15 juin 2009

Sarko : Y z'en r'demandent !
















Variations sur l'obéissance,
le conditionnement,
la cohérence
et autres broutilles



Moi

D'après un sondage TNS-Sofres-Logica publié pour le Figaro,(1) la cote de Sarko augmente (41 % en juin contre 32 % en mai) !

Autrement dit, ILS EN REDEMANDENT !

[Je m'en plaignais à l'ami Julien quand celui-ci m'a envoyé quelques réflexions personnelles fort dignes de figurer dans ce blog pour alimenter le débat.
Voici donc son utile et humoristique contribution :]


Lui

De qui tu parles ? haaa... celui-là ? Sa Très Tonitruante Majesté comme
dirait Patrick Rambaud ? Sa cote de popularité dans les sondages ? Oui
bon ben. C'était pas Pierre Giacometti (un pourtant si joli nom) qui
dirigeait l'institut de sondage Ipsos et qui a eu la légion d'honneur
récemment ? Alors les sondages...

Ça me fait penser qu'il faudrait que je bosse sur un scénario pour le
troisième anniversaire de règne du nabot, j'ai déjà le titre : "Les 3
ans du con d'or".

Plus sérieusement, moi je me dis que ça ne m'étonne pas, qu'un paquet de gens en redemande : tant qu'on n'est concerné que de loin par les effets (néfastes) politiques et qu'on écoute de loin (sur TF1) ce qui se passe pour les autres, qu'on s'en tient aux mensonges officiels si superbement et assurément assénés, y a pas de soucis à se faire... Demande dans la rue l'avis des gens et combien répondent "oh vous savez moi la politique, j'y connais pas grand chose" (70 % d'abstention dans mon département pour les élections européennes dont pourtant il est dit que
le parlement qui en est issu détermine à 70% des choix législatifs qui gouvernent la marche de notre pays). Même Berlusconi a été réélu, même Bush (ah tiens, pas Poutine ? Si en fait). Alors pourquoi qu'en France on ferait pas comme d'habitude, comme les Américains avec 10 ans de retard ? Les mécontents peuvent bien être TRES mécontents, tant que la majorité ne se plaint pas trop sinon comme d'habitude, de l'augmentation de la recrudescence et du mauvais temps du mois de juillet...

J'entends même des gens dire, à propos d'HADOPI et de la LOPSI 2 qu'un
peu moins de liberté c'est pas bien grave quand on a rien à se reprocher
et que ça procure un peu de plus de sécurité.







J'ai reçu depuis peu ma nouvelle "box" internet avec la TNT (nous
habitons la seule et dernière région de France qui ne reçoit pas la TNT
par les ondes hertziennes, je vous jure madame c'est vrai) et j'ai revu
le film avec Yves Montand "I comme Icare" sur une chaîne pleine de rediffusions. Il y est question d'une étude "psychologique" (assez célèbre et que tu dois sans doute connaître) qui met en scène une
victime quelconque et un bourreau tout aussi ordinaire (le mec doit
envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes à chaque
mauvaise réponse d'un questionnaire simple après avoir mémorisé les
couples questions/réponses). Cette étude tendant à prouver que, sous
l'injonction d'une autorité supérieure dont on ne remet pas en cause le
bien fondé et qui nous fait croire que c'est elle qui prends ses
responsabilités (l'étude fait croire qu'il s'agit d'une enquête
universitaire ou genre CNRS sur les méthodes de mémorisation et croire
au bourreau que sa victime – qui est en fait un complice et les
décharges fictives – est un "cobaye" comme lui et que leur rôle a été
tiré au hasard) 63% des gens sont capables de se transformer en
véritable agent tortionnaire et d'administrer des décharges quasi
mortelles à une victime parfaitement innocente qui ne leur avait
strictement rien fait.

Wikipédia me confirme qu'il s'agit des expériences du psychologue
américain Stanley Milgram sur la soumission à l'autorité au début des
années 60.

(voir lien plus bas)

Par ailleurs, les Socialistes auraient pris une raclée aux dernières
votations ? Peux-tu, toi qui lis le Nouvel Obs, me dire ce que pensent
les Socialistes ? Faire une synthèse de leur positionnement politique,
un dessin du dessein qu'ils envisagent pour la marche de la société ?
Comment voter pour un parti qui laisse s'égarer dans toutes les
directions des gens aussi épars qu'un Jack Lang, un Benoît Hamon,
Martine Aubry ou Ségolène Royale, Fabius, Mosco, Cambadelis, etc. etc.
etc. etc. Je ne réclâââme pas comme une vieille gaulliste amoureuse un
"leader" oulalala non, mais ça fait combien d'années que le PS annonce
qu'il faut qu'il se rénove ? Pas étonnant qu'il ne fédère plus ! Je ne
suis pourtant pas sensible au discours de la majorité gouvernementale
qui rabâche sans cesse que le PS n'a pas d'idées : au contraire, j'ai
presque envie de dire qu'ils en ont trop !












Tiens, justement, je suis plus surpris (ou juste affligé) que les vieux
gaullistes qui semblent devenir go-gaulliens à les voir se laisser ainsi
piétiner par la bestiole à talonnettes, à manger leur chapeau de Jean Moulin et avaler son écharpe rouge comme autant de couleuvres. Faut dire qu'il doit plus tellement en rester de vivants, et ceux qui se souviennent sont tellement vieux ! C'est pas très rassurant.

Et pourtant, 28% de votants umpistes, mais 70% de "pas pour" (bah oui,
tu crois franchement, par exemple, que ce qui reste de l'électorat du Fn
aurait envie de voter sarko le cas échéant ?) et 2% de je sais pas quoi.

Tout n'est donc pas perdu pour notre avenir (oui, oui, le tien aussi) et
sans doute est-ce pour cela que certains s'échinent à rendre moins
respectable "l'autorité" pour qu'elle puisse dès lors être mieux
contestée. Ce qui est amusant, c'est qu'un truc comme le
casse-toi-pauvre-con y participe ! Le vilain bonhomme porterait-il en
lui les germes de sa propre destruction ?

Pour compléter mon propos au regard des résultats de l’expérience
de Milgram et notamment à l’aune de ses variantes, je rajoute :

Trouble au sein de l’autorité :

« Lorsque l'autorité donne des ordres contradictoires, le taux
d'obéissance chute de manière très nette pour être nul. ». Ainsi nous
pourrions dire que le désordre au PS nuit clairement à son adhésion
électorale. Mais si on va un peu plus loin, la conclusion dit « Avant de
décider quoi faire, le sujet essaye généralement de déterminer quelle
est l'autorité la plus légitime, mais ne pouvant la trouver, le sujet
suit les ordres qui sont les plus conformes à sa conscience. ».

Ainsi les contradictions apparentes du PS tendent à ce que l’électorat
de gauche vote de manière plus conforme à sa conscience et moins par «
obéissance ». Ainsi, les préoccupés du réchauffement climatique voteront plus facilement (j’emploie le futur exprès de manière péremptoire, ça fait plus sérieux) Ecolo, quand les soucieux du chômage et les exclus de l’enrichissement capitaliste voteront eux plus à l’extrême gauche.
Inversement, quand tout un gouvernement ne parle que d’une seule voix, la mettre en doute ? Il faut donc faire taire la moindre parole dissonnante ou critique. Et là, avec ce gouvernement, les exemples ne manquent pas, sans parler de tout l’intérêt qu’il y a à n'avoir qu’un «
parti unique de droite ».

Proximité de l'élève :

« Les résultats montrent que plus l'apprenant est loin du sujet, plus
l'obéissance est importante. Ce dernier se sent moins concerné s'il est
éloigné de l'élève, car il n'est pas en contact direct avec les
conséquences de ses actes. »

Il est donc fondamental de maintenir éloignées le plus possible de la
vue et de l’ouïe, et surtout du contact de l’électeur de base tout ce
qui pourrait heurter la (fondamentalement) bonne conscience des gens :
les images des guerres en sont le principal exemple, mais on pourrait
aussi parler des « camps de rétention », dont on voit si peu d’images,
des tentes des « Don Quichotte » qui sont évacuées le soir même, des
prostituées qu’il faut cacher, des journalistes qu’on perquisitionne ou
met en garde à vue le plus discrètement possible (tout en agitant quand
même le torchon de la répression), ou même des manifestions ça et là qui sont fort peu retransmises dans les médias « main-stream » (spécial
anglicisme pour toi) sinon uniquement pour en montrer les exactions ou
débordements, si ce n’est pas carrément la Police qui interdit qu’elle
soit filmée par « respect pour son droit à l’image », etc.

