'œil admiratif sur les lèguignes ne soit immédiatement interprété comme une agression sessuelle. Pas comme en Californie, mais quand même : je me suis trouvé deux fois à prendre l'ascenseur avec une femme seule et je te jure, j'eusse été Denis Baupin ou le Vampire de Düsseldorf qu'elles n'eussent point été plus intimidées, plaquées qu'elles étaient contre la paroi opposée ! 
Ou alors j'ai mal vieilli ?



Silence, calme
On ne va pas à Manhattan pour une paisible retraite ! L'arrivée dans le cœur touristique, c'est comme mettre les doigts dans la prise à 380 volts !
Les fameuses sirènes typiques à son sinusoïdal (pompiers, flics et ambulances) ne s'arrêtent jamais et s'entendent de loin. Il faut y ajouter les claquesonnes, les hélicoptères et naturellement les marteaux-piqueurs — un chantier, encore, tous les 25 toises, avec force bruyantes machines. D'ailleurs ils adorent le bruit et il est impossible de converser dans les estaminets, sauf à s'efforcer de couvrir leur étrange baragoin. Plus fort que dans nos gargotes de Bastille, c'est dire… D'ailleurs, d'après mes oneilles, Paris est en train d'attraper depuis quelques mois la sirènite à 120 dB également !

Central Park


Times Square et Broadway
Le quartier des théâtres et des pubs lumineuses géantes. Une impression de déjà vu à la télé, forcément.
Si vous ne voulez ou pouvez voir le meust actuel, Hamilton, choisissez donc un grand classique qu'au moins on connaît la musique, An American in Paris, par exemple. Vous aurez franchi 6000 km au dessus de l'Atlantique pour voir une production présentée l'année dernière au Théâtre du Châtelet ! 
D'ailleurs, en dépit du charme incontestable du spectacle, de l'inventivité de la scénographie, du grand professionnalisme des acteurs-chanteurs-danseurs, on se retrouve assez vite dans les années 50, avec papa-maman dans ce même Châtelet pour une opérette avec Georges Guétary… 

Vu à la télé



Ecologie
Concept inconnu du Nouillorquais : il suffit de survoler la ville la nuit pour constater qu'on y voit comme en plein jour sur des dizaines de kilomètres (ils appellent d'ailleurs ça des miles, du coup ça en fait moins), brûlant sans remords des milliards de ouattes. Et le plastique est partout : sacs, gobelets, barquettes. Quant à la nourriture bio, elle reste discrète. L'Algonquin lui préfère sans doute les vitamines et autres gelées énergisantes en boîtes, joliment bigarrées ma foi.


Lights of New-York


Fumer
Heu, je préfère ne pas en parler, merci. Dès que t'en grilles une (à 3 m et à 64 centimes d'€ l'unité) y en a un qui tousse. 

Téloche
Elle est pour l'essentiel irregardable, hélas, car toutes les pubs sont interrompues chaque dix-minutes par des morceaux de films ou d'émissions !

Langue
La ville étant meltigne-potée comme on sait, il n'y a guère que les non-natifs (dont africains, hispaniques, indiens, asiatiques) qu'on puisse un peu piger. Pour le reste, et même en se chargeant les oneilles de quatorze chouigne-gommes, il est souvent bien difficile d'entraver cette langue étrange qu'admire tant notre belle jeunesse chantante. Remarque, ça me fait pareil avec Shakespeare, mais il est mort y a longtemps. Le mieux est d'acheter son vin chez un ivoirien, qui cause français. 
Naturellement, j'en remets un peu, vous me connaissez : j'ai fait de nets progrès en réalité !




Courtoisie
Comme à Londres, on se précipite pour t'aider dans la rue quand tu cherches ton chemin. C'est très agréable les cinq premières fois… En termes de (anglicisme : in terms of) courtoisie, mon impression est mélangée ; je vous raconterai ça devant un bagel à la cannelle. Mais on m'informe quand même dans l'oreillette que les jeunes sont plus sensibilisés que par chez nous aux règles de civilité.

Le MET
Bon, le Metropolitan Museum of Art est l'un des plus grands musées du monde ; le choix et la présentation des œuvres y sont parfaites et le prix d'entrée est à la discrétion des visiteurs ; bon, le département d'art asiatique est scotchant et c'est même là que du coup j'ai perdu le groupe de visite sommaire. Et il y a cinq Vermeer de plus pour ma collec. Mais faut pas exagérer, le Louvre et le Guimet sont très bien aussi. Faudrait peut-être pas qu'ils se la racontent : la peinture locale du XVIIIe siècle, elle casse pas trois pattes à Donald ! 