Rôle du groupe :

« Le pouvoir du groupe est aussi très important […], où le conformisme à
l'attitude du groupe et le partage de la responsabilité occasionnent un
taux d'obéissance bien plus important que le simple ordre de l'autorité.
Ainsi, psychologiquement, le sujet ne se sent pas coupable des
souffrances de l'élève, bien que son rôle soit primordial dans la chaîne
aboutissant aux décharges électriques. »

Dés lors, quelle aubaine que la publication des sondages ! Quel
formidable outils pour induire l’idée qu’un (plus ou moins) grand groupe
(pas nécessairement une majorité, même si c’est « mieux ») adhère,
souscrit ou accepte telle ou telle pensée ou idée. Peu importe qu’il y
ait 70% de gens qui n’aient pas voté UMP, pourvu qu’ils soient
disséminés, l’important est bien de signifier qu’un groupe (28%) fasse
cohésion. Prenons n’importe quel thème et il en sera de même : peu
importe la grandeur des chiffres, le sondage permet déjà d’offrir une
représentation d’un « groupe ». Nous avons déjà largement constaté par
le passé le phénomène avec les idées d’extrême-droite.

Stratégiquement, il conviendrait peut-être de regarder les choses dans
une optique de déconstruction (on dit « dans une optique » ou avec une
optique ?) :

La désobéissance à l’autorité devient possible quand celle-ci perd de sa
légitimité et de sa supériorité, de sa cohésion de parole et de
l’unicité et cohérence de ses ordres, de l’adhésion massive d’un groupe
et que les agents qui lui sont soumis se sentent plus concernés,
notamment par la proximité avec le sujet de leurs méfaits.

Ah bah tiens, voilà qu’on nous reparle de la grippe porcine… Ouais mais
c’est un autre sujet. Enfin presque.

Ju.

















Moi :
Y a déjà un bout de temps que je me suis désabonné du N'Obs…

Lui :
Ah, condoléances.

Moi :
Vraiment, vivement la retraite à 105 ans.

———————
Citations extraites de "Variantes de l'expérience de Milgram" sur
Wikipédia

———————
(1) La page du Figaro en question


Ne poussez pas ce veau dans la rizière !

DERNIÈRE MINUTE :

Wouaf spécial, à propos de Yann-Arthus Dieu-le-Père et de son film pédagogique HOME, qui fait sensation dans les salons bobo (très joli film, d'ailleurs). Je viens de trouver un point de vue enfin à contre-courant de cette nouvelle philosophie naturophile qui, comme le "Carpe diem" des diaporamas pps à la con qui polluent ma boîte électronique, devient l'alpha et l'omega de la pensée à la portée de tous ! Débat !



08 juin 2009

Elections : Strasbourg, vue de ma fenêtre





























La cathédrale,

Le Parlement























Qui c'est qu'a gagné, par chez nous ?

1. Le "parti des abstentionnistes" (pardon pour le cliché). Pas de pot, les absents ayant toujours tort, les autres ont décidé pour eux. Et l'Europe continuera à édicter ou inspirer des lois, voter des directives qui influeront, sans qu'ils aient leur avis à donner, sur leur vie quotidienne !

2. Arthus-Bertrand. Ce mec-là est devenu notre maître à penser sur l'avenir de la planète. Pour ça il a l'arme absolue : de belles cartes postales et le soutien de la société du spectacle.

3. Les thermomètres. C'est comme ça que j'appelle les journaliss, maintenant (en vertu de leur credo "C'est pas nous qui faisons l'actualité, on n'accuse pas le thermomètre lorsqu'il fait trop froid" — voir nos autres chroniques). A force de nous vendre l'abstention, à force de ne jamais parler des débats (à part le vin rosé ou le beurre de cacao), on a fini par oublier qu'elle existait, l'Union européenne…
Il était plaisant de voir, lors de la soirée après élections sur France 2, ramer les thermomètres pour toujours aiguiller la discussion sur des questions de personnes ou de stratégie politique franco-française ! Ouaf ouaf ! Il n'y a eu que Daniel Cohn-Bendit pour esquiver !

4. La flemme intellectuelle. On nous dit rien. C'est trop compliqué. Avec pour sauce d'accompagnement : les politiques, ils nous baladent. En trois clics, cependant, et même avec un pc ordinaire, y a moyen de savoir deux ou trois choses, ou je me trompe ?

5. La défiance, enfin, envers une opposition "de gauche" institutionnelle qui ne sait plus où elle habite.

Et si on parlait de l'Europe ?

Et si on se mettait maintenant à en parler un peu plus, de l'Europe ? Si on parlait des débats, des projets de lois, des alliances, de ce qui nous pend au nez ?
Chiche !

28 mai 2009

Je sais pas vous, mais moi je vote
































La Corse est toujours aussi magique. Peut-être les hommes y sont-ils pour quelque chose… (en n'en faisant rien ?)




LES BELLES EUROPÉENNES



Les médias s'abstiennent (de faire leur boulot)

"Vers un nouveau record d'abstention le 7 juin" (La tribune.fr)
"Vers une abstention record aux européennes" (Le Figaro.fr)
"L'Europe des Vingt-Sept aborde la période des élections au Parlement dans la crainte d'une abstention massive" (Le Monde.fr)

"La menace d'une abstention record…" etc. (Le Point.fr)


A force de nous vendre l'abstention comme une fatalité, Lémédias oublient de rappeler qu'une grande partie de la sauce à laquelle nous sommes tous les jours mangés vient de la Communauté européenne. Dans quelle proportion ? 60 % ? 80 % ? Impossible à déterminer ? Le débat est ouvert (voir ici par exemple)… Moi quand je vois les délires sécuritaires et précautionnitaires et hygyénophiles et libre-concurrençophiles qui envahissent notre quotidien AU NOM DE L'EUROPE, je m'interroge naïvement comme un perdreau de l'année que je suis. Heu… Cette loi sur la hauteur des poignées de portes dans les crèches ou sur le beurre de cacao dans le chocolat, quand en a-t-on causé ? Et que puis-je en dire et à qui ? (Je prends des exemples extrêmes, certes : j'aurais pu parler de broutilles, comme la casse des services publics ou la disparition de la notion de Bien commun…) Autrement dit, ce gros machin qui pond des interdits et des passe-droit comme curés pédophiles dans le clergé, ce monument, où le visite-t-on ?

L'Europe, c'est pas sexy

L'Europe, c'est pas glamour, nous serinent jusqu'à la garde les journalistes de Légrandmédias, qui comme chacun sait, sont des foudres de pertinence et de conséquence. Arlette-gai-luron-Chabot, directrice de l'info sur un service, heu, public, de télévision, déclare sans rire en gros que c'est pas de sa faute, c'est les politiques qui rendent pas ça excitant(*)


On n'est que des thermomètres

On rêve ! Revoilà l'antienne : on n'est que des thermomètres ! Et ils y croient encore ! Le gouvernement parle de sécurité pour exciter son électorat, ça c'est de l'info ! On n'est que des thermomètres ! (et bien sûr, le contexte de panique pour la présidentielle de 2002 , on n'y est pour rien !)

Je sais pas vous…

Alors voilà, je sais pas vous, mais moi, le 7 juin, j'irai voter. Il n'y a qu'un seul tour, c'est à la proportionnelle (donc, la chance aussi d'y voir représentées des tendances un peu moins consensuelles) et il ne fera pas beau temps : pas la peine de partir en week-end. Ou alors au retour, c'est encore possible. Et si décidément vous y mettez de la mauvaise volonté, le vote par procuration est facile si l'on ne s'y prend pas au dernier moment (voir les liens ci-dessous).
______________

*(Dernière minute : je dois à la vérité de reconnaître qu'elle a été la seule, jeudi 4 juin, à organiser un débat sur une grande chaîne. Houleux mais pas inutile à bien des égards : il n'est jamais trop tard pour bien faire…)

Si vous voulez tout savoir sur le fonctionnement du grand machin, c'est ici ou ici

Un point de vue intéressant sur le sens des élections : là !

Et un autre, qui pose la question de la Commission européenne : clique !


SINON, JUSTIN, QUOI DE NEUF ?

La grippe pas-porcine pas-mexicaine mais qui fait peur

On nous explique que cette grippe est une grippe ordinaire, qu'il n'y a somme toute que 100 morts à ce jour (contre entre 250 000 à 500 000 morts pour les autres grippes), mais qu'il faut avoir très peur. D'ailleurs on en a parlé pendant des semaines dans les lucarnes et sur les feuilles de chou. Cherchez l'erreur ?






Conso : Simply nase














Il y a un peu plus d'un an, mon petit supermarché ATAC a été refait. Je n'avais pas compris à l'époque pourquoi c'était devenu si moche : tubes fluos, déco tartignole, rayonnages style usine. J'avais l'illusion que quand on faisait des travaux, c'était pour faire mieux. J'avais oublié la logique marquètigne : pour vendre en donnant l'illusion que c'est moins cher, il faut adopter un style bas-de-gamme. Forte remise (Hard discount). Voilà c'est fait : les supermarchés ATAC sont donc devenus un peu partout "Marché simplement" (SIMPLY MARKET), vous voyez le génial concept ? Jaune-vert-rouge, un logo dessiné sur un coin de table par un étudiant de première année au conservatoire amateur de Bouzin-sur-Godiche, choix réduit, quelques baisses de prix et le tour est joué !
Ils ont gagné : je n'y vais plus (et apparemment je ne suis pas le seul) !


In my basket

A propos de la soumission généralisée à l'étazunisation des esprits, j'ai dégotté ces dernières semaines ces quelques perles pour mon basket :

Les jus de fruits frais mélangés de diverses marques, c'est maintenant des "SMOOTHIES" : très bons d'ailleurs, (et très chers), et ça fait causer les langues étrangères !…
Pub dans "Questions pour un champion", pour un lot : "Pour toutes vos utilisations OUTDOOR"… Ahouttdor, ça vous a quand même une autre allure que "dehors", quand même !!!
RENAULT LAGUNA : "BLACK EDITION"
AFFLELOU, pour dire "L'année prochaine" en pied-noir, il dit "NEXT YEAR". Unbelievable, isn't it ?
PHILIPS : "SENSE AND SIMPLICITY"
BRITA (je ne sais même plus ce qu'ils vendent : des filtres à eau ?) : SENSE TECHNOLOGY !
LG : "LIFE IS GOOD"
PEUGEOT : On n'a que l'embarras du choice : "EXPERT TEPEE", "BIPPER", "PARTNER",… et les déclinaisons des différents modèles : "SPORTY ESSENCE MONOCORPS" (???), "TRENDY ESSENCE 3 PORTES" (pourquoi pas 3 doors ?), URBAN ESSENCE, and so on…
ORANGE "OPEN", etc.

Je n'aime plus mon époque

Mais plus encore que l'anglicisation généralisée de la langue — les Suisses, les Allemands et les Belges avaient déjà quelque avance sur le sujet —, c'est la "libéralisation" étazunisoïde des esprits qui me frappe. L'autre matin, sur France inter, le patron d'une compagnie aérienne laho coste ("à bas prix", c'est moins chic), AVION-À-RÉACTION-FACILE (Easyjet) défendait le dédale invraisemblable de ses suppléments (carburant, bagages, robe de l'hôtesse, glaçons, accoudoirs, hublots, taxes diverses) par ces mots : "Notre client, s'il n'a pas de bagage, il n'y a aucune raison qu'il paie pour celui qui en a un". Tout est là ! Notre nouveau mode de relations sociales. "Il n'y a aucune raison pour que je paie pour les autres". Ainsi pourrait-il en être pour les routes, les écoles, les hôpitaux, la justice.
C'est vrai, quoi : je ne regarde le foot que deux fois par an et pourtant je paie allègrement pour le Paris-St-Germain dont je n'ai rien à taper : scandale ! Je ne vais plus à la médiathèque et je n'ai pas d'enfant malencontreux à mettre en centre d'accueil : scandale !
On vit une époque formidable. Non. Il faut dire mieux : "Je n'aime pas mon époque". Parce que disant cela, on reprend les propos de Claude Lévy-Strauss. Et ça, ça vous a quand même une autre gueule !

ET SINON ?

Je n'avais pas vu "DANSE AVEC LES LOUPS", que je prenais pour une grosse daube sentimentalo-simpliste. Etonné que deux ou trois jours après son visionnement à la télé, j'y aie repensé, avec plein de questions sur la violence redneck des conquérants, sur la cohérence rassurante d'une tradition. Revoilà Lévy-Strauss.
VILLA AMALIA, de Benoît Jaquot : un film presque complètement réussi, mais qui perd dans la deuxième moitié un peu de son passionnant mystère. Isabelle Huppert y est comme d'habitude grandiose et ambiguë.
Revu pour la dixième fois LES 400 COUPS. Peux pas en parler, je pleure. Mais ça, c'est parce que le Paris et le milieu décrits dans ce film de la Nouvelle Vague sont mon enfance.
A propos de nostalgie (décidément, je vieillis, non, ça ne se voit pas), j'ai téléchargé le CYRANO DE BERGERAC de Claude Barma (1960) sur le site de l'INA, avec l'immense Daniel Sorano et Jean Topart, Michel Le Royer, Noiret, Galabru : que du bonheur ! Quand je pense aux bouts ridicules que j'en avais vus avec Belmondo dans le rôle titre ! Je vais me revoir LES PERSES (un truc de ouf, musique contemporaine et tout, passé à 20 h 30 sur les lucarnes magiques en noir et blanc en 1961) !
LE BAL DES ACTRICES : pétillant, malin, mauvais esprit et tout. J'ai aimé mais il ne m'en reste pas grand chose. Bizarre.
DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE : Pour le climat (brumeux) et le savoir-faire de Tavernier. Goûteux.
Lu OÙ ON VA, PAPA ? qui a beaucoup ému les jurés du prix Fémina. Pétillant, malin, émouvant, mais répétitif. Vous savez ? C'est l'histoire de ce père de deux enfants "différents", et qui ose l'humour (avec brio).
En cours, le dernier Kundera, UNE RENCONTRE, qui m'énerve depuis qu'il se prend pour un penseur. Hé ! Cette fois-ci, pour moi, ça marche. Je vous en reparlerai sans doute. Autant dire avec doute.
Dernière minute : FRAGMENTS, de BECKETT, aux Bouffes du Nord.
Il faut croire que les grands artistes jouent l'épure en vieillissant. Ce fut le cas de Miro et Matisse. Peter Brook, depuis toujours, travaille l'essentiel du théâtre : autrement dit, tout ce qu'on ne peut enlever. Et même s'il nous a éblouis il y a loin déjà avec de grandes épopées (Shakespeare ou le Ramayana), il a toujours concentré son travail sur l'acteur et la suggestion. Ce pourrait être un théâtre d'appartement. Le plus souvent c'est juste. Parfois on aurait eu envie d'être un peu plus transportés, scotchés, étonnés. Le voilà aujourd'hui s'attaquant à un auteur minimaliste. Un philosophe déguisé en histrion de l'absurde. Ces quelques FRAGMENTS du théâtre de Samuel Beckett ne mettent en scène qu'un, deux, ou trois personnages. Des sortes de clowns métaphysiques. Qui témoignent du vide et du regard attendu aux fenêtres. De l'humoristique et tragique condition humaine. C'est beau, c'est pur, c'est poétique, c'est drôle et c'est court. Et ça se joue encore jusqu'au 20 juin.


Portez-vous bien et n'oubliez pas d'aller voter.


Le démagogue a plongé plus de deux mois dans la foule !

(Piqué à Joël Martin in La bible du contrepet, Bouquins)

L'Ami dévot

14 mars 2009

Sex toys, Lorenzaccio, médiane et communautés




















Ah ! Si je prenais le temps de faire une vraie chronique, cette fois, j'en aurais, des sujets qui m'ont agité les neurones et le reste !

Paresse
Par exemple, la notion de "travail" (une denrée qui se fait rare, ces temps-ci, paraît-il) : ça commence où, le "travail" ? Quand je perçois une rémunération ? Par exemple, un jardinier à la ville de Paris (c'était le métier de mon père) "travaille". Donc, quand tu bêches dans ton potager, ça compte pour du beurre ? Dit-on que je travaille si ce que je fais est pénible (par exemple chanteur, romancier, fleuriste, auteur de blog) ?
Si vous êtes un travailleur intelligent qui "performe", jetez un œil à "l'essai de psychanalyse appliquée" de Catherine Blondel "Quand le travail fait symptôme" (Vis-à-vis éditions). Spécial copinage. J'ai toujours évité d'avoir un potager, personnellement.