Le MOMA
Ça fait partie des incontournables, mon pote : T'as été au Mêêêt ? T'as vu le Momââ ?
C'est au Museum of Modern Art que tu trouveras les Picasso, les Mondrian, les Matisse, les Balthus les plus connus et emblématiques. Ils ont même un Water Lilies de Monet ! Ah ! Et Les Demoiselles d'Avignon, que je n'avais vues que deux fois en cinquante ans (en 66 et 88) sont encore bien vivantes !
Quant à l'expo sur Degas et ses monotypes ("A Strange New Beauty"), ça déchire sa race.
Incontournable, le MOMA ? tu l'as dit, Modigliani.

Monotype de Degas

Boogie woogie à Manhattan (Mondrian)


FRICK Collection
Grand musée privé. Collection superbe de peintures, en particulier les Hollandais. Vu une expo temporaire de crobards de Van Dyck à tomber par terre. Et tu vas pas me croire : trois Vermeer de plus ! Comme il n'y en a que 37 au monde plus ou moins attestées, il me reste Washington, Edimbourg, Boston, Dresde, Francfort et j'en passe…
Cela dit, je trouve qu'il serait quand même temps que les Etazuniens nous rendent toutes ces œuvres européennes, quand même.

CLOYSTERS
Et qu'ils en profitent pour réexpédier les cinq cloîtres médiévaux du sud de la France reconstruits au nord de Manhattan : c'est pas typique.

La skyline
Ach, la "skyline" ! Je ne connaissais pas ce mot et je n'entends plus que lui : profitez donc de la skyline ! T'as pô vu la skyline ?
Il n'y a en réalité qu'un seul point de vue à Nouillorque : le panorama urbain sur les tours vu depuis le sud, qui, il faut bien le reconnaître, est mirabuleux. Quand le ciel s'y met, et il s'y met souvent, les miroitements sur les parois de verre sont un enchantement (j'ai pas le mot anglais) !



L'observatoire / chiffres
La nouvelle tour One World Trade Center s'annonce comme la plus haute tour de Etats-Unis. Arnaque ! Elle fait bien ses 541 m, seulement la flèche à elle seule mesure 124 m ! Mais je ne vais pas faire le difficile pour une fois : "l'observatory" du 102e étage, (soit 60 m plus haut que le 3e étage de la Tour Eiffel) offre un des panoramas les plus époustouflifiants que j'aie vus, en 360° sur la ville. Avec naturellement une mise en scène du parcours en pur entertainment à l'amerlocaine, y compris dans l'ascenseur ! Qui monte en 47 secondes.


La One World Trade Center

Gratuit
Les études et les soins médicaux coûtent la peau des genoux (au moins 12 genoux !), mais étonnamment, certaines choses sont gratuites. Si donc t'es routard, que t'as 25 ans, ou qu'après 50 ans t'as raté ta vie pasque t'as pas ta Rolex, tu peux quand même
- Visiter le MET gratos (ou pour une somme de ton choix car tu as une moralité)
- Faire un tour de ferry direction Staton Island : vue superbe sur la skaïlaïne et la statue de la Liberté
- Profiter des petits concerts dans les squares ou te poser dans les "lobbies", halls souvent somptueux de certains grands immeubles en accès libre
- Aller mater les beaux bijoux en entrant chez Tifany's sans avoir besoin de prétendre acheter une rivière de diamants jaunes pour ta copine
- Donner des cacahouètes aux petits écureuils gris de Washington square.

Chiens
Très tendance, les petits chiens grotesques très soignés tenus courts en laisse, sur les trottoirs, devant les portiers des quartiers résidentiels.

Retenez votre clébard


Oh les plagiaires !
Il faut tout de même reconnaître qu'ils ont tout copié chez nous !
Les tours sont comme à La Défense, mais en deux fois plus haut, pour des raisons probablement freudiennes. La statue de la Liberté, multipliée par quatre. La Promenade plantée, sur le parcours d'un train, appelée localement la High line.
Le quartier chinois du treizième, les rochers de la forêt de Fontainebleau dans Central Park,… il n'y a que les écureuils qui n'ont pas la même couleur. Et les camions, qui friment avec leur gros capot.
Comment ça je suis de mauvaise foi ?


Tours à Nouillorque et à la Défense


La vraie est quand même là-bas


 Jardin du Luxembourg et Washington square



 Tortues à Bercy et à Central Park !


 Rochers à Central Park et à Fontainebleau


 Quartiers chinois (Paris et Nouillorque)


 Sans domicile (Bastille et Manhattan)



Poubelles un jour de grève à Marseille… et un jour normal à Nouillorque. Sauras-tu voir la différence ?

Conclusion

Il paraît qu'on s'y sent New-yorkais plutôt qu'Amerlocain. Une ville à haute énergie, fabriquée pour y vivre à cent à l'heure et éventuellement y faire la teuf jusqu'à pas d'heure. Une ville à grand spectacle… et à torticolis  !