Pas de perspective
Si je prenais le temps de faire une vraie chronique, sans doute parlerais-je de Lorenzaccio, tragédie du désenchantement, à Aubervilliers, jouée avec une énergie et une créativité revigorantes par une bande de surdoués (surtout les acteurs mâles, pour une fois)… Et pis : un drame romantique monté de façon brechtienne, c'est culotté. Trop tard, mais pour les autres créations de Gwénaël Morin, c'est aux Laboratoires d'Aubervilliers et c'est gratuit. Renseignez-vous.

Sex toys
Peut-être évoquerais-je à mots couverts une chorégraphie bien singulière vue au Dansoir de Karine Saporta, superbe yourte au pied de la BNF à Paris. Qu'est-ce qu'induit dans l'énergie des corps et leur dessin l'intromission bienencontreuse d'un godemichet ? Ça s'appelle "Pâquerette", c'est tout sauf pornographique, et je crois que le spectacle continue de tourner. Renseignez-vous. Si vous avez internet, naturellement.

Crise des sub-présidents
Si je prenais le temps de faire une vraie chronique, je me demanderais avec une mauvaise foi certaine comment il se peut que le petit Nicolas, s'étant clairement prononcé pour les prêts hypothécaires "comme les Américains et les Anglais" (14 sept 2006), s'étonne que les 5 % de chômeurs promis pour 2010 (discours du 20 août 2006) seraient probablement un peu plus nombreux ? Et pourquoi ce prophète du marché libre et décomplexé peut-il être devenu un apôtre d'une certaine régulation ?

La médiane, c'est moi
Tiens, puisqu'on parle de pourcentages et de chiffres… Nos journaux en sont pleins. Mais détrompez-moi si je me plante : 1 % de décroissance, c'est grave, et pourtant le PIB a augmenté (en volume) de 9 % au total pendant les six ans qui précèdent ?? (d'après les chiffres du site de l'Insee). Quant aux moyennes,… Dans ma famille, on a une moyenne de 51 ans (en comptant le petit-fils, qu'a dix mois). Ou 40,7 ans, si je compte pas ma mère. Quant à la médiane, qui est une valeur plus pertinente… Merde, c'est moi. On n'est pas jeunes, dans ma famille. Tout ça ne veut rien dire.

Je vieillirai donc
Coup de blues en fréquentant ces temps-ci un service de gériatrie. Alors c'est vrai, nous aussi on va vieillir ? Ça scandalise l'enfant qui est au fond de moi et plus encore l'homme en pleine force de l'âge qui se croyait vert toujours, et ardent à jamais. Un de mes personnages le disait pourtant en 99 (dans une pièce de théâtre trop méconnue) :
"Je vieillirai donc. J'aurai de plus en plus mal aux jambes. Ma peau s'allongera. J'aurai du papier à musique dessiné sur le cou, des parenthèses sous les oreilles, des soupirs autour des yeux. Des taches brunes sur les mains : do mi sol do… Je n'entendrai plus les notes aiguës. Je verrai de plus en plus blanc. Je rapetisserai. Et puis un jour je ne reconnaîtrai plus les gens.
Quel souvenir gardera-t-on de moi ? Celui de la petite fille cueillant des fraises sauvages, de l'ado boutonneuse ou de la vieille cacochyme ?… Nous aurons été si nombreuses !"
Mais un jour, quand j'aurais le courage de faire une vraie chronique, je parlerai du recul bénéfique que donne l'âge mûr sur l'inconstance des hommes…

Hier ist kein warum
Vous l'avez lu, sans doute. J'ai enfin terminé un livre dont la lecture devrait être obligatoire ! Sur un sujet qui pourtant m'archi-gave à force d'être ressassé et porté comme le drapeau universel de la mauvaise conscience. Une autobiographie sobre et simple, mais qui contient et interroge les méandres de l'âme humaine. Car tout y est : la noirceur, le mensonge, la cruauté, la bêtise, le courage et l'humour. Sans leçon définitive. Tout y est "questionné", comme on dit aujourd'hui, à commencer par "C'est quoi, un homme ?" Ça commence où, si l'on peut le réduire à une loque, une ombre, un nombre, et qu'il peut malgré ça parfois renaître en lui-même ? "Hier ist kein warum" : ici, il n'y a pas de pourquoi, se disent-ils dans le camp. Voyage au bout de ténèbres accompagné par quelqu'un qui connaît la musique et pour cause, il y a vécu… et miraculeusement survécu. Si vous voulez éviter le énième "thema" d'Arte ou la 6729e émission de France-Culture sur le sujet, lisez plutôt "Si c'est un homme" de Primo Levi. Vous saurez tout sur l'horreur des camps, la solution finale, la conscience soudaine de la "judéité", et vous aurez tout compris.

Giulio Einaudi édit., 1958
Julliard pour la trad. française, 1987
(et sans doute édité en poche)


Communautés
A propos "d'appartenance", aujourd'hui dans not'beau pays, Guy Konopnicki vient de publier un bouquin où, lassé que les uns ou les autres ne puissent plus être définis que par leur supposée religion et même "définis" tout court — "jeune", "gay", "juif", "arabe", "black", il revendique "le droit d'être un citoyen banal" dans un pays laïque et républicain. Spécial copinage : "La banalité du bien, Contre le culte des différences", Editions Hugo & Cie.

La législatite
Tiens, on a perdu des mots, ces temps-ci : Education, Sensibilisation, Ouverture, Responsabilité. Ils ont été remplacés par Interdiction, Répression, Punition (voir> Législation). C'est vrai que ça commençait à bien faire et fallait réagir, tout de même : Tabac, alcool, sécurité routière, obésité, piscines, crise, voies Sncf, traçabilité alimentaire, téléchargement, lait cru, droit à l'image, pensée incorrecte, bruits et odeurs : nous sommes cernés !
Vivement le Grand Guide ! Qu'il n'oublie pas le danger du verre de vin, récemment démontré par l'Académie.
D'une respectable ancienne militante plus qu'octogénaire rencontrée l'autre soir : "Cette époque me fait penser aux années 37-38…" Ça exagère toujours, les vieux.

Fashion style
Je suis devenu régionaliste en regardant l'émission culturelle de référence sur M6, la Nouvelle Star. La plupart des candidats choisissent une chanson en anglais. Pourtant, l'espagnol ou le russe, c'est beau ! Mais depuis que le monde est devenu mondial — On fait un nouveau take pour ta voice-over, coco, pis je fais un fading — je ne vais pas défiler sous la ringarde banderole "Causons la France", quand même !
Il faudra que j'en cause à J-Pierre Pernot :
– Dans la région de l'Ouest-monde, une petite peuplade continue de façon charmante à employer des expressions désuètes, comme "en direct", "influence" ou "chef d'équipe" – entendez "live", "impact" et "manager". A l'heure de la mondialisation, cette charmante tradition mérite d'être saluée.
Et je pourrais dire avec Sarkozy : "Je signe la déclaration des pays orientals" (sic) (Bxl, 01/03/09) !! Je sens que Julien va encore me traiter de vieux croûton.

Si je prenais le temps
Enfin, si je prenais le temps de faire une vraie chronique, j'évoquerais le très beau film de Desplechins, que j'avais manqué à sa sortie, "Conte de Noël", pétillant d'intelligence, remarquablement servi par des acteurs impeccablement dirigés (Deneuve, Poupaud, Roussillon)… J'évoquerais l'incontournable Agnès Varda : "Les Plages d'Agnès", pour savoir ce que "cinématographe" (comme l'appelait Bresson) veut dire !! En revanche, je dirais que vraiment, je n'avais pas envie de donner 26 millions d'euros à Dany Boon, non à cause de ses Ch'tis, qui sont bien rigolos, mais parce que décidément ce monde marche sur la tête quand la répartition des gains est ainsi faite !

Et j'ajouterais :
Chouette ! Avec la crise, les Français consomment moins, du coup les magasins et les restaus sont vides ! J'y cours ! Merci la télé !

Au fait
Depuis le temps qu'on est censé le chercher, que devient Ben Laden ?

"La télé, c'est un travail plutôt pour les vieux, je trouve".

"J'aime bien les grèves. Ça me rappelle quand j'avais du boulot".