Nouillorque : c'est fait.



"Donnez-moi un dollar ou je vote pour Trump !"







Le contrepet du dixième anniversaire de la Mie :

Saviez-vous que les Comanches se dressèrent devant ces énormes grues ?
(merci Joël Martin !)


_______
Notes
1 : Confirmé par notre ami, et par Cécile David-Weil in "Chroniques de New York", Grasset édit.
2 : "buck", nom familier du dollar
3 : source "New York Habitat"
4 : Nieuw-Amsterdam : nom de Nouillorque avant 1664


06 janvier 2016

La tendresse de sa cerise




(La "tendresse" :  J'ai appris par la télé, grâce à Ferrero et ses Mon Chéri, que la cerise avait de la "tendresse". L'autre jour, c'était mon boucher qui attribuait de la "tendresse" à son entrecôte. Dans ce monde de fous, seule la tendreté nous sauvera de la noiritude.)

J'avais tant de choses à dire, tant de bonnes idées pour alimenter cette Mie qui va (déjà !) sur ses dix ans !
Au milieu des anecdotes poilantes et des aphorismes plaisants, se sont pointées les catastrophes de l'actualité et des turbulences personnelles… D'un effroi à l'autre, l'époque nous gâte ! Je me suis retrouvé naviguant quasi dans le huitième continent des poubelles, sans bras ni jambes ! 
J'ai pleuré, c'est vous dire. J'ai pleuré plusieurs fois, moi qui suis un vrai dur. Et écrit plein de lignes très-pertinentes, déjà caduques, car le sang sèche vite en entrant dans l'Histoire, comme disait l'autre (1) !
Il ne reste entre mes doigts (qui vont très mieux, merci !) que l'écume de mille petites choses, que je vous livre en vrac, chers faux lovers…

1. Quel joli début d'année :

Un monde où l'on revend ses cadeaux, sans honte, 
et parfois complaisamment devant les caméras de TF2, 
me rappelle définitivement (definitely
que l'époque est résolument moderne (unashamedly modern) ! 
Il te plaît pas, ton cadeau ? Donne-le aux pauvres et ferme-la, pauvre conne (bloody idiot) !

…Un monde où Fessebouc, votre réseau préféré, censure La Petite Sirène de Copenhague pour "contenu à caractère sexuel" et même en général "les seins des femmes"… (Seraient pas un peu obsédés, les Amerlocains ?)… puis rectifie le tir avec des histoires de "droits d'auteur", car des requins héritiers rôdent ! 
(Serait pas obsédé par le fric, ce monde ? Même le lien de mon dernier post pointant sur un très vieil enregistrement de Mon cul sur la Commode ne pointe plus "pour atteinte aux droits d'auteur"!)…  

Sirènes


…Un monde où un musée (le Rijksmuseum d'Amsterdam) rebaptise les œuvres d'art pour édulcorer les titres de termes jugés offensants (Nègre, nain, sauvage, mahométan)… Bientôt, on va remplacer "amuse-gueule" par "amuse-bouche" !!! (Que dis-tu, rossignol, oiseau de bon augure
(2) ? C'est déjà le cas ? Mais alors, aussi "croissant", qui est une viennoiserie moqueuse sur les Turcs ? Et que vais-je tremper dans mon jus dimanche ?)
Culs-de-lampe

…D'ailleurs, le monde est forcément moderne, puisque je reçois quotidiennement sur mon portable et mon ordi 28 propositions de mises à jour (updates)…

2. Expos

Vu l'expo intitulée "Qui a peur des femmes photographes ?". Outre que je ne comprends pas vraiment le concept (mais de quoi aurait-on peur ? sinon d'oublier de surfer sur un thème racoleur…), ce que j'y ai vu semble au contraire entériner cette "peur" supposée : les photos "de femmes" n'ont ni plus ni moins d'intérêt en elles-mêmes que les photographies de mâles.

Vu l'expo Lucien Clergue au Grand Palais : plein de belles cartes postales, pas mal de jolies choses, une petite poignée de chefs d'œuvre… Mais une ambiance genre hall de gare (3) assez désagréable. Avec en prime une odeur de poisson pané (fish fingers) venue sans doute du restau du musée (?)

J'allais oublier Kuniyoshi, le démon de l'estampe (japonaise) au Petit Palais. Superbe. Jusqu'au 17 janvier, faut se magner la rondelle.

3. Cinéma

J'ai revu Blue Jasmine de Woody Allen, et je me suis régalé (I really enjoyed). A ceci près que les derniers films de Woody ont tous une dominante jaune orangé très instagram que je ne m'explique pas : lui a-t-on greffé des cristallins trop bleus (-jasmin) ?

J'ai revu Le Mécano de la "General" (The General, 1926), de Buster Keaton : chef d'œuvre ! Chef d'œuvre ! 