(Brèves de comptoir, tome 5, J-M Gourio)

P.S. NOUVEAU ! Il y a des très courts métrages de Justin Colbart sur Dailymotion :
Clique !





31 janvier 2009

Manif : les gens sont inquiets !!!































1. Commentaire belge

"Un énorme succès du n’importe quoi et de la culture d’émeutes à la française, oui. Ces gens défilent dans la rue pour dire qu’ils sont inquiets. Et alors, tous les gens de tous les pays du monde sont inquiets pour le moment, face à la crise. Pas besoin de défiler pour le faire savoir. C’est se retrousser les manches et faire des efforts face à cette crise qu’il faut. Marcher sur les avenues de Paris, et casser du matériel ou des flics, cela va changer quoi à l’inquiétude et à la crise ?"
Voilà ce qu'écrit un aimable correspondant belge sur un forum de la Libre Belgique.

Voilà sans doute ce que pense une frange conséquente de la population française formatée à la pensée moderne : à quoi que ça sert de défiler comme des nazes sous des banderoles ? Hein, franchement ?
D'autant que, comme ils le disent à la télé, "Les gens sont inquiets, c'est une crise internationale". Autant dire que le monde va comme il va et qu'on n'y peut rien, n'est-ce pas ?
Et puis après tout, les journées de 12 h et les enfants dans les mines, pas de retraite, pas de sécu, pas de protection du travail, pas de salaire minimum, c'était pas si mal, au fond…
Merde : c'est des gens qui ont défilé dans les rues et qui ont fait grève qu'ont obtenu ça, au péril de leurs salaires, de leur vie souvent ???? Broutilles ! Pets de sansonnet au regard de la réalité du marché et de l'incontournable mondialisation ! Soyons réalistes !

2. J'y étais
J'étais à la manif, avec mon petit panneau inutile. Sarko avait déclaré que "Quand il y avait la grève en France, maintenant on ne s'en apercevait pas !". J'ai écrit sur ma pancarte "Nicolas, cette fois, tu t'en aperçois ?" (voir photo). Au moins 100 personnes l'ont photographiée avec un grand sourire et des clins d'œil complice…

Rentré chez moi, je me suis aperçu que Lémédias avaient interprété "Les gens sont inquiets"… Bizarre : juste comme le discours officiel du gouvernement ! J'ai pas vu des gens inquiets, moi, j'ai juste vu des gens furieux de se faire rouler dans la farine depuis des mois avec une régression sans précédent des droits sociaux, un sentiment d'injustice criant devant la montée des inégalités et les cadeaux faits aux plus nantis… Autrement dit, un respect parfait des promesses du Petit Nicolas : (Faire) travailler plus pour (faire) gagner plus (aux actionnaires)…

J'ai vu TF1 passer dès 20 h 07 aux faits divers ; en somme, rien d'important ne s'était passé et il n'y avait que 38 % de grévistes dans tel secteur !

Ce qui me troue le plus (pour parler comme l'Aggripine géniale de Bretécher), c'est qu'à force de s'égosiller dans le vide on a vraiment le sentiment de ne plus exister… On va finir par le croire… Allez, tope là, restons modestes, c'est dans l'ordre des choses…

3. Laisse tomber, Raoul
Une des raisons qui me portent à croire que décidément, aujourd'hui, les sentiments d'injustice et l'envie de révolte se perdent, c'est que "MERDE, JE PEUX PAS ME PERMETTRE DE DESCENDRE DANS LA RUE, J'AI LE CRÉDIT POUR MA MAISON À FINIR DE PAYER"…

Piégés !

Cela dit, c'était sympa : pour la première fois depuis longtemps, il paraît qu'il y avait le Parti socialiste qui participait à une manif de gauche !

Tout fout le camp, décidément.

03 décembre 2008

Les colibris sont des cons

(Un dessin de Tignous emprunté à Marianne, juillet 2007)


Chaval avait publé en 1964 "Les oiseaux sont des cons". Je ne me prononcerai pas sur la question, mes connaissances ornithologiques restant assez rudimentaires. Il y a un colibri que je trouve stupide, en revanche, c'est celui qui va éteindre certains feux de forêt goutte à goutte. Mais bon : chacun sa croix, et les écolos seront bien gardés. Je vous propose pour cette édition (assez copieuse, pardon) un florilège assez hétéro (clite) d'humeurs sur des sujets aussi variés que les terrasses de café, Jean-Luc Mélanchon ou les chansons de Gérard Darmon, grand poète lyrique. N'hésitez pas à protester de vos commentaires acerbes : le mode d'emploi pour les publier est ci-contre.

LA GRAND'MESSE ÉCOLO

Les trois chevaliers de la chaufferette :
Martine Billard,
Noël Mamère
et Yves Cochet















1. Chauffer les courants d'air
Dans la catégorie "têtes à claques" de l'année, je ferais bien un joli paquet-cadeau avec les trois députés écolos de Paris qui sont récemment partis en croisade contre… les chaufferettes des terrasses : Yves Cochet, Martine Billard et Noël Mamère (fort sympathique par ailleurs) !
Ces trois défenseurs zélés de la planète considèrent en effet que les vrais responsables de l'effet de serre, ce sont les quelques fumeurs résiduels qui, privés de cafés où ils pourraient se livrer à leur coupable vice, se réfugient inconsidérément, — les pécheurs, les mécréants, les salauds ! — sur les terrasses chauffées. Horreur malheur ! Et contrairement à Saint Martin, M. Mamère ("Ah lala Mamère ! J'ai encor' d'l'argent pour bouère", disait une ancienne chanson) leur propose de "garder leur manteau".
D'abord, Noël, si tu y étais allé, tu saurais que sur les terrasses, même avec un chauffage au gaz, le manteau, on est bien obligé de le garder ! Et pis c'est sûr que c'est pas les clims des bureaux, les camions ni les usines qui polluent : c'est les trois chaufferettes. C'est pas la vapeur d'eau (voir chronique précédente) ni les centrales à charbon, c'est les chaufferettes.

2. Le colibri est un con
Alors, vient la fameuse parabole du colibri, que mon copain F. m'a contée l'autre jour. "Je fais ma part", confie le colibri en portant une goutte d'eau pour éteindre l'incendie de forêt, devant les sarcasmes des autres animaux. Je croyais qu'il l'avait inventée, cette histoire, et puis je vois qu'elle est connue. Ça vient d'un certain Pierre Rabhi ("La part du Colibri", Ed. de l'Aube, 4,66 € chez Amazon.com) "d'après une légende amérindienne". C'est joli, et à une métaphore on fait dire ce que l'on veut. Pour ma part, je trouve que le colibri est un con, et qu'il ferait mieux de militer pour changer les choses, ou à tout le moins de voter, ou à tout le moins de fonder une assoce pour acheter un Canadair ! Et en attendant, d'aider les pompiers.
Ma copine C. s'en mêle : "Je ne m'attendais pas à ce qu'un jour j'entende quelqu'un défendre l'idée que chauffer les courants d'air est une bonne chose !". Elle a raison, C. : c'est absurde ! Comme est absurde l'idée d'allumer la nuit pour éclairer ! (Chez moi, on disait "Je ne vais pas brûler le jour" !) Absurde également l'idée de se déplacer dans un truc en ferraille qui pèse une tonne (avec un rendement énergétique de 10 à 30 %) pour aller au travail ! Absurde d'acheter le moindre produit fabriqué en Chine qui est probablement le plus gros pollueur de la planète !
L'homme est absurde ! La preuve : il a inventé l'art (qui ne sert à rien), les religions (qui foutent la merde)… et les écolos purs et durs !
La civilisation est précisément fondée sur la lutte de l'homme contre la nature (et pour une fois je suis d'accord avec J.-M. Ribes), ce truc parfait qui fait juste les cyclones et les tsunamis… Et je ne suis pas loin de penser que le vrai drame écologique, c'est la démographie galopante. Qui en parle ?
Mais je m'enflamme. F. me fait remarquer que C. est Suisse, et qu'à ce titre elle est habituée depuis son plus jeune âge à faire attention à la portée environnementale de ses faits et gestes. La Suisse, ce beau pays où l'étiquette des pots des yogourts est séparée du plastique à cause du tri sélectif. Je m'esclaffe ! Le pays de GLENCORE, qui pollue les eaux et rase des villages en Colombie… Le pays de NOVARTIS, le groupe pharmaceutique qui se bat avec l'état indien en 2006 pour rendre impossible l'accès d'un médicament anticancéreux aux pauvres par l'intermédiaire des génériques… Celui de SYNGENTA qui commercialise aux Etats-Unis un pesticide dangereux (l'atrazine) interdit en Europe !

3. La culpabilité
A cette étape du politiquement, culturellement, écologiquement correct, on rejoint une des pulsions les plus enracinées de l'âme humaine : le goût de la culpabilité. Entre les trois sodomisateurs de diptères cités plus haut et les zélateurs judéo-islamo-chrétiens de tous ordres, il y a en commun cette irrépressible propension à vouloir expier (je ne suis qu'un colibri mais il faut que je paye) ou encore à désigner les fautifs avec délectation. Là, on touche au retour du refoulé, le père-fouettardisme chevillé au corps de certains de nos contemporains et moult fois stigmatisé ici.
Allez ! On va pas changer l'âme humaine.


PETITES CHOSES

Basse consommation
Les ampoules "basse consommation" durent au bas mot trois fois plus longtemps (prouvez-moi le contraire, j'en ai chez moi), mais elles coûtent cinq fois plus cher. En plus, elles contiennent du mercure (d'après Wikipédia). Merci Mazda. Ah lala, le bilan écologique d'un truc, c'est toujours vachement plus compliqué qu'on croit !

Abandonnez votre enfant
Vu qu'ils ne veulent plus de l'avortement, les Etats-uniens ont inventé l'abandon légal d'enfant. Si Alexandre refuse son biberon, allez le déposer au Nebraska (jusqu'à 30 jours depuis la nouvelle loi, dépêchez-vous !)…

Educateur d'éducation !
Je viens de remarquer que l'appellation des profs de sports, depuis longtemps à l'Educ' Nat' qui adore les sigles, c'est "Prof d'EPS". Autrement dit "Professeur d'EDUCATION (physique et sportive)" ! C'est comme ces politiques ou ces journalistes qui parlent de "petite" ou de "grande" PME (autrement dit, une petite ou grande PETITE ET MOYENNE ENTREPRISE !) Je suggère : "l'apprenti d'apprentissage".

Obama
Comme l'a dit Hollande au lendemain de l'élection d'Obama : "C'est le président des Etats-Unis, ce n'est pas le président du monde…" Un petit coup d'œil aux programmes télé de ce soir, tiens : combien de séries ou de téléfilms états-uniens sur les chaînes principales ? Allez, on parie ?
Nouveau slogan de combat pour les affligés du travail, comme me voilà : YES, WEEK-END !

Légère érection pour le Pdg (Parti de Gauche)
Vous allez rire : Mélenchon m'excite ! Il est moche, mais il m'excite ! Ses prestations sur France Inter ce matin ou encore sur Public Sénat ce soir (FACE À NOUS) ont été brillantissimes ! J'attends de voir, mais les résignés du libéralisme, les comptables, les réalistes, finissent par m'emmerder : plus je vieillis, moins je deviens "raisonnable". Ce ne sont pas les idées sages qui font avancer les choses. Et peut-être même pas les idées tout court, mais la tension entre elles. C'est pas la prise en compte des notaires pour la souffrance des pauvres qui a fait progresser le droit du travail, ce sont les tensions.
Me revoilà marxisant, ce soir, tout soudain. Beurk ! Même pas "moderne" (comme Ségo et la gauche de droite) !


LITTÉRATURE

Une leçon de chanson

Quand j'ai entendu ça sur France Inter, l'autre matin, j'ai cru qu'il s'agissait d'une parodie.
Impardonnable bévue ! Une réécoute attentive m'a confirmé que j'allais passer à côté du chef d'œuvre. De LA chose auprès de laquelle Ferré, Brassens, Nougaro, Gainsbourg et même François François sont des nains ! Applaudissements nourris chez Stéphane Bern !
Gérard Darmon sort son dernier opus, intitulé "On s'aime". Gérard Darmon, c'est l'acteur rigolo des films de Les Nuls. Il est plutôt bon sur l'écran. Et il chante aussi.

Je me suis livré pour vous à une petite analyse de la chanson vedette, "Dans les rues de ma jeunesse", afin de vous faire comprendre que la fabrication d'une chanson, c'est pas du petit lait :

Dans les rues de ma jeunesse

"Dans les rues de ma jeunesse
Les fill's, c'était des princesses
Les voitur's, c'était des DS (1)
Sagan faisait (2) "Bonjour Tristesse"

(1) La rime semble hardie, mais c'est ce qu'on appelle la "licence poétique" (à défaut d'être universitaire)
(2) GD écarte "Sagan ECRIVAIT", plus riche, mais ça aurait fait un pied de trop.

Ici, quoi que lui ait suggéré son dictionnaire de rimes, GD n'a pas écrit, et nous lui en sommes reconnaissants :

"On n'avait pas mal aux fesses
On n'en faisait pas des caisses
On changeait jamais d'adresse
J'allais tout le temps à la messe"

C'est cependant tout l'univers de la chanson nostalgique et poétique (Daniel Guichard, Hervé Vilard, Philippe Clay, Bertrand Dugenou) qui nous saute à la gueule : "Les filles, c'était des princesses, les voitures, c'était des DS", c'est tout une époque. Et une époque révolue ! Car si les voitures sont encore des Ds…

"Dans la maison de mon enfance
Ma chambre était un placard
Je me lavais dans la cuisine
Et le dimanche aux bains publics"

(Ici : grosse fatigue de l'auteur, ou perte momentanée du dictionnaire de rimes. Il est aussi envisageable que ça ait été le dernier jour pour rendre celui-ci à la médiathèque Jacques Prévert. On ne saurait lui en vouloir, car la poésie contemporaine s'est affranchie depuis longtemps des contraintes de versification)

"Sur les écrans de ma jeunesse
Les fill's ne montraient pas leurs fesses (3)
J'aimais les mûr's et les western(e?)s (4)
Et m'envoler loin de la Seine"

(3) Une paille ! Sans réfuter en aucune façon les souvenirs de l'auteur, qui lui sont parfaitement personnels, je dois à la vérité de lui rappeler, comme j'ai quasi le même âge que lui, que Mmes Bardot et Andress… Mais bon.
(4) "Western" N'EST PAS une rime féminine et ne peut pas, en principe, rimer avec Seine. En plus, "ern" et "enn", ça fait deux. Mais on voit ici à l'œuvre le vertige créateur qui ne s'encombre pas des trivialités. Les ailes de géant, je vous dis…

"Dans les journaux de mon enfance
Y avait Buck John et Blek le Roc
Tintin et l'capitaine Hadock
Et les héros du Tour de France" (5)

(5) Les "héros du Tour de France" ont évidemment cessé d'exister, depuis les "affaires" diverses en dépit du plein gré des coureurs. L'air de rien, GD pointe un fait de société important sans avoir l'air d'y toucher. C'est du grand art.

"Sur les routes de ma jeunesse
Ça sentait bon les vacances (6)
On allait chercher le soleil
A l'autre bout du monde, (à) Marseille" (7)

(6) C'est effectivement une spécificité de ces temps-là.
(7) Plaisanterie.
Dans ce couplet, on constate que l'auteur se rapproprie en douce les contraintes. Et si les deux dernières rimes sont approximatives, elles jouent astucieusement en contraste avec les deux premiers vers du couplet, qui sont libres.

Je vous épargne la suite, car l'ensemble fera probablement l'objet d'une thèse dont je vous communiquerai en temps utiles les références.
Il me reste à vous parler de la musique, signée de l'immense Marc Lavoine, qui se situe à mi-chemin entre Schönberg et Charles Dumont, en moins mélodique. Violons et boum-boum très très contemporains (des années 60), ce qui donne un amusant coté kitsch. Les grincheux, bien sûr, convoqueront les souvenirs de Bruno Carette dans le personnage de Jean Meyrand, chanteur engagé, dans les Nuls de la belle époque, mais ce ne seront que méprisables médisances.

Si vous souhaitez vraiment encore, après cela, écouter un bout de cette chanson, cliquez ici. Bonne chance !


Et malheureusement :

J'aime pas Tacite, vieux beau !

(Merci à Joël Martin, La Bible du Contrepet)

01 novembre 2008

La vie en 16/9 !






















Ne piaffez pas, fidèles abonnés ! Si je n'ai rien dit depuis si longtemps, c'est que je n'avais rien d'intéressant à dire !
En ces temps pléthoriques où dégueule le flot incontinent des commentaires sur tout et sur rien (vous avez remarqué ?), félicitez-vous au contraire de ne recueillir que parcimonieusement la subtile essence de la pensée des-veauxienne !