J'ai enfin visionné (serait temps !) M le Maudit (M, Eine Stadt sucht einen Mörder, 1931). Etonnante modernité et inventivité du filmage, Peter Lorre qui en fait des caisses — mais on sort juste du muet — et Peer Gynt à tous les étages ! En revanche, l'allusion au nazisme montant, pointé par certains, m'a parfaitement échappé !

4. Musique

Je suis très pointu en box office (guichet). Aussi viens-je de découvrir un artiste majeur de la chanson (si si : 537 000 exemplaires vendus en 2014) mais qui m'avait échappé, un certain Kendji Girac. Tu connais ?
Extrait : 
"Toi ma belle Espagnole
Quand tu bouges tes épaules".
Quand je pense que j'avais ignoré quelqu'un qui fait rimer "espagnole" et "épeule"… Je l'ai toujours dit : c'est le décalage, la transgression qui fait l'art, et pas la conformité. CQFD !
Vous souvenez-vous du titre flamboyant de Françoise Hardy en 1962 : "C'est à l'amour auquel je pense"

A propos de chanteurs, j'ai eu toutes les peines du monde à trouver le nom des compositeurs (et des auteurs parfois) du regretté Michel Delpech, quand on sait le succès de certains titres comme Laurette ou Wight is Wight (musiques de Roland Vincent). Il y eut également J-Jacques Debout, Pierre Papadiamandis (Pour un flirt, Marianne), Michel Pelay (Le Chasseur, Le Loir-et-Cher), Claude Morgan, etc. J'aime bien remettre les chaussures à leur pied et faire hommage aussi aux talents de l'ombre.

5. Lettre au Père Noël

Alors pour l'année prochaine, petit Papa Noël, j'aimerais formuler quelques souhaits :

Délivre-nous des marchés de Noël, où l'on vend de la camelote dans des chalets savoyards en contreplaqué ! Sauf celui de Strasbourg à cause du kouglof et du vin chaud. Et encore.

Délivre-nous des comiques et des standeupes niaiseux (stupid seuls-en-scène) sur les chaînes de ma box avec leur festivals de Liège, de Montreux et de Pétaouchnoque ! Profites-en pour éloigner aussi Stéphane Guillon et Gaspard Proust et remplace-les par des humoristes.
Un atome public


6. Le quart d'heure liturgique

Pendant que j'en suis aux prières, peux-tu négocier avec les hautes autorités que tu dois croiser avec ton traîneau, deux ou trois petites rectifications au Notre Père (Pater noster) officiel, je veux dire celui adopté en 1966 mais qui me paraît comporter quatre bizarreries qui m'agacent :

…"Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour" : ???
Autant le "notre pain quotidien" de l'ancienne version pouvait se concevoir — "N'oublie pas mes petits souliers aujourd'hui" — autant ce pain "de ce jour" m'interloque un poil, car il me paraît une revendication tautologique quasiment offensante à l'égard du Très-Haut. Autrement dit "Fais gaffe qu'il soit pas rassis" ?

…"Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés". Pléonasme, sortez des rangs : le comme veut déjà dire aussi ! Eh ! Il est sourd à ce point-là ?

…"Ne nous soumets pas à la tentation" a remplacé "Ne nous laissez pas succomber à la tentation". Ici, le pécheur devient exigeant : non seulement il ne saurait résister, mais en plus il préfère n'y être point soumis ? Trop facile !

Et comme une incohérence ne vient jamais seule, "Amen" s'est substitué à "Ainsi-soit-il". 
Amen

Je dis ça je dis rien, moi je fréquente plus, c'est juste pour aider les camarades croyants. S'il en reste…

7. Méditation sur la merlitude des choses pour terminer sur un truc un peu plus goulu

Merle alors
Et je regarde le nid, le vrai nid en vraie paille qu'une merlette un jour avait fabriqué sur mon balcon, une certain printemps enchanté, habité toujours par deux œufs bleu pâle qui n'avaient pas éclos. Je me dis que cette architecture exquise purement programmée par la nature est un miracle. Comme la toile calibrée d'une araignée. Comme un milliard de choses. Pourquoi s'étonner de ce miracle et qu'y a-t-il de si extraordinaire ? C'est harmonieux du simple fait que cela est. Pas compliqué. Et que notre mesure du Beau se fonde précisément sur ce qui préexiste. N'est-il ? (doesn't it ?)

La prochaine fois, je parlerai de sexe, ça changera.

Car

N'oubliez pas que

La petite nonne aime les grands bœufs.

Votre dévoué 
Devil à mots

_______

Notes :
1. Jean Ferrat (Nuit et Brouillard, 1963)
2. Gianni Esposito (Un Noble rossignol, 1968)
3. Jacques Higelin (Je veux cette fille, album Alertez les Bébés, 1976)