COUP DE CALGON :
LA VIE EN SEIZE-NEUVIEME

(Note importante du 3 décembre 2014 :
L'article qui suit a pris un sacré coup de vieux, c'est le moins qu'on puisse dire ! Moi aussi, avec mon vieux tube cathodique 4/3, je me retrouve à visionner des programmes en presque cinémascope, qui est devenu la norme, et j'ai des barres noires en haut et en bas… Voilà ce que c'est que de traîner des pieds devant les progrès du commerce ! Heureusement, j'ai un bel ordinateur grand format avec un piqué pas piqué des ver(re)s !)

Comme je fais de la photo depuis toujours et que je mets des plombes à cadrer et recadrer mes chefs-d'œuvre en fonction des lignes de force de l'image, j'ai la détestable habitude d'accorder beaucoup d'importance aux rapports de proportion. Mes premières affiches, je les composais même sur le rectangle d'or, ce qui énervait les imprimeurs (et gâchait du papier) !

C'est pourquoi j'ai jusqu'à maintenant mis un point d'honneur à ne pas acheter un téléviseur en 16/9 — qui est pourtant un joli format —, atterré que j'étais par l'image aplatie du monde que m'infligeaient du coup la plupart de ceux qui en avaient fait l'acquisition. Explication : les trois-quarts des programmes de téloche étant encore diffusés dans le format classique (un rectangle de 4 sur 3), pour profiter du bel écran plat acheté à prix d'or, ils suppriment les bandes noires sur le côté et du coup, on se tape Marie Drucker ou Laurence Ferrari élargies et avec les yeux en amande. Ce qui n'est pas grave, mais pour ce qui est des docus, des matches de foot ou des vieux films classiques (amputés depuis toujours, puisque le 35 mm est au format 2 sur 3), c'est pareil ! Ce qui donne "Psychose chez les obèses" ou "Les Enfants du Paradis dans un rouleau compresseur". A moins de régler en normal, mais à quoi ça sert d'avoir acheté un 32 pouces, Germaine, si l'image est plus petite que sur notre vieux 70 cm ? Entre parenthèses, avec le nouveau rapport de l'image, on a aussi abandonné le système métrique ! Combien ça fait de centimètres, 36 pouces ?
Le pire, c'est que depuis que France 2 émet en hertzien et sur le câble en pseudo 16/9, il y a des maintenant des bouts d'image qui manquent de chaque côté ! En plus, tout extrait d'archives est aplati comme je l'ai décrit plus haut ! Vive l'époque !
Tout va s'arranger avec la HD ?
— Raymond, il est compatible, ou pas, notre écran plat qui aplatit tout et qu'on a acheté l'année dernière ?

C'est la vie en seize-neuvième !
Ce sont les belles autoroutes faites pour aller vite mais où la vitesse est limitée même en plein jour, sur un tronçon droit, sur route sèche et avec personne ;
Ce sont les règles souvent grotesques de sécurité ou d'hygiène de Madame Europe (c'est qui, celle-là ?), avec 40 portes pour une cuisine dans un centre d'accueil d'urgence qui reçoit 70 enfants ;
C'est des chapeaux en plastique sur la tête et des gants dans les cantines scolaires pour fabriquer de la nourriture sans saveur ni odeur (pendant que les mômes sucent des chewing-gums ramassés par terre…) ;
Ce sont des cigarettes en vente libre qu'il ne faut pas fumer ;
Le catalogue officiel des espèces de fruits et de légumes autorisés à cultiver (si tu veux commercialiser une variété ancienne de patate, de tomate ou une pomme de ton choix, une qui aurait du goût, par exemple : c'est quasi impossible !) ;
C'est l'obligation de posséder un compte en banque, ce sont les "droits d'entrée" pour une assurance-vie hors de prix et injustifiés en réalité ;
Les cartes de fidélité "gratuites" des marchands qui te déduisent des sous en catimini sans que tu saches pourquoi (FINAREF, COFINOGA) ;
Ce sont les forfaits de téléphone qui te font raquer mêmes si t'as appelé personne, et qui te font raquer encore plus si tu dépasses ton quota d'heures ;
Ce sont les hot lines et les simples contacts commerciaux payants ;
Ce sont les invraisemblables emballages des cartouches d'encre de 1,3 cl pour imprimante — chez Canon, c'est un "blister" (inouvrable) + une boîte en carton + un emballage plastique à déchirer + un levier à jeter… — mais par contre, les sacs en plastique de supermarché, pouah ! (or, on sait que les déchets des particuliers ne représentent que 4 à 6 % des déchets totaux !) ;
C'est l'infantilisation généralisée : une femme a porté plainte pour avoir glissé sur une frite (1). Une autre contre Edf parce qu'une panne d'électricité est survenue au moment où elle rédigeait son cv ! (2)
La vie en 16/9 ! Quant au CO2, je vais fâcher certains de mes fidèles abonnés, mais il est moins responsable de l'effet de serre que… la vapeur d'eau (qui compte pour entre 60 et 95 % selon les auteurs) ! Et le réchauffement climatique, qui est réel, semble selon certains plutôt en corrélation avec les cycles d'éruptions solaires qu'avec le pet des limousines… Heu… ne nous fâchons pas, et ne lâchez pas surtout pas votre vélo pour autant. Que ceux qui s'intéressent à la question aillent méditer ici.
Je suggère pour bientôt des casques pour les piétons en ville (Un quart des victimes de la circulation à Paris (3)) ;

Sources
(1) Tous les journaux, récemment
(2) source : Eclectik du 01 11 08, > Le Parisien
(3) Mairie de Paris

Mais l'important, c'est L'AMOUR. Alors parlons d'amour.

PARLONS D'AMOUR

L'amour des économies de langage.
Regardez comme nous pouvons joyeusement contourner la prétentieuse nuance, la cuistre subtilité et l'épuisante variété de la langue : les journalistes ne s'en privent pas et c'est un signe. Pour éviter d'utiliser des substantifs trop compliqués comme influence, conséquence, effet ou résultat, ils utilisent tous l'anglicisme (dans sa nouvelle acception) IMPACT. Ça sert à tout, c'est tendance et ça évite de se fatiguer !
Voir aussi ADDICTION pour dépendance, TARMAC (improprement) pour pistes d'aérodrome, ou TRADER pour opérateur. Mon commentaire vous semble-t-il "impactant à l'international" ?

L'amour du public
La plus impayable émission "d'infos" du service public, c'est le consternant "FAITS DIVERS, LE MAG" diffusé le samedi après-midi sur France 2, avec des violons synthétiques et des effets de percu à la con toutes les trois secondes pour soutenir le suspense ! Quant au ton du commentaire… Comme c'est jeune ! Comme c'est vif ! Comme c'est moderne !

L'amour du ringard
Retour sans complexe de l'esprit chansonnier, qui fit les belles heures des cabarets des années 50-60, caractérisé par le jeu de mot, la vanne poujadiste sur la politique, et fortement ringardisé dans les années 70 par l'émergence d'un humour plus saignant ou absurde. A la radio, nous écoutions "Le grenier de Montmartre" ou "Le club des chansonniers". Laurent Ruquier me fait vraiment penser aux ancêtres du genre : Edmond Meunier, Robert Rocca, Jacques Grello ou Jean Amadou (un de ses maîtres, d'ailleurs, au "Caveau de la République"!)… Au secours !

L'amour du style
Je me demandais ce qui faisait l'attrait de ce magazine, "13 heures 15 le samedi", sur FR 2, alors qu'"Envoyé spécial" ne propose plus que des reportages plutôt poussifs sur des sujets sans cesse revisités (sauf rares exceptions)… C'est que "13 h 15" a un point de vue. Il fait court, très resserré, il est pertinent et impertinent, créatif, en bref il a un style, une écriture. C'est une "couleur" très "Canal Plus", du temps de sa grandeur. A ce propos, il faut encore saluer "L'Effet Papillon", en clair le dimanche sur ladite chaîne.



CULTURE

Plat, plat, Platel
"pitié !", d'Alain Platel, au Théâtre de la ville

Le public applaudit à tout rompre. Quelques sifflets, quelques hou ! (dont le mien) pour la chorégraphie…
Le public n'a sans doute jamais vu les premières productions de Platel, petites merveilles de décalage, de mauvais esprit, d'invention. Mais voilà, Platel est devenu une vedette, et le public est acquis d'avance. Il aurait mieux fait de continuer à faire ce qu'il savait faire : tout sauf de la danse. Car quand il s'y essaie, c'est une catastrophe. Le vocabulaire gestuel ici est d'une indigence à pleurer, et outre deux ou trois moments forts, l'on croirait sur scène un cours de premier trimestre d'amateurs dans une MJC, avec un animateur sans imagination. Les voici mimant tics et tocs, contorsions grotesques, jeu classique de la statue vivante pour faire une belle pieta… sans qu'à aucun moment on puisse dégager le quart du début d'un propos, d'une émotion, d'un dessein, d'un dessin. Ils souffrent, Dieu est mort (du moins c'est ce qu'on lit dans les critiques, car ça ne se voit pas sur scène), mais nous aussi !! Quelque part, je soupçonne Alain Platel de le regretter quelque part, que Dieu soit mort, car au fil de ses spectacles, les références au mystique ne sont pas rares. 10 ans de psychanalyse ou une retraite à la Grande-Chartreuse et il n'y paraîtra plus !
Heureusement, il y a la musique de Fabrizio Cassol et de son groupe free jazz Aka Moon, variations géniales sur "La Passion selon St Mathieu" de J.-S. Bach. Et les formidables chanteurs, dont un incroyable haute-contre.
Aux 3/4 du spectacle, j'ai enfin réalisé qu'il eût été tellement chouette de se contenter du concert sans ces pitoyables pantins, là, devant. Alors j'ai fermé les yeux. Mais le mal était fait !
Lisez ici une remarquable analyse de ce spectacle.


GRAND CONCOURS DE L'ÉTÉ
RÉSULTATS

Et le gagnant est… Maurice !
Qui m'a envoyé ce superbe quatrain et qui comme prévu recevra un camembert bien fait (dont il a déjà mangé la moitié chez moi il y a peu)

Rêver trop de ma mie gonfle mes génitoires ;
Le taureau que je suis ayant été un veau,
Se masturbe souvent de main aléatoire
Le membre, gredin sec, jaillit comme un thon haut

A bientôt pour de nouvelles aventures,
Et souvenez-vous que :

Mais non, Pinocchio n'avait pas de bête antique !

Votre ami dévot

05 septembre 2008

Déjà la rentrée : vous plaisantez ou quoi ?



















DE TOUT UN PEU


Pouvoir d'achat : vous en reprendrez bien une louche ?


Après l'insécurité, le chômage, les enfants victimes, revoilà le pouvoir d'achat. Ce soir, à Envoyé Spécial, sur TF2, outre l'habituel reportage insipide sur le rigolo de service à la mode, il y avait une "enquête" sur les Français en vacances, obligés de se serrer la ceinture. Il est vrai que l'essence a augmenté et que le paquet de nouilles coûte 30 centimes de plus. Ne reculant devant aucun danger, les journalistes sont allés enquêter dans une station balnéaire. On nous montre notamment un couple de cadres (5 000 euros de revenus nets pas mois) bien décidés à faire des économies. C'est ainsi qu'ils louent, les pauvres, un… mobil home à 1300 euros la semaine. Près de la plage de Pampelonne il est vrai. Dur dur. C'est tout juste si madame peut se payer un maillot de bain à 110 euros et monsieur, une chemise à 20. O abysses infinis de la récession !

Leur dira-t-on qu'il y a des maisons dans le Vercors ou le Lot à 700 euros pour huit personnes avec piscine ? (un aimable correspondant me fait remarquer que j'exagère. Voir commentaires…)

Apprendra-t-on aux journalistes que ce reportage sur les pauvres pourrait être effectué chaque année ? Qu'on n'a jamais entendu un commerçant dire : "Tout va bien, cette saison, j'ai gagné plein de fric" ?

Il est vrai qu'à force d'entendre les médias nous seriner que plus ça va, moins ça va, on va finir par croire que les Français auraient eu tort de voter Sarkozy ? Ce serait vraiment dommage.


CULTURELLEMENT INCORRECT


Un son et lumières, moi ?


Après avoir, à Avignon, vu les choses les plus pointues du théâtre contemporain, v'là ma dépression d'automne. Non seulement j'avais bien ri à "Bienvenue chez les ch'ti", ce que les copains n'ont pas fini de me reprocher, mais figurez-vous, ô abonné fidèle et CSP+, que j'ai pris du plaisir, — allez, je le dis ou je le dis pas ?— à un son et lumières à touristes ! Eh oui ! Il est vrai qu'il a coûté une fortune, qu'il a visiblement été réalisé par des vrais créateurs, avec des chorégraphies (filmées) très contemporaines, et que je ne suis pas sûr qu'il satisfasse toutes les chaumières qui s'attendent à une évocation historique à la con avec une belle voix grave à la con (la mienne, par exemple) et des musiques renaissantes à la con. C'est au château de Chambord à 22 h, précipitez-vous, c'est magique, poétique, superbe.


Incroyables jardins


Le Festival des Jardins de Chaumont-sur-Loire, que je suis depuis des années, devient paresseux. L'édition de cette année est un peu tiède : peu de "geste" artistique vraiment secouante. Mais le cadre reste somptueux : et si vous partez au crépuscule, vous verrez les montgolfières fières s'envoler au-dessus de la Loire bleue et dorée. N'oubliez pas de dîner au "Bistrot du cuisinier", à Blois, sur le quai : raffiné et inventif. 


In the American West


Secouantes, en revanche, les photos de Richard Avedon, au Jeu de Paume. D'abord séduit et même envoûté par la force des portraits, l'intensité des visages, et même la "justesse" des images de mode de son début de carrière pour le Harper'z Bazaar et Vogue, j'ai été saisi progressivement d'un étrange malaise. Inexplicable malaise, devant cet impitoyable portrait clinique des vivants. Et si les images de Beckett, Francis Bacon, Duras ou Tennessee Williams restent des "incontournables" classiques majeurs,… j'avoue avoir été perturbé, physiquement perturbé (c'est pas mon genre pourtant) par l'angoisse et la morbidité qui émanent de ces tranches de réel. Qui sont pas du réel, comme toute photographie, alors voilà ! L'angoisse congénitale de l'artiste semble contagieuse.

Jusqu'au 27 septembre au Musée du Jeu de Paume, 1, place de la Concorde à Paris.


Vous avez dit Bigard ?


Encore du Culturellement incorrect : cet aprème, sur Paris Première, suis tombé sur une captation du BOURGEOIS GENTILHOMME (pièce qui m'est chère pour des raisons personnelles et professionnelles, même si c'est pas la mieux foutue de Jean-Baptiste) montée par Alain Sachs avec… Jean-Marie Bigard ! Autrement dit tout pour que je fuie en courant. Transposée dans un univers hip hop et tout le bastringue modernisant mais pour grand public. Faut-il le répéter ? JE NE SUIS PAS "grand public", moi. Je suis "petit public", "rabougri public", "chiant d'intello public". Le genre à m'ébaudir d'une soirée "Marciac 2007" avec les plus grands jazzistes, Wynton Marsalis, Ahmad Jamal, Diane Reeves, Didier Lockwood… (le jazz, souvenez-vous : une musique savante inventée par des nègres…)

Vous ne me croirez pas : ça le fait grave ! Car non seulement le texte et les situations sont parfaitement données à entendre, mais le jeu de Bigard (que je déteste par ailleurs), justement burlesque et d'une indéniable efficacité comique, le contrepoint de Catherine Arditi, le rythme, l'inventivité délirante des costumes, la musique revisitée (on y fréquente plus Marin Marais et la techno que Lulli), tout cela fait une superbe mayonnaise tout à fait dans l'esprit plaisant de la pièce ! Je dois cependant à la vérité de dire que je me suis endormi au milieu mais c'était l'heure de ma sieste et je suis fatigué en ce moment c'est la rentrée il faut que je me repose des vacances. Bon. Je connais certains critiques qui partent à l'entr'acte…


Le grand jeu de l'été


Il n'est pas trop tard. Bande de feignants, je n'ai reçu que que trois propositions. Qui c'est qui va gagner le camembert ?

Dépêchez-vous, je vous laisse quelques jours supplémentaires : à vos plumes !


Et n'oubliez pas que :


Le chef a pris mes fiches deux mois



Bien à vous,

Lamid Evo